PREMIERE PREUVE
Nous jugeons avec certitude, par notre raison, que le vrai diffère essentiellement du faux : c'est ce qui est surtout manifeste pour les principes évidents, tels que les axiomes mathématiques, sur lesquels le scepticisme n'a point de prise. Or nous avons également une certitude rationnelle de la différence essentielle du bien et du mal. En effet, nous ne pouvons pas plus douter de la vérité des principes suivants : Il faut rendre à chacun ce qui lui est dû; c'est un mal d'être un calomniateur, un ingrat ; c'est un bien d'être prohe, juste, bienfaisant, que nous ne pourrions douter de celle des propositions suivantes : Le tout est plus grand que sa partie ; deux choses égales à une troisième sont égales entre elles. Il ne nous est pas plupossible de concevoir que ce soit un bien d'injurier un bienfaiteur, de lui ôter la vie, que de regarder comme une vérité que la partie soit plus grande que le tout; qu'un triangle ait plus ou moins de trois angles : donc la différence du bien et du mal est aussi évidente pour notre raison