‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 171 sur 243 · CULTE PUBLIC · texte numérisé non relu

CULTE PUBLIC

Réponse. 1° On rétorque l'argument. De l'idée de Dieu, l'esprit humain a été conduit au polythéisme et à un tissu d'absurdités : donc l'idée de Dieu est nuisible à l'homme

2" On nie l'antécédent ; car on conçoit un culte public sans superstition : ce n'est donc pas l'essence du culte qui produit les supers: itions ; mais ce sont les préjugés, l'ignorance, les passions et d'autres causes étrangères au culte. Au reste, les différentes superstitions qui altèrent la pureté du culte en présupposent toujours l'idée fondamentale, et par conséquent n'empêchent pas qu'à raison de son universalité, on ne doive le regarder comme un devoir que nous imposent la nature et la raison.

De la révélation divine. — Nous nous sommes borné clans ce chapitre à exposer sommairement les raisons fondamentales et les principes généraux du culte religieux, tels que la raison les conçoit ; mais il ne suit nullement de là que la raison laissée à elle-même eût pu fonder parmi les hommes un culte vraiment digne de Dieu.

S'il n'eût pas été en soi d'une impossibilité absolue que quelque homme se fût rencontré d'une raison assez droite et assez libre de toutes passions, pour parvenir naturellement à connaître Dieu, à l'honorer par un culte convenable, et à se faire une idée juste des devoirs qu'il impose, cependant il faut dire qu'appliquée au genre humain dans son ensemble, une supposition de cette nature doit être considérée comme tout à fait chimérique, à en juger seulement par ce que nous apprend l'histoire.

Il est vrai, sans doute, qu'on a toujours senti partout la nécessité d'un culte religieux, comme base de toute société : c'est celte conviction qui a fait dire à un ancien ', « qu'il serait plus facile de bâlir au milieu des airs que de fonder ou de faire subsister un État sans aucune croyance à la Divinité. » Cependant ce sentiment, si vrai en principe, n'a guère produit nulle part autre chose, de lui-même, que des erreurs pernicieuses ou des vices dégradants.

1 Plutarch., Advenus Coloten, xxxr.

» Je vois, dit Fénelon ', un nombre prodigieux de nations qui ont adoré de la pierre, du bois, du métal, et qui ont cru que certaines' divinités étaient présentes sous des figures d'hommes ou de bêtes, faites de ces diverses matières... »

« De plus, ceux qu'ils ont adorés, comme Jupiter, Junon, Mars, Vénus, Mercure, Bacchus, loin d'être de vrais dieux, n'ont été que des créatures très-défectueuses, très-viles et très-coupables. »

« Les nations les plus éclairées et les plus sages, selon la remarque de Bossuet, les Ghaldéens, les Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étaient les plus ignorants et les plus aveugles sur la religion... Qui oserait raconter les cérémonies des dieux immortels et leurs mystères impurs ? Leurs amours, leurs cruautés, leurs jalousies, et tous leurs autres excès, étaient le sujet de leurs fêtes, de leurs sacrifices, des hymnes qu'on leur chantait, et des peintures que l'on consacrait dans leurs temples. Ainsi, le crime était adoré, et reconnu nécessaire au culte des dieux 2. »

Les mêmes abominations se retrouvent encore aujourd'hui dans l'Inde et dans les pays voisins, et en général chez tous les peuples idolâtres des diverses parties du monde.

Aux infamies du paganisme s'ajoutait encore la cruauté : à Carthage, chez les Gaulois, et, dans certaines circonstances, à Rome même et chez les Grecs, on immolait aux dieux des victimes humaines. On a retrouvé ces horribles sacrifices chez les Mexicains, avec des raffinements de barbarie, et chez divers autres peuples.

Ce n'est pas seulement en ce qui concerne le culte religieux que se produisirent les étranges aberrations dont on vient déparier; les lumières naturelles étaient obscurcies également sur les principes de conduite et sur les règles de la morale.

1 Lettres sur la religion, I, ch. v.

2 Discours sur l'histoire universelle, Ile partie, ch. XVI.

CULTE PUBLIC. 4ol

D'abord il faut bien reconnaître que les exemples des dieux étaient contagieux pour leurs adorateurs, et devaient porter atteinte au sens moral des peuples. Ainsi , nous voyons dans Térence1 qu'un jeune homme s'excite au vice par l'exemple de Jupiter ; dans Horace 2, un fripon réclame l'assistance de la déesse Laverne; dans Ovide3, un marchand supplie Mercure de l'aider à tromper les acheteurs. Les plus graves philosophes n'osaient se soustraire à ces influences : Platon (Lois, vi) permet l'ivresse aux fêtes de Bacchus, et Aristote (Po/m'çue, vu), les peintures déshonnètes pour le culte des dieux. On sait, d'ailleurs, ce qu'il faut penser de leurs propres vertus.

Les vestiges des traditions primitives du genre humain ne s'effacèrent jamais entièrement chez aucun peuple ; cependant, presque partout dans l'antiquité, et aujourd'hui chez les peuples qui ne sont pas chrétiens, nous voyons l'usage autoriser des maximes et des pratiques manifestement contraires aux saines notions de la morale. Les débauches de toute nature, l'oppression et l'avilissement de la femme dans l'antiquité, et aujourd'hui encore sous le Coran et chez les sauvages , l'exposition et le meurtre des enfants, comme dans l'empire chinois et chez plusieurs autres peuples, les traitements ignominieux et barbares infligés aux esclaves, à Rome les combats des gladiateurs, l'usage, en certains pays, de mettre à mort les vieillards cassés par l'âge, le bûcher des veuves dans les Indes, et bien d'autres préjugés et habitudes condamnables qu'on pourrait citer, tel est le tableau moral que nous offre l'histoire. Cet état presque général de l'humanité démontre assez clairement 1'insufflsance d'une religion purement naturelle, et l'extrême besoin qu'avait la raison humaine qu'une révélation divine lui vint en aide ; aussi ce secours ne lui a-t-il pas manqué : «Multifariam mullisque modis olim

1 Eunuch., act III, se v.

- Epist. I, Xvi.

s Fastes, V.

Deus loquens patribus in Prophetis, aovissime diebus istis locutus est nobis ia Filio1.»

La religion révélée de Dieu nous donne les vraies notions de Dieu, du culte et de la morale. 11 est superflu d'ajouter que la religion révélée ne peut être que la religion chrétienne, la seule d'ailleurs qui offre un corps de preuves sérieuses. Les adversaires du ebristianisme ont pu nier la vérilé d'une révélation; mais, aujourd'bui surtout que les communications incessantes de l'Europe avec le reste de la terre ont permis d'étudier de plus près et plus à fond les mœurs et la religion de la plupart des peuples, ce serait insulter au bon sens que d'oser mettre en parallèle avec la religion chrétienne aucune des autres qui nous sont connues.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur cette matière, les limites et la nature de ce cours ne nous permettant pas d'entrer dans de plus grands détails.

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