‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 180 sur 243 · DE LA SOCIÉTÉ POLITIQUE · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ POLITIQUE

mettre le pouvoir ayant été établis, il en résulte pour le pouvoir des droits que l'on ne peut violer sans porter atteinte aux décrets de la Providence, et sans résister à la volonté de Dieu : car la îaison nous oblige de croire que Dieu, ayant créé l'bomnie pour la société, a voulu nécessairement que les conditions essentielles du pouvoir social lussent respectées par la conscience des hommes, d'après le principe : Qui veut la fin, veut les moyens. Le pouvoir se trouve donc investi, par cela seul, d'une autorité dont le principe réside en la volonté divine. Or, un principe de cette nature est évidemment suffisant pour donner au pouvoir social une autorité réelle, indépendante de la mobilité des opinions et des passions humaines, et de plus, il le recommande d'une manière toute-puissante au respect et à la soumission des peuples.

2° Les rois et les législateurs ont parlé le plus ordinairement au nom de la Divinité, et ils ont réclamé l'obéissance et la fidélité des peuples, comme tenant la place de Dieu, le chef suprême du genre humain : ce qui prouve l'assentiment général à cette vérité, que le pouvoir vient de Dieu : « Non est potestas nisi à Deo '. »

Des considérations qui précèdent, il faut conclure que le pouvoir vient de Dieu originairement et fondamentalement, mais par l'intermédiaire des conventions des hommes. « La puissance des princes n'est pas tellement de Dieu qu'elle ne soit aussi du consentement des peuples; personne ne nie cela, » a dit Bossuet lui-même*.

On sait que Bossuet se montre constamment dans ses écrits le zélé défenseur de l'autorité ; dans sa Politique tirée de l'Écriture, après avoir cité le passage de saint Paul où se trouve le texte ci-dessus, il ajoute ces réflexions : « Il n'y a aucune forme de gouvernement , ni aucun établissement humain qui n'ait ses inconvénients; de sorte

1 Rom., xai, 1

2 ùefensio declar adonis, etc., lib. IV, cap, xxi. (Édit. de Versailles, t XXXII, p 85.)

qu'il faut demeurer dans l'état auquel un long temps a accoutumé le peuple. C'est pourquoi Dieu prend en sa proteclion tous les gouvernements légitimes, en quelque forme qu'ils soient établis : qui entreprend de les renverser, n'est pas seulement enuemi public, mais encore ennemi de Dieu ». »

Résulte-t-il de ces principes que l'on ne puisse en aucun cas se soutraire à l'oppression d'un régime tyrannique? Nous citerons d'abord un texte célèbre de saint Thomas, où il expose son opinion. Le saint docteur, après avoir mis, d'une manière générale, la sédition ou révolte au nombre des délits graves que la théologie qualifie de péchés mortels, fait observer qu'un gouvernement tyrannique n'est pas dirigé pour le bien commun, mais pour la satisfaction personnelle du tyran ; puis il ajoute : «Ideo perturbatio hujus regiminis non habet rationem seditionis; nisi forte quando sic inordinate perturbatur tyranni regimen, quod multitudo subjecta majus detrimentum patitur ex perturbatione consequenti quam ex tyranni regimine 2. » On conçoit que cette solution soit d'une application difficile, et que Ton puisse aisément en abuser. En quoi consiste précisément la tyrannie ; quels sont les moyens qu'il pourrait être permis de prendre pour y mettre un terme ; comment savoir si les mesures qui seraient prises n'entraîneraient pas plus de désordres, et ne causeraient pas plus de maux que la tyrannie elle-même? Disons simplement que, dans les principes de la religion, et suivant l'exemple des premiers siècles, la révolte n'est jamais permise ; ces principes ont été proclamés de nouveau, il y a quelques années, par le Saint- Siège, dans les circonstances les plus graves 3.

La nature et les bornes de ce cours ne nous permettent pas d'entrer dans de plus longs détails sur ce sujet.

1 Liv. II, art. I, prop 12

! Summœ thpologirœ, 2* 2" , quaest. 42, art. 2.

3 Lettre encyclique de 1832

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