SYSTÈMES PHILOSOPHIQUES
Les premiers essais de l'esprit humain dans la recherche des vérités philosophiques consistent dans des aperçus vagues et d'une extrême généralité. La philosophie aspire, dès sa naissance, à comprendre l'univers; mais elle manque d'analyse, et ses explications sont incomplètes et hypothétiques. De l'observation de la nature, qui se réfléchit dans la pensée humaine, l'homme passe à J étude de lui-même, et il y reconnaît, parla conscience, des phénomènes de deux ordres distincts. Les uns résultent des influences multipliées du monde extérieur sur notre organisation : ce sont les sen-
sa t ions et les idées sensibles. Mai?, indépendamment de ces faits essentiellement variables et passagers, il en est d'autres qui sont permanents dans les profondeurs de la pensée : ce sont les notions immuables de la raison, telles que celles de substan e. de cause, d'unité, de durée, d'infini, d'ordre, de bien, de justice, etc., qui sont comme les formes primordiales de l'esprit humain. Ces deux ordres de phénomènes se lient intimement à la connaissance des facultés de notre âme dont ils nous révèlent l'action
Il est rare, au début surtout des études philosophiques, que l'on tienne compte également de ces deux classes de phénomènes. Les objets extérieurs excitent d'abord plus vivement l'attention ; alors il arrive que l'âme, absorbée par l'observation sensible, prend les sensations et les notions sensibles pour les faits uniques de la conscience, et rapporte l origine de toutes nos idées à la sensation. C'est le système appelé sensualisme, et qu'on nomme aussi empirisme. Le sensualisme conduit au ma térialisme, système qui n'admet rien de réel que I ■ matière.
A l'opposé de ce système, il s'en établit un second, fondé sur les idées inhérentes à la nature même de notre esprit. Ce système néglige tous les phénomènes qui tiennent à la sensation, et n'attribue d'autorité qu'aux idées qui sont en notre âme, indépen animent des objets extérieurs : c'est ['idéalisme. L'idéalisme conduit au spiritualisme exclusif, c'est à-dire à la négation de la mal ère.
Le sensualisme et l'idéalisme sont deux . dogmatismes également vrais jusqu'à un certain point, également faux dans leur exagération et leur caractère exclusif. La raison les critique l'un et l'autre; et, pour éviter leurs extravagances, elle se jette quelquefois dans une autre extrémité, et tombe dans le scepticisme, c'est-à-dire, prétend qu'il n'existe aucune vérité certaine.
Quelquefois l'esprit humain, témoin des efforts infructueux de la raison pour parvenir a la vérité, dédaigne les moyens de recherche employés jusque-là ; et, comme par lassitude et par dégoût du raisonnement, il s'abandonne à
la contemplation, aux inspirations, à l'enthousiasme, et en vient même jusqu'à se croire en communication directe avecla Divinité ; ce système est le mysticisme. Enfin il existe un système qui creuse comme un immense abime où se perd l'esprit humain : c'est la panthéisme qui confond Pinfini et le fini en une seule substance, appelée Dieu ou l'univers. Dans ce système, l'infini seul existe réellement, et les créatures ne sont que des êtres illusoires.
Au milieu de toutes ces divergences d'opinions, il se fait de temps en temps des tentatives de conciliation ; on essaye de mettre d'accord les divers systèmes, en choisissant dans chacun d'intre eux les principes qui peuvent se coordonner en un sys'ème plus général. Les tentatives conçues dans cet esprit de fusion sont connues sous le nom d'éclectisme.
Ces systèmes constituent un fonds commun qui se diversifie dans le détail, et revêt des formes sans nombre, suivant le caractère et le génie de chaque philosophe.