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ÉCLECTISME

Durant le cours du mouvement philosophique que nous venons de parcourir, plusieurs philosophes se firent remarquer par une tendance particulière à combiner ensemble des idées qui leur appartenaient en propre, avec des éléments empruntés aux différentes écoles. Tels furent Anaxagore, Heraclite, Empédocle. Bien que chacun d'eux puisse se considérer comme appartenant plutôt à telle école qu'a telle autre, cependant leur doctrine n'est nullement exclusive, et des traces bien marquées d'éclectisme se manifestent dans leurs écrits, en proportions inégales toutefois : dans Anaxagore et dans Heraclite, c'est l'ionien qui domine ; dans Empédocle, c'est le pythagoricien.

§ V. Sophistes.

Les disputes philosophiques des métaphysiciens d'Elée avec les philosophes de l'Ionie avaient ébranlé les fondements de la raison humaine et rejeté les esprits dans le doute ; c'est alors que l'on vit naitre cette philosophie frivole qui est connue sous le nom de la Sophistique. La vérité et la vertu ne furent plus qu'un objet de vaine discussion, sur lequel s'exercèrent les sophistes, tant dialecticiens que rhéteurs. On appelait sophistes ceux qui se livraient à la philosophie par ostentation ou par avarice *.

1 Cic, Àcad., II, xxin.

Les sophistes ne cherchaient qu'à briller par une prétendue science universelle; ils s'appliquaient à résoudre des problèmes futiles, et songeaient surtout à s'enrichir. Les sophistes les plus célèbres sont Gorgias' de Léon tium et Protagoras d'Abdère, tous les deux du cinquième siècle avant notre ère. Le fond de la sophistique était évidemment le scepticisme, puisqu'elle soutenait avec une égale indifférence le pour et le contre sur toutes les questions.

Gorgias de Léontium. en Sicile, célèbre comme orateur et comme sophiste, avait été disciple d'Empédode. Envoyé à Athènes par ses compatriotes, il s'offrit a parler sur toutes sortes de matières, et son éloquence obtint un succès prodigieux. Il est l'auteur d'un livre intitulé : De ce iiuin'est pas, ou de la nature, Uepi toO pri ôVro; % irepi yûaewç. — Protagoras d'Abdère, disciple de Démocrite, enseigna à Athènes. Il soutenait que l'homme est la mesure de toutes choses ; en d'autres termes, que toutes nos connaissances ne sont que subjectives; que tout ce qui peut être affirmé peut être nié, et réciproquement. Protagoras ayant déclaré dans un de ses ouvrages, qu'il ne saurait dire s'il y a des dieux ou s'il n'y en a point, les Athéniens firent brûler publiquement ses livres, et le chassèrent de leur territoire'. Platon le réfute dans un de ses dialogues2.

On peut citer encore les sophistes suivants. Diagoras de Mélos, disciple et affranchi de Démocrite, fit une profession ouverte d'athéisme, et, pour cette raison, les Athéniens mirent sa tête à prix. Prûdigus de Céos, disciple de Protagoras, eut Socrate pour auditeur. On connaît de Prodicus une allégorie célèbre qui nous a été conservée parXénqphon 3 : Hercules ad bivium, c'est-à-dire Hercule placé entre deux voies différentes, représentées par la Vertu et la Volupté personnifiées, qui l'attirent, chacune de son côté, et prenant avec courage le chemin de la vertu, pour parvenir à

1 Diog. Laërt., IX, 51. 52.

* Protagoras, ou les Sophistes.

9 Mémoires sur Socrnte, )iv. II, ch. i.

la gloire el à la suprême félicité Hippias d'Élis n'était qu'un discoureur superficiel. Platon, dans ses dialogues, le métaux prises avec Socrate, qui se moque de sa vanité. Thrasym voue de Chalcédoine, disciple de Gorgias et l'un des interlocuteurs de la République de Platon, avance' que la justice n'est que l'intérêt du plus fort, et que le bonheur de l'homme croit en proportion de sa méchanceté, pourvu qu'il ait le pouvoir de faire le mal impunément. Il est réfuté par Socrate et réduit au silence. Joignez-y Euthydème, ou le Disputeur, comme il est désigné au titre d'un dialogue de Platon.

Tous ces sophistes appartiennent, pour l'époque, au cinquième siècle avant notre ère : ils précèdent immédiatement Socrate ou lui sont contemporains. Un des résultats de ce mouvement sceptique, tout insensé qu'il était, fut de prémunir contre les excès des deux dogmatismes de l'école d'Ion ie et de celle d'Italie, qui se disputaient la prépondérance, et de provoquer des recherches nouvelles mieux dirigées et plus approfondies Les travaux de la période philosophique dont nous venons de tracer l'histoire ne nous sont connus que par ce que nous en ont transmis des écrivains postérieurs. Mais cette transmission suffit pour nous faire voir que, dans cette période d'environ deux siècles, toutes les solutions exclusives ont été tentées avec les développements nécessaires, à l'exception du mysticisme, dont on ne trouvé quelques traces que dans Pythagore et quelques anciens pythagoriciens, et qui ne se développa avec quelque étendue, dans la philosophie grecque, que plus tard, lorsque cette philosophie se fut combinée avec le génie oriental, dans l'école d'Alexandrie.

1 Liv. I.

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