THÉORIE DES FACULTÉS
nous manifestent l'action, forment naturellement un ensemble dont toutes les parties ont des rapports entre elles ; car il n'y a rien d'isolé en notre âme, tout s'enchaîne et tout se combine en un même être, qui est le moi. Il est donc tout à fait rationnel de constituer un système ou une théorie des facultés de l'dme.
Depuis deux siècles surtout, la philosophie s'est enrichie d'un grand nombre d observations nouvelles. Les aphorismes de Bacon et les règles de Descartes ont ouvert la voie, et depuis lors les grandes questions qui se rapportent aux facultés de notre âme ont été discutées et analysées dans les écrits de Malebranche, de Leibnitz, de Locke, de Condillac, et d'autres moins célèbres. Cependant, jusqu'à ces derniers temps, on n'avait pas assez nettement distingué les facultés des actes ou des produits des actes, ni ce qui dans l'âme est actif d'avec ce qui y est passif. Comme on ne dégageait pas les facultés des idées ou des sensations, il n'y avait pas de théorie proprement dite des facultés, bien qu'il y eût des systèmes sur les idées, des théories sur les sensations.
Vers la lin du dernier siècle, les philosophes écossais commencèrent à répandre une lumière nouvelle dans le labyrinthe de la pensée. Scrutateurs laborieux et patients, armés d'une méthode d'observation sévère et scrupuleuse, ils parvinrent à y discerner un grand nombre de faits qui jusqu'alors étaient restés inaperçus ou confondus ensemble. Ils fondèrent une théorie des facultés de l'âme, qui a servi en grande partie de base aux travaux psychologiques des philosophes français contemporains.
La théorie des facultés de l'esprit humain peut se formuler en peu de mots, ainsi qu'il suit :
Des faits sensibles, des faits intellectuels, des faits volontaires : telles sont les trois grandes classes de phénomènes intérieurs que nous révèle la conscience. A chacune de ces classes correspond une faculté de l'âme : aux faits sensibles, la faculté de sentir, ou la sensibilité; aux faits intellectuels, la faculté de connaître, c'est-à-dire X entendement ou Vin-
telligcnce ; aux. faits volontaires, la faculté de vouloir, ou la volonté, c'est-à-dire Y activité volontaire, laquelle est précédée d'une activité spontanée. Ces facultés primordiales se divisent en plusieurs facultés secondaires, d'après leur objet et leur mode d'exercice.
La sensibilité est dite physique lorsqu'elle se rapporte à l'organisme corporel ; et morale ou intellectuelle, si elle affecte l'homme dans son moral, ou si elle se rapporte à quelque phénomène d'intelligence.
La faculté de connaître prend les noms de conscience, de perception extérieure et de raison, d'après les trois classes d'objets qu'elle peut atteindre, savoir le monde interne ou l'âme, le monde externe matériel, et le monde externe immatériel ou le monde rationnel.
Les modes d'exercice ou opérations de l'entendement sont l'attention, la perception, la comparaison, le jugement, le raisonneme7it, Vabstraction et la généralisation.
Le produit des opérations de l'entendement se nomme eu général idée. On recherche l'origine et la formation des idées; on en distingue plusieurs espèces et on y reconnaît différents caractères.
L'entendement comprend encore la faculté de se souvenir ou la mémoire, à laquelle se rattache l'association des idées; puis le fait complexe de l'imagination. Enfin la croyance à la réalité des objets complète l'exercice de l'entendement.
L'âme, observant en elle-même des phénomènes qui ont pour principe une action, tantôt antérieure à toute réflexion, tantôt accompagnée de réflexion et de délibération, reconnaît son activité et y distingue la spontanéité et la volonté. La volonté renferme ordinairement la liberté : c'est une activité volontaire et libre.
Toutes ces facultés, avec les phénomènes qu'elles produisent, ont évidemment un sujet commun, puisqu'un même être en a la conscience. Il n'y a oas un être qui sente un autre qui connaisse, et un troisième qui veuille : mais c'est le même principe qui veut, connaît et sent. Ces trois