LOGIQUE ET PSYCHOLOGIE
Selon Aristote, il y a deux sortes de connaissances : les unes immédiates, ou obtenues immédiatement par l'expérience sensible, les autres médiates, ou par voie de raisonnement. Nous apercevons, par l'expérience sensible, immédiatement le particulier, et médiatement l'universel '. Or c'est par la logique que nous déduisons les conclusions qui dérivent des connaissances générales auxquelles nous nous sommes élevés d'après l'observation sensible : c'est par la logique que nous distinguons le certain et le vraisemblable. La logique est donc l'instrument de la science, o/jyavov. L'expérience fournit la matière des connaissances, et les procédés logiques en donnent la forme. La logique, renfermant les lois de la démonstration, doit avoir pour base, suivant la remarque d'Aristote, des notions qui ne se démontrent pas », sans quoi il faudrait admettre une série infinie de démonstrations.
1 Derniers Analyt., I, i et II, xix.
2 Derniers Analyt., I, n ; Topiq., I, i.
La logique d'Aristote comprend: 1° les catégories ; 2° Yherménêia, ou Y interprétation ; 3" les analytiques ; 4° les topiques ; 5° Y argumentation sophistique. Dans le livre des Catégories, Aristote ramène tous les termes du langage, et, par là même, toutes les idées, à dix catégories, prœdicamenta, dont l'utilité est de faire mieux distinguer les idées qui sont mêlées et confondues dans les objets. Voici les noms des catégories : -n oùo-ta, la substance ; -h «wrov, la quantité ; tô ttoïov, la qualité ; 7r/;ôs ri, la relation ; -no'j, le lieu ; ttoté, le temps ; *ùahu.i, la situation , ejpw, la possession ; koïîiv, l'action ; nivyjiv, la passion1. Aux catégories se jatlacbent les cati<jorèïne±, piœduabilia, plus connus sous le nom d'universaux : c'est la matière de Ylniioaucfion aux Catégories, par Porphyre, ouvrage qui se joint ordinairement à YOroanum. Les voici : tô 76VOÇ, le genre; tô elSoç, l'espèce; «Stayopa, la différence ; to î'oiov, le propre ; tô ffufiêe&îxôç» l'accident2. Aristote réduit ces termes à quatre, en unissant l'espèce au genre, et il comprend la différence sous la détinition : « L'accident, dit-il 3, le genre, le propre et la définition, doivent se trouver toujours dans Tune des catégories ; car les propositions lormées par ces quatre éléments expriment ou la substance, ou la qualité, ou la quantité, ou quelque autre catégorie. » Le livre de YBeimènéia, ou Interprétation, est un traité de la proposition, qui est l'interprète du jugement. Dans les Premiers Analytiques, Aristote traite du syllogisme en général ; dans les Derniers Analytiques, du syllogisme démonstratif ou la démonstration. Nous ne pouvons rien apprendre, y est-il dit, que par induction ou par démonstration. L'induction se tire de cas particuliers, et la démonstration se tire de principes universels, d'après l\nduclwn 4. Ces livres sont dits analytiques, parce quon
1 Catégories, ch. iv.
2 "Voir l'explication de ces termes dans la Psychologie, p. 100.
3 Topiq., I, ix.
i Derniers Analyt , 1, xvm.
y ramène, par l'analyse, Je raisonnement à ses principes constitutifs. Les huit livres des Topiques traitent du syllogisme topique ou probable. Ils sont ainsi nommés, parce qu'ils indiquent les sources ou les lieux d'où l'on peut tirer les arguments probables. Enfin YOrganum se termine par le traité des Arguments sophistiques, en trois sections, dont la dernière contient un résumé général de la logique. En deux mots, le livre des Catégories a pour objet Vidée ; celui de FHerménéia pour objet le jugement, et le reste traite du raisonnement ou syllogisme.
Dans la question de Y origine des idées, et en particulier dans la théorie de l'universel, ~o xadiftou, la pensée d'Aristote est obscure, et elle revêt une forme indécise. Cependant, quoiqu'il fasse dériver, en général, nos idées immédiatement ou médiatement du sensible, on ne doit pas considérer sa théorie comme absolument sensualiste, ou empirique, dans la rigueur du terme, puisque, même en voulant tout tirer de la sensation, il réserve pour ce qui concerne les principes, àpyai, une action tout à fait spéciale à l'entendement, vous l. — Pour ce qui est de la nature de l'âme, Aristote la reconnaît essentiellement distincte de la matière du corps ; mais en même temps, comme forme ou cntëléchie, eïSoç, h-ùr/ùv., elle en est inséparable. L'âme est la première entéléchie du corps organisé ; en d'autres termes, elle est le principe actif de la vie. Il y a dans l'homme autant d'entéléchies qu'il y a de fonctions ; mais il y en a une qui les ramène toutes à l'unil i : c'est l'entélépremière, ou l'âme». Oe lispùte le sens
précis de ce mot, et plusieurs croient même que Cicéron le définit mal. Voici, du reste, comment il s'exprime 3 : « Cogitare, etprovidere, et discere... haec et similia eorum, inhorum quatuor generum inesse nullo putat (Aristoteles). Quintumgenusadhibet, varans nomme, et sic ipsumanimum
i Derniers Analyt., II, xix, 8.
* Del' Ame, II, i.
s Tuscul , I, x.
vr.i>i/ùy:> appel la t novo Domine, quasi quamdam comi- Quatam motionem, et perennem. » On a quelquefois accusé Aristote de matérialisme, et il est de fait que son langage n'est pas exempt d'équivoque sur ce point : cependant c'est ce philosophe qui a posé les bases des principales preuves que nous avons de l'unité et de l'indivisibilité de l'âme. Il prouve par Y uni té de la pensée que l'âme n'est pas une étendue l ; il tire une preuve de l'unité de l'âme, de ce qu'elle fait tout entière ce qu'elle fait et qu'elle souffre tout entière ce qu'elle souffre 2. — Aristote distingue dans l'âme trois facultés principales : la nutritive, qui est commune à tous les êtres organisés ; la sensitive, qui existe dans tous les animaux; l'intelligence, zh Stavovrtxôv, réservée à l'homme 3. Il distingue encore l'intellect passif et l'intellect actif. L'intellect passif est, à l'origine, comme une table rase * : c'est la faculté de penser qui est déterminée à la pensée actuelle par l'intellect actif. L intellect passif, individuel, est périssable ; mais l'intellect actif, commun à tous, est immortel et éternel : àOôvarov xaî àrît'ov s.