‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 202 sur 243 · MORALE ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

MORALE ET POLITIQUE

Le but final de la vie humaine, c'est le bonheur, eùoatfiovîa; or le bonheur consiste dans la vertu, qui n'est pas autre chose que le bon usage de la liberté, en maintenant l'équilibre entre les passions, et se tenant dans le milieu, pteo-ônjç, entre le trop et le trop peu. Ainsi le courage tient le milieu entre la témérité et la timidité ; la libéralité, entre la prodigalité et l'avarice ; la magnanimité, entre une vaine jactance et la pusillanimité *. On lui a reproché, à ce sujet, de n'avoir pas fonde directement sa morale sur la loi du devoir. Dans sa Politique, il pose pour principe l'utilité, et, par suite de ce principe, il se déclare pour la légitimité île l'esclavage 3.

Aristote a coutume de débuter, dans la plupart des sujets qu'il traite, par une revue critique des opinions des philosophes qui l'ont précédé, ce qui rend ses ouvrages trèsprécieux pour l'histoire de la philosophie . Aristote a cherché un milieu entre l'idéalisme et le sensualisme. Il incline

1 Méiaph , XIV, vu.

- Physique, "VIII, vu, t.

3 Phys., II, vi ; Métaph., XIV, vi et vu ; Poliliq., VII, 1.

* Ethiq. Nicom., I, xm ; et II, vi -, Ethiq. Eudem., II, nr, v.

5 1, iv-vi.

PHILOSOPHIE ANCIENNE. OOO

cependant plus d'un côté que de l'autre, et une tendance sensualiste et empirique est souvent incontestable dans ses écrits. Ce philosophe mourut l'an 322 avant Jésus-Christ, âgé d'environ soixante-trois an«, à Chalcis, dans l'île d'Eubée, où il s'était retiré, après avoir été obligé de quitter Athènes, comme suspect d'impiété envers les dieux.

Il eut pour successeur dans l'enseignement du Lycée ThéophRaste ou le Parleur divin, ainsi nommé à cause de son éloquence. Théophraste était né dans l'île de Lesho-;. environ trois cent soixante-dix ans avant Jésus-Christ. Il avait fréquenté l'école de Platon avant de suivre les leçons d'Aristote. Nous n'avons plus qu'un très-petit nombre des ouvrages qu'il avait composés : ce sont quelques traités d'histoire naturelle et les Caractères. Celui des disciples immédiats d'Aristote qui reproduisit le plus fidèlement les doctrines du maître fut Eudème de Pihodes, dont l'une des Éthiques porte le nom. L'école d'Aristote aboutit promptement au matérialisme Pour Dicéarque de Messine, l'àme n'est rien autre chose que la force vitale inhérente au corps ; pour Aristoxène le Musicien, c'est un accord produit par l'organisme, accord analogueà celui que produisent les cordes d'un instrument ' . Héraclide de Pont, dont il nous reste quelques fragments, disciple à la fois de Speusippe et d'Aristote. est compté par quelques-uns comme Platonicien. Straton de Lampsaque, surnommé le Physicien, disciple et successeur de Théophraste, abandonnant le principe d'Aristote sur le premier moteur, voulut expliquer la formation de l'univers sans l'intervention de la Divinité. On lit de lui dans Cicéron 2: « Straton ne mérite pas qu'on l'écoute, quand il dit qu'il n'y a pas d'autre Dieu que la nature. » Il mourut vers l'an 270. On peut citer encore Démétrius de Phalère, connu comme orateur et comme homme d'État, et qui fut, dit-on, bibliothécaire à Alexandrie ; Hiéronyme ou Jérôme de Rhodes, Critolaus de Pha-

1 Cic, Tuscul., I, x.

2 De Nat, deor., I, xm.

sélis, qui fut envoyé en ambassade à Rome par Les Athéniens. L'antîquilé a souven t parlé de la balance de Critolaùs- « Qui ijuum in alleram lancem animi Lona imponat, in alteram corporis et externa, tantum propendere illam bonorum animi lanctm putet, ut terram et maria déprimât l. » Ahdronigus de Rhodes, dont nous avons déjà parlé (p. 519).

i VI. École d? Épicure.

Socrate avait ramené la philosophie à l'élude de la nature humaine ; Platon et Aristote, en partant de la nature humaine, avaient formé un vaste système, comprenant l'homme et le monde ; mais la philosophie ne tarda pas à déchoir de la hauteur où l'avaient élevée ces deux, puissants génies. Rientôt les recherches philosophiques semblèrent tendre à se restreindre, et l'on vit les études morales acquérir une prépondérance trop exclusive sur les questions spéculatives. C'est là l'un des principaux caractères de l'épicurisme et du stoïcisme.

Épicurf, né à Gargette, bourg de FAttique, vers l'an 341 avant Jésus-Christ, fut élevé dans l'île de Samos, où son père était allé s'établir, probablement lorsque les Athéniens y envoyèrent une colonie. Son père était maitre d'école, et sa mère devineresse, et faisant métier de purifier les maisons en chassant les lutins. Épicure les aida l'un et l'autre dans leur profession. Les ouvrages de Démocrite, lui étant tombés sous la main, éveillèrent de bonne heure son goût pour la philosophie. Rientôt il suivit, à Athènes, les leçons de Xénocrate et de Théophraste. Kausiphane de Téos le dirigea dans l'étude de Démocrite, et lui-même, à l'âge de trente-deux ans , ouvrit à Lampsaque une école qu'il transporta, quelques années après, à Athènes. Épicure enseignait dans un jardin, et n'admettait point le public à ses leçons, mais seulement ceux qu'il jugeait dignes de sa con-

1 TnscvL, V, xvi t.

fiance. Il exerçait ses disciples à apprendre par cœur le résumé de ses leçons. Les Épicurien? formaient entre eux une sorte de congrégation ; toutefois ils ne mettaient pas, comme les Pythagoriciens, leurs biens en commun, mais chacun payait une partie de la dépense. Il ne reste des nombreux écrits d'Épicure que quelques lettres philosophiques avec un choix de maximes, conservées par Diogène Laërce l, et des fragments du livre Uipi oûtôw; retrouvés dans les ruines d'Herculanum. La Philosophie d'Epicure se divise en trois parties : la Canonique, la Physique et V Éthique. La Canonique se joint ordinairement à la Physique comme une introduction, et toutes les deux ne sont pour Épicure que le préliminaire de la Morale ; l'Éthique est la partie principale de sa Philosophie.

Page 1