PLATONISME ET ARISTOTÉUSME DES QUINZIÈME ET SEIZIÈME SIÈCLES
Gémistus Pléthon excita dans l'Occident une admiration générale par l'étendue de son érudition. On distingue parmi ses nombreux écrits le traité de la Différence entre la philosophie de Platon et celle d'Aristote, où il cherche à établir la prééminence du premier sur le second. Georges de Trébizonde enseigna la littérature et la philosophie grecques en divers endroits de l'Italie, et se montra partisan enthousiaste d'Aristote. Secondé de Georges Scholarius, il défendit avec chaleur les principes d'Aristote contre les platoniciens, et principalement contre Gémistus, qui, de son côté, ne mettait guère plus de mesure dans son enthousiasme pour Platon. Le cardinal Bessarion, comme Gémistus, donnait la préférence à Platon sur Aristote ;
mais ses écrits, pleins d'une sage modération, ne contribuèrent pas peu à tempérer l'irritation des disputes philosophiques.
Parmi les Occidentaux, l'un des hommes qui s'écartèrent 1rs premiers de la méthode scolastique fut le cardinal Nicolas de Cdss, au pays de Trêves, Nicolaus Cusanus, né en 1401. Il s'attacha spécialement à la partie pythagori tienne du platonisme, et tenta d'allier la métaphysique avec les mathématiques. Prenant pour hase de la science la notion d'unité, il procédait dans les diverses questious de la philosophie, et même dans les mystères de la religion, par des formes mathématiques, souvent inintelligibles. Selon sa théorie, les principes de notre connaissance sont contenus dans nos idées de nombre et dans leurs rapports, mais la vérité absolue est au-dessus de notre portée : c'est ce qu'il appelle la docte ignorance, et il intitule un de ses ouvrages: Apologia doctx ignoranliœ. Nicolas de Cuss préluda au système de Copernic, en reproduisant l'hypothèse pythagoricienne du mouvement de la terre. Il mourut Tan 1464.
La philosophie platonicienne eut pour protecteurs, en Italie, Corne et Laurent de Médicis. Le premier fonda une Académie, ou école platonicienne, à Florence, vers 1460, par l'intermédiaire de Mahsile Ficix, médecin philosophe, né dans cette ville en 1433, célébr i par ses traductions de Platon, Plotin, Proclus, etc., et auteur de divers ou\ qui lui sont propres, entre autres d'un traité intitule : îheologia Ptatonica, sive deimmortalitate animarum. Le but principal de ses travaux était de tirer parti du platonisme en faveur de la religion chrétienne. —L'enthousiasme des Florentins pour Platon fut partagé par Jean Pic, seigneur de la Mip.andole, né en 1463, d'une famille illustre. Il avait une mémoire extraordinaire et une imagination exaltée. A l'âge de vingt-quatre ans, déjà pourvu des plus vastes connaissances en tout genre, il alla se fixer à Rome, et y dressa une thèse de Omni scibili, contenant neuf cents conclusions, les unes tirées de divers auteurs de toutes
les nations, tant anciennes que modernes, les autres formulées par lui-même, et il fit inviter les savants de tous les pays à venir argumenter contre lui ; mais, plusieurs de ses propositions ayant paru légitimement suspectes, l'autorité du saint-siége, à laquelle du reste il se soumit avec docilité, empêcha la réalisation de son ridicule projet. Le caractère de sa philosophie était une sorte de syncrétisme universel. Outre ses thèses, on a de lui plusieurs ouvrages philosophiques.—Son neveu, Jean-François Pic de la Mirandole, inférieur en talent, l'imita dans son ardeur pour l'étude, et laissa aussi quelques ouvrages.
La philosophie d'Aristote, dont l'autorité était partagée par celle de Platon, et qui d'ailleurs avait à essuyer les plus violentes attaques par suite de la réaction contre la méthode scolastique, trouva cependant de nombreux défenseurs, lorsque l'on posséda la plupart de ses ouvrages dans le texte original. Les défenseurs d'Aristote se divisèrent en deux partis : les Alexandrisles, attachés à l'interprétation d'Alexandre d'Aphrodise, célèbre commentateur d'Aristote dans l'antiquité; et les Averroïstes, qui suivaient l'interprétation d'Averroës, commentateur arabe du douzième siècle. La principale différence entre ces commentateurs consiste en ce qu'Alexandre d'Aphrodise est plus méthodique et plus près du véritable sens d'Aristote, tandis qu'Averroës altère l'aristotélisme en le mêlant aux théories des néoplatoniciens. — Pierre PôMPONÂCË, ou Pomponat, de Mantoue, né en 1 1G2, le chef des péripatéticiens alexandristes, entreprit de dégager l'aristotélisme de l'interprétation d'Averroës. Tout en s'appuyant sur Aristote, il développa souvent des idées originales. On trouve dans ses écrits des propositions plus que téméraires concernant l'immortalité de l'âme, le libre arbitre, la Providence, et, malgré ses protestations de soumission à l'Église, son orthodoxie est toujours restée suspecte. Il avait coutume, pour se défendre, d'avoir recours à la distinction des vérités de la foi et des vérités de la raison. — D'un autre côté, l'interprétation d'Averroës lut soutenue contre Puni-
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ponace par Alexandre Achillini, de Bologne, mort en 1312' laissant plusieurs ouvrages sur la philosophie et sur la médecine, qu'il avait professées avec le plus grand éclat ; et, plus tard, par André Césalpini, né à Arezzoen 1509. Ce dernier déduisit de son averroïsme, tout en se soumettant d'avance à l'Église, un système particulier dont le fond est un véritable panthéisme.