ÉPOQUE DE TRANSITION
tielles : ce sont Montaigne et Charron. Michel de Montaigne, né en 1533, au château de ce nom, en Périgord, exerça diverses fonctions publiques, et, après avoir fait quelques voyages pour raison de santé, il passa les dernières années de sa vie dans la retraite, en son ebàteau de Montaigne, où il mourut en 1592. Ses Essais sont comme un tahleau animé, où l'on voit paraître tour à tour, sous une forme piquante et originale, des observations profondes et ingénieuses, des détails sans nombre sur ses propres inclinations, sur ses bonnes et ses mauvaises qualités, et les traits les plus divers empruntés à l'histoire et à la science, mais où l'auteur parle sur la religion, la morale, la politique, sans réserve ni retenue, et se contredisant souvent lui-même. On remarque généralement dans cet ouvrage une manière de voir analogue au scepticisme, en ce que Fauteur donne pour dernier résultat de toute observation et de toute pensée la faiblesse de la raison et l'incertitude de la connaissance humaine. Il ne me pas néanmoins la vérité, mais il pense qu'on a besoin sur toute chose de s'en rapporter à la révélation <. — Pierre GHA.RBON, né à Paris en 1541, fut d'abord avocat au parlement, puis il entra dans l'état ecclésiastique et se livra à la prédication. Il publia d'abord un bon ouvrage pour la défense de la religion ; mais vers la tin de sa vie, ayant connu Montaigne, il puisa dans cette liaison des tendances sceptiques. Il lit paraître alors un ouvrage philosophique intitulé : de la Sagesse, plus méthodique que les Essais, où l'on retrouve les maximes et les fluctuations de Montaigne. Plusieurs ont prétendu qu'on a mal compris Cbarron, et que son but était de réfuter les doutes de quelques beaux esprit? de son temps, entre autres de Montaigne, dont il était l'ami, et dont il a le tort d'imiter quelquefois le langage 2.
' Essais, liv. II, cliap. xn.
2 Èisl. gêner, de la philos., p.tr N. S. Guillon, t. It. p. 537.
Les travaux philosophiques qui avaient exercé l'esprit humain dans le cours du moyen âge, l'étude de plus en plus approfondie des anciens, surtout à partir de la renaissance des lettres, l'augmentation des connaissances physiques : toutes ces causes réunies semblaient avoir préparé une ère nouvelle pour la science. Deux hommes de génie, Bacon et Descartes, donnèrent en môme temps l'impulsion à la philosophie des temps modernes. Tous deux ont cela de commun, qu'ils sentaient la nécessité d'une réforme dans les études et d'une méthode nouvelle. Tous deux débutent par l'analyse ; mais Bacon appuie d'abord son analyse sur l'observation extérieure des phénomènes de la nature, et Descartes sur l'observation intérieure de la pensée ; l'un s'attache plus au témoignage des sens, l'autre au témoignage de la conscience. De là résultent, d'une part, une tendance au sensualisme, et, de l'autre, une tendance à l'idéalisme.