‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 216 sur 243 · MÉTHODE DE DESCARTES · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE DESCARTES

Descartes comprit de bonne heure l'insufllsance et la stérilité de la science classique de son temps, et il entreprit de la reconstruire. Ses réflexions profondes, sur lui-même et sur les autres, lui apprirent à se défier des illusions des sens et de l'autorité; toutes les idées qu'il avait admises jusquelà s'effacèrent peu à peu de son esprit, et il fut amené, par cette méthode, à un doute universel qu'il fait remonter jusqu'aux fondements de son être. «Puisque je doute, se dit-il alors, je pense ; puisque je pense, j'existe : je pense, donc je suis: cogito, ergo sum.» Et comme rien ne l'assure de cette vérité , je pense, donc je suis, ou, autrement je pense, donc j'existe, que son évidence intrinsèque , il prend pour règle générale, que les choses dont nous avons la conception claire et distincte, c'est-à-dire l'évidence, sont vraies. Tel est le célèbre critérium de Descartes. Pour diriger l'entendement dans la recherche de la vérité, Descartes joint l'analyse au doute. En deux mots, le doute méthodique dont on ne sort que par l'évidence, et l'usage de Yanalyse comme moyen d'obtenir l'évidence, c'est ce en quoi consiste la méthode de Descartes. Nous allons l'exposer plus au long, en donnant l'analyse de son Discours sur la Méthode, ouvrage qui contient, en outre, la substance de toute sa doctrine.

Analyse du Discours de la Méthode.

Le Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, écrit en français par Uescartes, parut, pour la première fois, à Leyde, en 1637.

Une traduction latine en fut publiée, avec l'approbation tle .Descartes, quelques années après, à Amsterdam (1644),

sous le titre de Dissertatio de Methotlo Ce discours peut,

d'après l'indication de Descartes lui-même, se diviser en six parties. Les plus importantes sont la seconde et la quatrième.

Première partie. Diverses considérations sur les sciences. — « Le bon sens, dit Descartes, est la chose du monde la mieux partagée. » Chacun, pour l'ordinaire, pense en être suffisamment pourvu. Il est donc vraisemblable que les hommes ne diffèrent guère entre eux, sous ce rapport, que par la manière dont ils en font l'application. Descartes s'applaudit de s'être formé une méthode au moyen de laquelle il espère conduire sûrement sa raison dans les voies de la vérité et agrandir la sphère de ses connaissances; puis il demande à raconter simplement l'histoire de sa vie intellectuelle.

Après avoir fait ses études avec succès dans une des écoles les plus célèbres de l'Europe et avoir lu une infinité d'ouvrages, il lui sembla n'avoir fait d'autre profit, sinon qu'il avait découvert de plus en plus son ignorance. Il ne laissait pas cependant d'estimer les exercices auxquels on s'occupe dans les écoles, l'étude des langues, celle de l'histoire, de la poésie, de l'éloquence, des mathématiques, comme utiles et nécessaires. Mais parce que ces diverses sciences tirent leurs principes de la philosophie, il jugea que l'on ne pouvait rien avoir bâti de solide sur une base aussi peu ferme que l'était celle de cette science.

En conséquence, il résolut de ne plus chercher d'autre science que celle qu'il pourrait trouver dans le grand livre du monde, c'est-à-dire en observant les mœurs et les coutumes, en recueillant des expériences, etc. Mais après qu'il eut employé quelques années à étudier ainsi dans le livre du monde, il prit la résolution d'étudier aussi en lui-même, et d'employer toutes les forces de son esprit à choisir la route qu'il devait suivre.

Page 1