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COMMENT LA SENSIBILITÉ SE DISTINGUE DES AUTRES FACULTES

L'école de Condillac ramenait toutes les modifications de l'âme à la sensation : pour cette école, penser et vouloir, c'était toujours sentir. Dans le langage ordinaire, les mots sentiment et sentir s'emploient, en certains cas. pour signifier des opérations intellectuelles, ce qui a pu aussi donner lieu à quelque confusion. Il importe donc de distinguer nettement la sensibilité de toutes les autres facultés.

Pour distinguer la sensibilité des autre- facultés, sans même avoir besoin d'en spécifier (es caractères, comme on vient de le faire ci-dessus, il suffit de faire voir, en général, que les phénomènes qu'elle produit sont de nature telle, qu'il est impossible de les attribuer à la volonté ou à l'entendement, et que réciproquement on ne peut lui attribuer ceux de l'entendement ou de la volonté ; or il est aisé de se convaincre, par l'observation et l'analyse, que sentir n'est ni comprendre, ni agir ou vouloir. En effet, l'âme peut sentir, c'est-à-dire jouir ou souffrir, être affectée agréablement ou désagréablement, à la suite d'une idée ou d'un acte de la volonté, comme il arrive Lorsqu'on est content d'avoir fait quelque progrès dans ses études ou d'avoir pris une résolution utile; mais il est de toute évidence que le plaisir ou la peine que l'on éprouve par suite d'une idée ou d'un acte de la volonté n'est ni cette idée ni cette volonté même.

Il existe en outre quelques différences accessoires : 1° En général, l'habitude fortifie la conception et la volition, tandis qu'elle affaiblit et émoussela sensation. ?" On ne peut appliquer à la sensibilité les mêmes attributs qu'à l'intelligence et à la volonté. Ainsi on dit bien une sensation douce ou amère, un jugement sage ou absurde ; mais l'on ne pourrait pas transporter clans le sens propre à l'un de ces deux sujets les attributs de l'autre, en disant un jugement doux ou amer, une sensation sage ou absurde. De même la

fermeté el la lâcheté, qui sont des formes de la volonté, ne sauraient proprement s'appliquer à la sensibilité, ni le doux ou l'amer à la volonté.

Les phénomènes de sensibilité sont donc irréductibles à ceux de l'intelligence ou de la volonté.

QUELLE E^T LA PLACE DE LA SENSIBILITÉ DANS L'ORDRE DE DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS.

Ce que la raison nous montre comme le plus intime de l'âme, c'est l'activité, qui ne se distingue pas de la vie même de l'âme. Cette activité se porte- tout d'abord â connaître, en même temps que notre âme est mise en rapport avec les objets extérieurs par sa faculté de sentir. Nos idées les plus nombreuses et les actes les plus fréquents de notre âme, surtout dans les premières années de la vie, étant excitées en nous par les influences extérieures, la faculté qui nous met en rapport avec la nature doit être celle qui subit d'abord les développements les plus rapides. Aussi la sensibilité, bien qu'elle ne se conçoive qu'en troisième lieu, quant à l'essence de l'âme, doit-elle être rangée la première dans l'ordre de développement?

La sensibilité est le fait dominant au commencement de la vie : pendant longtemps l'enfant ne semble vivre que de la vie des sens. Il connaît sans doute et il veut en même temps ; mais ces facultés sont alors si faibles et si bornées, qu'on peut les considérer comme étant a peine éveillées au fond de notre âme. Les notions du vrai el du beau, les idées du bien moral et du devoir, ne s'éclaircisscnt que plus tard, â mesure que la raison et la liberté se fortifient. Il est d'expérience qu'il s'écoule plusieurs années avant que l'on ait atteint ce que l'on appelle l'âge de raison ; et si dès lors on sait distinguer suffisamment le bien et le mal pour être comptable de ses actions, l'intelligence et la volonté sont cependant jugées encore si faibles, que l'on n'est pas encore réputé capable de se conduire soi-même.

La sensibilité physique est relie qui est la plus déve-

de l'entendement. 37

loppée d'abord ; la sensibilité morale et la sensibilité intellectuelle se manifestent ensuite; mais cette triple sensibilité, surtout en ce qui concerne les deux dernières, ne reçoit tous ses développements qu'avec ceux de l'intelligence et de la volonté.

Pour conclure, il est de fait que les trois facultés de l'âme se développent simultanément dès le principe de la vie, mais non dans une égale proportion, car l'expérience prouve que c'est la sensibilité qui fait d'abord les plus rapides progrès. On doit donc, à raison de cette extensionplus rapide, lui donner la première place dans l'ortifef e de développement.

SECTION II

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