DE LA NATURE DU JUGEMENT
Lorsque nous portons notre attention sur ce qui peui être pour nous objet de connaissance, soit dans le monde interne, soit dans le monde externe, nous concevons l'existence et les qualités des êtres, et nous découvrons immédiatement des rapports de substance et de mode, de cause et d'effet, de ressemblance et de différence, de temps et de lieu, etc. La conception de l'existence réelle, des qualifés et des rapports, donne lieu à une adhésion ou affirmation men-
taie qui constitue ce que Ton appelle un jugement, c'est-àdire un acte de l'entendement qui prononce sur la réalité et sur les rapports des choses.
Le jugement, considéré en lui-même, est un acte simple, qui consiste uniquement dans l'affirmation mentale ; mais, lorsqu'il est exprimé par les termes du langage, c'est-à-dire formulé en proposition, on distingue dans cette énonciation du jugement trois éléments : ce dont on affirme quelque chose, c'est-à-dire le sujet, ce qui est affirmé du sujet, c'està-dire Y attribut, et le rapport de l'un à l'autre ou la copule. Dans cette proposition : l'âme humaine est une substance immatérielle, l'âme humaine est le sujet; est, la copule ou le verbe ; une substance immatérielle, l'attribut.
C'est le verbe qui correspond à l'acte interne d'affirmation ; car affirmer, c'est déclarer qu'une chose est simplement, ou qu'elle est telle ou telle, c'est-à-dire modifiée de tel ou tel attribut. Le verbe être est le seul verbe proprement dit ; les autres ne sont que des locutions abrégées qui comprennent en un seul mot le verbe être et l'attribut, par exemple : j'écris, c'est-à-dire, je suis écrivant ; va, c'est-àdire, toi, sois allant. Sans le verbe, qui est proprement l'expression du jugement, il n'y a point de proposition, point de phrase, point de sens complet par conséquent: d'où l'on peut déduire que c'est le jugement qui donne la vie à la pensée, et que les termes dont le jugement n'a pas déterminé les rapports sont plutôt des éléments de pensée que la pensée même.
DES JUGEMENTS PMMITIFS.
Le simple concept d'un objet est toujours, sans contredit, un fait distinct de l'affirmation mentale de sa réalité; cependant les notions mêmes que nous avons des choses ne sont entrées dans noire esprit qu'avec le jugement Par exemple, l'idée du moi, celle d'existence, les idées de corps, de couleur, qui entrent dans la formule des jugements suivants : j'existe, ce corps existe, ce corps est coloré, ne se