‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 34 sur 243 · DIFFÉRENTES SORTES DE JUGEMENTS · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTES SORTES DE JUGEMENTS

d'après lesquels on les désigne de la manière suivante :

1" Les jugements formés d'après l'observation et l'expérience se nomment jugements empiriques, par exemple : l'air est pesant. On donne le nom de rationnels à ceux qui sont le produit de la raison, comme celui-ci : tout phénomène a une cause.

2° Lorsque l'objet du jugement apparaît à l'esprit comme une vérité qui porte avec elle sa démonstration et qui rend immédiatement le doute impossible, le jugement est dit apodidique, c'est-à-dire d'une évidence immédiate, par exemple : f existe ; le tout est plus grand que sa partie ; d'autres jugements ne sont évidents qu'après démonstration, par exemple : le carré construit sur l'hypoténuse du triangle rectangle est égal à la somme des carrés construits sur les deux autres cotés. — Un jugement est certain, lorsqu'il exclut toute crainte et tout péril d'erreur, comme celui-ci : deux choses égales à une troisième sont égales entre elles. Si le jugement se fonde sur des raisons graves, mais n'excluant pas tout péril d'erreur, ce jugement est probable, plus ou moins, selon le plus ou le moins de gravité des raisons. La proposition suivante : Le système de Copernic est le vrai système du monde, est probable au plus baut degré. On distingue aussi des jugements qui ont les qualités contraires, savoir des jugements inévidents, incertains, improbables. — Le jugement considéré comme une simple hypothèse, indépendamment de tout degré de vraisemblance, se nomme jugement hypothétique, par exemple : les planètes sont habitées.

3° Les jugements sont vrais ou faux, suivant que les choses sont ou ne sont pas telles qu'on les juge. Exemple de jugement vrai : le bien et le mal diffèrent essentiellement; de jugement faux : il est permis de rendre le mal pour le mal.

4° Le jugement est nécessaire toutes les fois que l'esprit y est porté irrésistiblement ; c'est de cette manière que nous jugeons qu'il existe des corps. Il est libre, si l'on pouvait s'abstenir de le porter. On a contesté qu'il y eût

de? jugements libres, sous le prétexte qu'on n'a pas le pouvoir de juger d'une manière différente de ce que conçoit l'intelligence, et qu'il ne dépend pas de nous de comprendre les choses d'une manière plutôt que d'une autre. Pour se convaincre qu'il y a réellement des jugements libres, il suffit de remarquer que très-souvent nos jugements se forment sous l'influence de passions que nous devrions réprimer, et de causes d'erreur auxquelles nous devrions remédier. Si donc, par une négligence coupable, nous ne corrigeons pas les causes de nos erreurs, les jugements erronés que nous portons nous sont imputables, comme voulus librement dans leur cause. Chacun sait les illusions que les hommes se font tous les jours par les secrètes influences de leur volonté.

5° Enfin, on distingue encore des jugements spéculatifs ou théoriques et des jugements pratiques, termes qui s'entendent d'eux-mêmes. Exemple de jugement spéculatif : Dieu est parfait ; de jugement pratique : Il faut aimer Dieu et observer ses lois.

La question du jugement se complétera dans la Logique, au chapitre de la certitude, et dans celui des causes de nos erreurs.

ï IV. Du raisonnement.

Le jugement, comme on vient de le voir, est une faculté qui prononce sur la réalité et sur les rapports des choses. Or un jugement peut en renfermer implicitement un ou plusieurs autres; un ou plusieurs jugements peuvent mener à un jugement final ou conclusion. La faculté de tirer des jugements d'autres jugements se nomme, en général, raisonnement. On raisonne également, soit qu'on fasse résulter un ou plusieurs jugements d'un seul, soit un seul de plusieurs. Il y a raisonnement toutes les fois que, tel ou tels jugements étant supposés, on en conclut que l'on doit admettre au même titre tel ou tels jugements.

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