‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 35 sur 243 · RAISONNI MENT PAR RÉDUCTION · texte numérisé non relu

RAISONNI MENT PAR RÉDUCTION

Lorsqu'on dit, par exemple, la vertu est aimable, on affirme un rapport de convenance entre les deux termes vertu et aimable. Si, décomposant le terme vertu et prenant l'un des éléments qui y sont contenus, la justice, je le suppose, on dit : la justice est aimable, on forme un second jugement résultant du premier, qui le contenait implicitement, puisque l'idée de justice fait partie de l'idée de vertu. On peut faire de même pour les idées de sagesse, de charité, de générosité, de modestie, de douceur, etc., et raisonner ainsi : la ver lu est aimable, donc la justice est aimable, donc la sagesse est aimable, donc la charité est aimable, etc. De cette manière, on fera sortir du premier jugement un certain nombre de jugements qui y sont contenus. On dirait pareillement, en décomposant ie second terme de la proposition : Dieu est parfait, donc Dieu est bon, donc Dieu est juste, donc Dieu est sage, donc Dieu est aimable, etc.

Cette manière de raisonner constitue le raisonnement par déduction. On y procède du générai au particulier, du genre à l'espèce, du principe à la conséquence.

Toutefois la forme de raisonnement telle qu'on vient de l'exposer ne rend pas compte, d'une manière complète, des opérations de l'âme dans l'exercice de la déduction. En effet, lorsqu'on dit : la vertu est aimable, donc la justice est aimable, on ne déduit le second jugement du premier que parce que l'on conçoit intérieurement que l'idée de justice est renfermée dans celle de vertu, ou, ce qui revient au môme, parce que l'on a au fond de sa pensée ce jugement implicite : la justice est une vertu. Il faut donc énoncer ce jugement, qui est le motif de la déduction, pour avoir un raisonnement déductif complet ; ce sera un syllogisme ainsi conçu :

La vertu est aimable ,

Or la justice est une vertu :

Donc la justice est aimable.

Cette explication se rapporte exactement à la règle fondamentale du syllogisme, formulée en ces termes dans la Logique de Port-Royal i : que l'une des deux propositions doit contenir la conclusion, et l'autre faire voir qu'elle la contient.

La forme syllogistique sera expliquée avec plus d'étendue dans la Logique. Présentement il ne s'agit que de la faculté de raisonner, considérée en général, sans entrer dans le détail de ses formes ni de ses règles.

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