DE LA GÉNÉRALISATION
de ïa. nature serait l'objet de notions tout à t'ait à part, et il faudrait, par conséquent, dans le langage, un terme particulier pour chacune de ces notions isolées. On conçoit, dès lors, tout ce que cette innombrable multiplicité de termes et d'idées, si elle était possible, produirait d'embarras et de coufusion dans notre intelligence.
Dans la réalité, cet inconvénient n'existe pas pour l'esprit humain, puisque nous avons la faculté de réunir un certain nombre de ces notions abstraites-individuelles en une seule idée, et de les exprimer en un seul terme. La manière dont cette faculté s'exerce, dans un cas donné, consiste à saisir, parmi les propriétés que l'abstraction nous découvre dans les êtres, une propriété commune à un certain nombre d'objets, multiple en ce sens qu'elle modifie plusieurs êtres, et à l'exprimer en un seul terme applicable à toute une classe d'êtres. AiDsi, à la vue d'une certaine quantité de lait ou de neige, à la vue d'une feuille de papier, d'un mur blanchi, j'acquiers successivement les idées abstraites-individuelles de la blancheur de ce lait, de cette neige, de cette feuille de papier, de ce mur. 11 en serait de même de tout autre objet possédant la même propriété. Mais si, effaçant de la pensée tout ce qui distingue chacun de ces objets en particulier, je me borne à considérer la qualité de blancheur, indépendamment de toute existence individuelle, ce sera alors une idée abstraitegénérale, ou simplement une idée générale. La faculté de concevoir d'une manière indépendante de toute existence individuelle, une qualité abstraite commune à un certain nombre d'êtres, se nomme généralisation.
On comprend aussi sous la dénomination d'idées générales certaines notions nécessaires, universelles, qui font partie de la raison commune de tous les hommes, et qui ne se forment pas selon le procédé de généralisation que l'on vient de décrire. Ce sont les notions absolues de l'infini, de l'éternel, du bien, du beau, du vrai, de la justice, du devoir, etc. Ces notions se produisent en nous par des jugements que l'on peut considérer comme un développement
primitif, universel et nécessaire de l'entendement humain. Il en sera question un peu plus loin, à l'article de l'Origine et de la Formation des idées.
La généralisation distribue les êtres en un certain nombre de classes. Ces classes se composent de genres et d'espèces. Les genres et les espèces se forment des individus. Chaque être, pris à part, chaque objet réel, considéré dans sa totalité, est un individu : le soleil, tel autre astre, tel homme en particulier, un animal, un végétal, un grain de sable, sont des individus. L'individu, en latin individuum, est ainsi appelé, parce qu'on le considère comme ne pouvant se diviser en plusieurs êtres semblables à ce qu'il est luimême dans sa totalité individuelle ; tandis qu'une classe, le genre humain, par exemple, comprend plusieurs êtres semblables entre eux dans la notion d'homme qui constitue le genre. Un certain nombre d'individus, considérés comme ayant les propriétés caractéristiques communes, forme ce qu'on appelle un genre. Lorsque l'on remarque des différences dans les individus qui appartiennent à un genre, ces différences, si elles sont notables, et si elles se trouvent les mêmes dans un certain nombre d'individus, donnent lieu à distinguer des espèces.
Chaque espèce contient les propriétés caractéristiques du genre, et de plus les différences qui la spécifient, en la distinguant des autres espèces. Les espèces sont, d'ailleurs, le produit de la généralisation, et les idées d'espèce sont des idées générales aussi bien que celle de genre.
Sous les espèces se trouvent les individus, d'où l'on peut remonter aux espèces et au genre. Par exemple, un éléphant, pris à part, est un individu; un certain nombre d'individus offrant les mêmes caractères distinclifs, c'est-àdire, dans le cas présent, une taille très-élcvée, une peau épaisse et rude, une trompe longue et mobile, douée à son extrémité d'un tact très-fin, et servant d'organe de préhension, deux dents qui se recourbent et se prolongent en forme de défenses, etc., constituent l'espèce des éléphants. Si on la compare a d'autres espèces comme celles du rhinocéros,