‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 4 sur 243 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

même et leur caractère d'infinité nous accablent et nous confondent. Il était donc nécessaire que la puissance de Dieu vînt en aide à la faiblesse de l'homme, pour garantir l'esprit humain de ses propres défaillances. Une philosophie présomptueuse, qui refuse de prendre la raison divine pour appui et pour guide, pose les problèmes sans les résoudre, soulève les doutes sans les dissiper : c'est là une vérité d'expérience dont l'histoire de la philosophie nous offre les plus nombreux exemples. Mais, si la philosophie renonce à tout antagonisme envers la religion, si elle reconnaît les droits de l'autorité divine, l'autorité divine, en lui communiquant une force qui lui manque, lui reconnaîtra en même temps sa part légitime de liberté.

La philosophie a été cultivée de tout temps chez les peuples civilisés. 11 est superflu de citer les anciens : rappelons seulement que les peuples chrétiens ont toujours eu une philosophie. Les travaux philosophiques des Pères de l'Eglise sont assez célèbres ; on connaît les surnoms caractéristiques des Docteurs du moyen âge, et l'on sait que chez eux le théologien ne se sépa~ rait pas du philosophe; les siècles modernes comptent aussi un grand nombre de philosophes chrétiens. La philosophie, redevenue ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, la science du vrai et l'amour du bien, suivant les forces de notre nature, vivra autant que l'esprit humain : essayer de la proscrire, ce ne serait pas a utre chose que vouloir proscrire la sagesse même : Quisquis omnemphilosophiam (vgiendam putat,nihil nos vult aliud quam non amare sapientiarn, a dit

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saint Augustin *. C'est pour la même raison, avait- il dit quelques lignes plus haut, que nos divines Ecritures ne réprouvent pas tous les philosophes sans restriction, mais seulement les philosophes opposés à la religion: Unde etiam divinx Scripturœ non omnino philosophos, sed philosophas hujas mundi evitandos esse prœcipiunt. Ces paroles nous prouvent que le grand évèque d'Hippone, tout en combattant avec énergie les erreurs des philosophes, avait toujours soin de distinguer la bonne philosophie de celle qui est mauvaise et nuisible.

« La philosophie, a dit un philosophe de notre siècle, est la gloire et recueil de l'esprit humain. » Heureux lui-même s'il avait moins connu l'écueil ! Autant une philosophie antichrétienne est pernicieuse à la société, parce qu'elle ébranle la croyance aux vérités fondamentales qui en sont le plus ferme appui, autant la philosophie, maintenue dans son véritable domaine, peut-elle être utile au perfectionnement de l'humanité. L'esprit philosophique, comme tout le reste dans l'homme, ne se développe sans doute complètement qu'avec l'âge mûr ; mais il importe que la jeunesse des écoles ne demeure pas étrangère à une branche si considérable de la science humaine.

Offerte à la jeunesse avec un sage discernement, la philosophie l'élève au-dessus de la sphère des choses sensibles, elle l'accoutume à généraliser ses connaissances, elle lui apprend la langue du raisonnement. Par l'enseignement de la logique, elle est vraiment pour cet âge un Art dépenser, puisqu'elle régularise

1 De Ordine, lib. I, xxxn.

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