DE LA CROYANCE
sorte que la raison préside toujours... Comme l'imagination aide beaucoup l'intelligence, il est clair que, pour faire un habile homme, il faut de l'un et de l'autre. Mais, dans ce tempérament, il faut que l'intelligence et le raisonnement prévalent. »
L'imagination subit de grandes modifications dans les différents âges. Elle est prédominante dans la première période de la vie. Dans l'enfance, elle se montre naïve et mobile comme on l'est à cet âge. Dans la jeunesse, elle est plus énergique et plus féconde, mais souvent vagabonde et bizarre. Avec le temps, la raison prend de l'empire sur l'imagination, elle en modère les saillies, et, si elle lui ôte de son originalité, elle donne à ses produits plus de vérité et de correction.
Pour rendre complètement raison des phénomènes de l'imagination, il est des causes physiologiques dont il faut nécessairement tenir compte. L'imagination dépend, en effet, visiblement dans son exercice, de certaines conditions organiques, et il est hors de doute que les dispositions naturelles, ainsi que les modifications accidentelles du système nerveux, les effets du climat, du régime alimentaire, de certains excitants, exercent une influence considérable sur les développements de cette faculté.
On sait tout l'intérêt que Malebranche a su répandre sur cette question dans sa Recherche de la vérité \ et l'application qu'il y fait, à ce sujet, de la théorie des esprits animaux.
§ VIII. De la croyance.
La faculté de connaître, ou l'entendement, se présente à l'observation sous trois modes généraux : connaître, qui constitue proprement la faculté, se souvenir et croire. Les deux premiers ont été traités précédemment, il reste à donner quelques explications sur le troisième.
Le mode intellectuel que nous appelons en général la
1 T. I, liv. II.
croyance est un état, une disposition qui se produit dans notre âme à l'occasion d'une infinité de faits, soit internes, soit externes. L'exercice de la conscience et celui de la perception extérieure sont accompagnés de la croyance à la réalité des choses que nous percevons ; nous croyons à la vérité de ce qu'énoncent nos jugements, de ce que concluent nos raisonnements, de ce que nous rappellent nos souvenirs, de ce que nous attestent des témoignages dignes de foi. Le fait de croire se joint donc ordinairement à la plupart des autres phénomènes de l'âme, mais il demeure toujours distinct de chacun d'eux.
La croyance est un assentiment que donne notre esprit à ce qui lui paraît être la vérité. Cet assentiment peut présenter les nuances les plus variées de faiblesse ou de force, jusqu'à ce qu'il s'élève à la certitude, qui est une adhésion ferme et inébranlable sans péril d'erreur. C'est pourquoi l'on distingue des croyances faibles et légères, des croyances fortes et profondes, et des croyances certaines.
Le fait général de la croyance embrasse trois ordres de faits : 1° croire à la réalité des objets de nos perceptions ; 2° croire à la stabilité et à la généralité de certain ordre de phénomènes connus par l'observation : c'est ce que Ton appelle Yinduction ; 3° croire à une autorité, ce qui se nomme foi ; par exemple, ajouter foi au témoignage des hommes. On comprend qu'il ne s'agit ici que d'une foi humaine et non de la foi divine, qui est une vertu surnaturelle.
L'étude de ces questions, que l'on ne fait ici qu'indiquer, se complétera dans la Logique, particulièrement au chapitre de la certitude.