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CARACTÈRES ET ESPÈCES DE NOS IDÉES

idées, et donnent lieu à des classements divers, que l'on désigne sous le nom d'espèces des idées.

Caractères des idées. — Si l'idée est la notion d'un objet présent que nous saisissons par nos facultés, on l'appelle une perception : par exemple, l'idée d'un homme que nous voyons, l'idée d'une sensation douloureuse que nous éprouvons. — Si l'idée se forme dans notre esprit par une opération spéciale de la raison, c'est une conception : par exemple, l'idée de la grandeur que l'esprit forme par abstraction et par comparaison. — Si l'idée est le retour ou le rappel d'une notion acquise antérieurement, on l'appelle un souvenir : par exemple, nos souvenirs d'enfance. — Si l'idée est une iiction de notre esprit et ne repose pas sur la réalité, on l'appelle une imagination : par exemple, les idées mythologiques, telles que la Chimère, le Sphinx. Il faut remarquer, toutefois, que ces imaginations de notre esprit se composent d'éléments réellement existants. On entend aussi , par le mot imagination, la faculté de se représenter les objets sensibles par leur image, sans l'intervention présente des sens, comme la rondeur de la terre, ou un objet corporel absent.

Espèces des idées. — Indépendamment de ces différences caractéristiques de nos idées, on les divise en un grand nombre d'espèces. Ces espèces de nos idées peuvent , eu général, se ramener à trois points de vue : 1° selon leur objet : toutes les idées ont un objet réel ou fictif, ou de pure raison ; 2° selon le rapport du sujet des idées à leur objet ; 3° d'après leur origine.

1° Tous les objets que présente l'univers, et qui peuvent nous être connus par nos idées, consistent dans le monde interne ou le moi, et le monde externe ou le non-moi. C'est ce qui donne lieu de reconnaître trois classes d'idées : les idées de l'âme ou idées psychologiques, comme l'entendement, la volonté ; les idées des corps ou idées physiques, comme la terre, l'impénétrabilité ; les idées qui n'ont pour objet ni notre âme, ni la matière, mais des conceptions de

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l'ordre rationnel ou idées métaphysiques, par exemple, l'éternel, l'infini.

Dans ce qui est l'objet de nos idées, l'abstraction et l'analyse nous font distinguer l'être, la manière d'être et les rapports : de là naissent des idées de substance, comme l'or, l'argent; de qualité, comme brillant, utile; de rapport, exprimées le plus souvent, soit par le verbe, soit par des prépositions, à, de, par, pour, avec, etc.

Le classement de nos idées, tel qu'on vient de l'exposer, ombrasse d'une manière complète et régulière la totalité des objets que nous offre l'univers ; nous pourrions donc nous en tenir à cette seule division de nos idées, quant à leur objet. Cependant, comme il existe d'autres expressions usitées dans la langue philosophique pour désigner les espèces de nos idées sous ce même point de vue de leur objet, il importe de les faire connaître et d'en donner la définition.

On appelle idées nécessaires celles dont l'objet ne peut pas ne pas être; telles sont les idées de Dieu, de cause première ; contingentes, celles dont l'objet pouvait être ou ne pas être : Rome, empereur.

Lorsque l'idée consiste en une conception unique, qui ne peut se décomposer en plusieurs éléments, c'est l'idée simple; par exemple, tire, unité. L'idée est composée ou complexe , lorsqu'elle contient plusieurs éléments : ainsi l'idée d'animal est complexe, parce qu'elle se compose des éléments matière, forme, organisation, vie.

Si l'idée a pour objet un individu, par exemple, Platon, Aristote, c'est l'idée singulière ou individuelle. Si elle a pour objet plusieurs individus considérés comme réunis en une même totalité, c'est l'idée collective, comme les idées d'un sénat, d'une armée, qui équivalent à la répétition de l'idée de sénateur, de soldat.

Lorsque l'idée se considère comme représentant un être individuel dans tout ce qui le constitue, cette idée se nomme concrète : par exemple, l'idée de tel fruit, dans sa réalité substantielle avec tous ses modes. Mais lorsque, par

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