NOTIONS ET VÉRITÉS PREMIÈRES
main. C'est ce que l'on appelle Les notions et les véritcspremières. Ces notions et ces vérités sont des principes et des éléments nécessaires, dont on fait une application continuelle dans les opérations de l'entendement.
1° Notions premières. — On entend par notions premières les conceptions fondamentales de la raison. Nous allons donner une énumération des principales. On peut en môme temps se rappeler ce qui a déjà été dit sur plusieurs de ces notions, soit dans V Introduction, soit ci-dessus à l'article de la Formation des idées.
Les notions premières peuvent se ranger en quatre classes : les notions premières de l'ordre psychologique, les notions premières de l'ordre métaphysique, celles de l'ordre physique, celles de l'ordre moral.
Les notions premières de Vordre psychologique sont celles qui ont pour objet notre âme elle-même, savoir les idées de sentiment, de connaissance, de volonté , de croyance, de mémoire, etc., en un mot les plus simples de celles que nous donne le sens intime ou la conscience, et dont on vient de voir la description dans ce chapitre même.
Les notions premières de Vordre métaphysique ont un caractère absolu, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas restreintes d'elles-mêmes à telle ou telle nature d'êtres.
En voici des exemples: l'être, ou ce qui est; le possible, ou ce qui peut être; la substance, ou ce qui existe en soi, sans avoir besoin d'adhérer à un sujet ; la cause, ou ce qui produit un effet; le rapport, ou toute relation quelconque ; Vordre, ou la liaison des choses suivant leurs rapports naturels ; le temps ou la durée ; ïunité, l'identité, le bon, le vrai, le. parfait, etc.
Parmi les notions premières de l'oindre physique on distingue Yètendue ou dimension des corps, la matière, la forme, la quantité, le lieu, la distance, le mouvement ou le changement de lieu, telle ou telle loi de la nature, comme la pesanteur, etc.
Les notions premières do l'ordre moral sont la dislinc-
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tion du bien et du mal, la conscience morale, la justice ou la conformité au droit, la loi, le devoir ou l'obligation morale, le méi*ite et le démérite, la uerît* et le uice.
On grand nombre d'idées de l'ordre métaphysique, absolues et universelles en elles-mêmes, prennent un caractère relatif selon les classés auxquelles on Les applique. C'est ainsi que la cause en soi, l'ordre absolu, l'idée universelle de rapport, deviennent des causes physiques, psychologiques ou morales, l'ordre physique ou moral, des rapports physiques ou moraux.
2° Vérités premières. — On entend par vérités premières un certain nombre de jugements qui sont les principes d'où découlent les autres.
Ces jugements ont une connexion intime avec les notions premières, qu'ils impliquent naturellement ; et ils se formulent en propositions qui peuvent se distribuer en plusieurs classes, comme les notions premières.
1° Les vérités premières de l'ordre psychologique, c'està-dire celles qui se rapportent à Y âme ou au moi *, par exemple : tout ce qui nous est attesté par la conscience ou le sens intime existe réellement; — les pensées dont j'ai la conscience ont un sujet que j'appelle moi ; — les choses que la mémoire nous rappelle d'une manière pleinement distincte ont réellement eu lieu. —Nous sommes certains de notre identité personnelle et de la continuité de notre existence, depuis les premiers temps que notre mémoire peut atteindre. — Nous exerçons quelque pouvoir sur nos actes.
3° Les vérités premières de l'ordre métaphysique, ou les premiers principes de la raison, tels que : Je principe de la substantialitè, qui se formule ainsi : il n'y a point de qualité sans substance ; — le principe de la causalité, principe qui se formule diversement, savoir : il n'y a pas d'effet sans cause; tout fait, c'est-à-dire tout ce qui est fait, est produit par une cause ; tout phénomène, ou autrement, tout ce qui
* Voy. Th. Reid, essai VI, chap. v.