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CARACTÈRES DES NOTIONS ET DES VÉRITÉS PREMIÈRES

Malgré la distinction réelle des notions et des vérités premières, c'est-à-dire des idées et des jugements primitifs

de l'entendement humain, il ne faut pas croire cependant

que ces notions et ces vérités aient une existence séparée dans notre esprit. Les notions sont impliquées dans les vérité?, et ce n'est que par l'analyse de ces vérités qu'on y distiuguc les notions qui en sont les éléments.

Les caractères sont les mêmes pour les vérités et pour les notions premières; cependant ce que nous allons en dire s'appliquera plus spécialement aux vérités.

On distingue dans les notions et vérités premières les caractères suivants :

1" Qu'elles sont évidentes par elles-mêmes. Les vérités premières, par cela seul qu'elles sont des vérités premières, ne peuvent avoir besoin de preuve : autrement il faudrait qu'on pût leur trouver pour preuve quelques propositions plus claires qu'elles-mêmes; mais alors ce seraient ces propositions plus claires qui seraient les vérités premières, et non celles qu'on suppose. Les vérités premières sont d'une telle clarté et d'une telle simplicité, que les esprits les plus vulgaires les comprennent immédiatement, de même que les esprits les plus éminents.

2° Qu'elles sont communes à tous les esprits. Les notions et vérités premières se trouvent partout et toujours les mêmes chez tous les hommes d'un esprit sain. C'est ce qui leur a fait aussi donner le nom de notions communes et de principes du sens commun. « Deux hommes, dit Fénelon *, qui ne se sont jamais vus, qui n'ont jamais entendu parler l'un de l'autre, et qui n'ont jamais eu de liaison avec aucun autre homme qui ait pu leur donner des notions communes, parlent aux deux extrémités de la terre sur un certain nombre de vérités comme s'ils étaient de concert. On sait infailliblement dans un hémisphère ce qu'on répondra dans l'autre sur ces vérités. Les hommes de tous les pays et de tous les temps, quelque éducation qu'ils aient reçue, se sentent invinciblement assujettis a penser et à parler de même. »

1 De l'Existence de Dieu, première partie, n. 56.

CARACTÈRES DES -NOTIONS ET VÉRITÉS PREMIÈRES. i 1 1

3'1 Qu'elles sont les b -w de toute co ;e acquise

par le raisonnement. Eu effet, si nous avons à déterminer la valeur d'une proposition, ou bien nous la jugeons évidente par elle-même, ou bien nous trouvons qu'elle dérive d'une autre proposition. Dans ce dernier cas, la proposition dont elle dérive est soumise à la même alternative ; et si, à son tour, elle découle d'une autre proposition, on peut en dire autant de celle-ci ; et ainsi de suite. Mais l'analyse ne peut remonter ainsi à l'infini, il faut qu'elle s'arrête quelque part, et ce ne sera que quand elle aura rencontré une proposition évidente par elle-même, qui, par conséquent, n'ait pas besoin de preuve.

4° Que nous en faisons une application continuelle dans nos jugements et clans nos actions, par exemple : si, à la vue d'un phénomène physique, nous sommes naturellement portés à rechercher ce qui l'a produit, c'est parce que la raison nous dit que tout eiïet a une cause.

Si nous blâmons ou si nous estimons telles ou telles actions de nos semhlahles, c'est parce que nous avons l'idée de la distinction du bien et du mal; autrement ces actions seraient indifférentes.

Si on met en défaut un adversaire en prouvant qu'il se contredit lui-même, c'est en vertu du principe que le ouici le non ne peuvent pas être vrais en même temps d'une même chose.

Si nous mettons en délibération nos actes volontaires, c'est que nous sommes convaincus que nous avons un véritable pouvoir sur nos actes.

11 importe de remarquer que les notions et vérités premières, dont on vient de donner une classification d'après leurs objets, se distinguent de deux sortes, si on les considère dans leur nature. Les unes sont des vérités nécessaires et immuables, dont le contraire est impossible, par exemple: il n'y a pas d'effet sans cause ; les autres sont des vérités contingentes, qui auraient pu ne pas être. Tels sont les phénomènes que nous révèle notre sens intime.

Les vérités premières sont facilement intelligibles pour

tous, « et Dieu, suivant la remarque deBossuet i, nous en a donné naturellement la connaissance, alin qu'elle nous dirige dans tous nos raisonnements, sans même que nous y fassions une réflexion actuelle, à peu près comme nos nerfs et nos muscles nous servent à nous mouvoir, sans que nous les connaissions. »

SECTION" III

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