‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 56 sur 243 · PHÉNOMÈNE DS LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNE DS LA VOLONTÉ

lui reste à se décider et à réaliser dans la pratique ce qu'elle aura résolu. Tant que l'âme délibère, elle est indécise, irrésolue, indéterminée ; à la suite de la délibération, elle prend une décision, une résolution, elle se détermine,ce qui est proprement vouloir : c'est ce que l'on appelle la détermination. Puis, si la détermination est positive, elle exécute sa résolution, elle agit. Si la détermination est négative, on l'exécute d'une manière négative, en s'abstenant. L'exécution ou V action est donc le complément du phénomène de la volonté. Dans le cas même où l'action vient à manquer par une cause quelconque, le fait psychologique de la volonté ne laisse pas d'être complet, si l'âme, se possédant elle-même a délibéré, et qu'après s'être déterminée, elle ait commencé à se porter à l'action.

Il résulte de ce qui précède que quatre faits élémentaires se produisent dans le phénomène de la volonté, savoir : la possession, la délibération, la détermination et l'action. Tout le monde sait que le phénomène de la volonté, tout complexe qu'il est, peut s'effectuer en un laps de temps trèscourt.

On comprend sans peine que la détermination est proprement le fait qui constitue le vouloir ; la possession et la délibération en sont les préliminaires ; l'action en est la suite ou le complément.

Pour donner un exemple du phénomène de la volonté, supposons que l'occasion se présente d'accomplir une obligation imposée par une loi, et que l'on éprouve quelque peine à s'y résoudre. On recueille d'abord son attention, afin de peser les raisons pour et contre l'obéissance : d'un côté, le motif du devoir, la satisfaction de l'avoir rempli et la sécurité qui en résulte ; de l'autre, la difficulté de l'accomplissement et divers prétextes que ne manquent pas de suggérer les passions, mais aussi les fâcheuses conséquences qu'entraîne la violation de la loi : après avoir délibéré, on se décide, et on agit dans le sens de sa résolution, c'est-à-dire, si on est sage, on obéit à la loi.

118 PSYCHOLOf.IE.

Il ne s'agit point, dans les explications ci-dessus, des mouvements corporels commandés parla volonté: ces mouvements ne sont point desactes psychologiques. Ainsi, quand on parle d'action ou d'exécution de la part de la volonté, il s'agit de Yaclion interne qui commande et dirige les actions externes, et qui n'en existerait pas moins tout entière dans le cas où les membres refuseraient de se mouvoir. Cependant les actions extérieures sont si intimement liées avec l'action intérieure, qu'on ne les sépare point ordinairement dans la pensée ; et il est vrai de dire aussi qu'ordinairement l'exécution des actes extérieurs ajoute à l'intensité de la détermination et de l'action intérieure. Mais il ne faut pas oublier que le phénomène de la volonté n'appartient qu'à l'âme, et qu'il lui appartient même en dépit de ce qu'éprouve le corps. Même sous le poids des fers qui tiennent le corps captif, l'âme est toujours l'arbitre de ses volontés. On peut empêcher un homme d'agir corporellement, mais on ne peut l'empêcher de vouloir.

Comme nous ne voyons pas les actes intérieurs de nos semblables, ce n'est que par les mouvements et les effets corporels que nous jugeons de leur activité, soit spontanée, soit volontaire. Aussi regarde-t-on communément comme très-actifs les hommes doués d'une activité physique remarquable, tandis que l'on porte souvent un jugement contraire sur des hommes doués d'une grande activité intellectuelle, mais dont le corps demeure en repos, alors qu'il se déploie dans leur âme une activité beaucoup plus grande que dans les hommes d'action extérieure.

Il est aisé de concevoir que les quatre faits élémentaires du phénomène de la volonté se lient entre eux par des rapports nécessaires, de telle sorte que le premier est la condition du second, le second du troisième, et le troisième du quatrième. En effet, si rame ne se possédait pas elle-même, ou ne se possédait qu'imparfaitement, la délibération serait nulle ou imparfaite, et la détermination se ressentirait des défauts de la délibération. Toutefois la liberté ne laisse pas d'être encore réelle, lors même qu'on ne se possède et que

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