DU MOI ET DE LA PERSONNALITE
Les facultés que nous avons décrites dans Je chapitre précédent sous le nom de sensibilité, d'intelligence et de volonté, ne sont pas séparées dans la réalité, comme nous nous le représentons par l'analyse, mais elles se réunissent dans le même sujet, qui est ;<olre âme La sensibilité, c'est
IDENTITE DU MOI. lOO
l'âme sentant ; l'intelligence, l'âme connaissant ; l'activité et la volonté, l'âme agissant et voulant.
L'âme se connaît elle-même, et se détermine en se disant intérieurement : moi ; par la elle se distingue du reste de la nature et elle s'affirme à elle-même sa personnalité. On entend par personne une substance individuelle d'une nature raisonnable l. Ainsi les animaux sans raison, les êtres purement corporels, ne sont pas des personnes. On comprend toutefois dans la personnalité la substance corporelle unie à une substance spirituelle, lorsque, eD vertu de leur union, l'une et l'autre substance concourent à l'action personnelle, comme cela a lieu dans l'homme. (Voir sur le caractère personnel de nos facultés, ce qui a été dit précédemment p. 39 et p. 119.)
Pour qu'un être se nomme moi, il ne suffit pas qu'il existe avec ses facultés mais il faut encore qu'il se manifeste à lui-même; or l'âme se manifeste à elle-même par les modes dont elle a la conscience, et qu'elle se rapporte par conséquent à elle-même L'âme, c'est la substance, sujet des modes ; le moi, c'est l'âme en tant qu'elle a la conscience d'elle-même. L'idée de moi n'est donc pas précisément la même chose que l'idée d'âme. On conçoit d'ailleurs comme possible qu'une âme existe sans avoir la conscience d'elle-même, ou du moins sans un moi clair et explicite. Le moi semble même disparaître dans certains moments, tels que ceux d'un évanouissement, d'une léthargie, d'un sommeil profond Toutefois, lorsqu'il s'agit de la substance du moi, les termes d'âme et de moi deviennent dans l'usage complètement synonymes : c'est ainsi qu'on les entendra dans ce qui va suivie.