‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 64 sur 243 · IDENTITÉ DU MOI · texte numérisé non relu

IDENTITÉ DU MOI

Le moi possède la propriété de rester toujours le même au milieu des innombrables modifications dont il est le su-

1 C'est la définition donnée1" par Boëce, dans son livre : De persona et natura, c. ni. — Le mot personne a dans la théologie une signification particulière qu'il n'est pas de notre sujet d'expliquer.

jet ; cest ce que l'on appelle son identité. C'est un fait que l'on peut dire de croyance universelle : chacun, en effet, est pleinement convaincu que le moi qui sent, connaît et veut présentement, est le même qui sentait, connaissait et voulait précédemment. L'être qui pense dans la vieillesse se sent être le même qui pensait dans la jeunesse, et chacun conserve jusqu'à la mort quelques souvenirs du premier âge. On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que ceuxlà même qui avancent dans leurs écrits ou dans leurs discours que ce qu'on appelle l'âme n'est rien autre chose qu'une succession de phénomènes, ne peuvent s'empêcher de reconnaître, comme tout le monde, au fond de leur conscience, leur propre identité personnelle, au milieu de toute cette variété de faits qui se passent dans le moi. Sans la ferme croyance à l'identité du moi, que Signifierait l'anticipation que nous faisons de l'avenir par l'espérance et par la crainte ? Si le moi ne demeurait pas identique à lui' même, ce ne serait pas pour lui-même, mais pour un autre, qu'il espérerait ou qu'il craindrait : supposition contraire à ce que nous révèle la conscience.

La notion de notre identité nous est donnée, selon Locke, par la conscience '. Selon Reid, le témoignage de la mémoire est la plus forte preuve de notre identité 2. D'après Dugald-Stewart, c'est par la conscience et la mémoire que nous acquérons la notion et la conviction de notre identité personnelle 3, M. Cousin rectifie et complète ces théories en expliquant * comment la notion de l'identité personnelle est une conviction de la raison obtenue à l'aide de la conscience et de la mémoire.

La conscience nous atteste les modifications présentes par lesquelles nous nous manifestons actuellement à nousmêmes : ce sont nos sensations, nos perceptions, nos vo-

1 Essai sur l'entendement humain, liv. II, chap. xxvn, § 9, etc. J Essais sur les facultés intellectuelles de l'homme, ess. III, ch îv. 3 Esquisses de philosophie morale, part. I, sect.i. 1 Cours de l'histoire de la philosophie, t. II, leçon XVIII.

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