‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 74 sur 243 · DE LEVIDENCE ET DU FONDEMENT DE LA CERTITUDE · texte numérisé non relu

DE LEVIDENCE ET DU FONDEMENT DE LA CERTITUDE

d'abord à établir la certitude de sa propre existence; puis il explique comment l'évidence des vérités premières consiste dans la clarté des idées, et définit l'absurde, ce qui est en contradiction avec une idée claire. Pour ce qui est des idées claires elles-mêmes, il les rapporte aux principes du sens commun. «

« Qu'estce que le sens commun ? dit-il1. N'est ce pas les premières notions que tous les hommes ont également des mêmes choses? Ce sens commun, qui est toujours et partout le même,... qui se montre au premier coup d'œil, et qui découvre aussitôt l'évidence ou l'absurdité de la question , n'est-ce pas ce que j'appelle mes idées? Les voilà donc ces idées ou notions générales que je ne puis ni contredire ni examiner, suivant lesquelles, au contraire, j'examine et je décide tout, en sorte que je ris au lieu de répondre toutes les fois qu'on mepropose ce qui est clairement opposé à ce que ces idées immuables me représentent ! »

Ces paroles de Fénelon ont fait dire à Th. Reid: « L'interprétation du critérium de Descartes qu'on trouve dans ce passage est la plus intelligible et la plus favorable que j'aie rencontrée 2. »

Les premiers principes, les axiomes, les vérités fondamentales, sont donc des idées claires, évidentes par ellesmêmes, et en même temps des vérités de sens commun, des vérités hors de toute contestation. Mais, outre ces vérités premières, il en existe une infinité d'autres, telles que les faits historiques, les phénomènes physiques, les propositions logiques, mathématiques, etc. Quel sera le signe caractéristique de la vérité, hors le cas des vérités universellement admises sans discussion ? Il est vrai sans doute que, quand on ne peut parvenir parle raisonnement seul à résoudre une question, on consulte, on invoque l'autorité; on se croit plus fort, on est généralement plus ferme dans ses convictions, quand on a pu réunir l'assentiment de ses semblables;

1 Traité de l'existence et des attributs de Dieu, IIe part,, n" 33. 9 Essai VI, eh. u.

mais il faut bien reconnaître que dans le cas où l'on arriva .1 la certitude, ce qui résulte de toute recherche et de toute consultation, c'est qu'une adhésion ferme et inébranlable -est formée dans l'âme de celui qui est certain ; or cette adhésion, pour être rationnelle, suppose dans l'individuune conception claire et distincte excluant le doute, c'est-à-dire ['évidence, soit de la vérité en elle-même, soit de la valeur du motif d'autorité, d'analogie ou autre, en vertu duquel on donue son adhésion.

Pour conclure *, l'évidence doit être considérée comme la raison dernière de la certitude, comme le signe caractéristique de la vérité. L'évidence, de sa nature, exclut le doute ; et pour les vérités premières et fondamentales elle est commune a toutes les intelligences, c'est-à-dire que Vévidence et le sens commun y coïncident toujours. Mais comme, hors le cas des vérités immédiatement évidentes par elles-mêmes pour tous les esprits, il peut arriver à un homme de prendre pour évident ce qui ne l'est pas, afin de s'assurer qu'il possède réellement l'évidence, il examine si ce qu'il juge évident est aussi jugé tel par ses semblables. Le sens commun, dans le cas où l'on peut en constater l'existence, est une sorte du contrôle et d'épreuve pour mieux s'assurer du critérium de la vérité ; il concourt puissamment à former dans l'âme cette adhésion inébranlable qui produit en nous la sécurité d'une certitude complète. Cependant le sens commun ne doit pas être considéré comme le fondement de la certitude : car, dans toute hypothèse, il faut nécessairement admettre qu'en dernier ressort c'est toujours la raison de l'individu qui juge de l'existence et de l'autorité du sens commun lui-même 2.

1 Voy. Œuvres philosophiques de Fénelon (édit. J. Lecoffre), Introduction.

* La théorie de la certitude dont on vient de voir l'exposition ne serait pas complète, si nous ne faisions la part du concours de la grâce divine avec la raison humaine, particulièrement en ce qui concerne les questions de notre origine et de notre destinée. Nous ne pouvons faire mieux que de citer les paroles remarquables qui

Page 1