‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 75 sur 243 · DE L'ÉVIDENCE ET DU FONDEMENT DE LA CERTITUDE · texte numérisé non relu

DE L'ÉVIDENCE ET DU FONDEMENT DE LA CERTITUDE

L'évidence peut s'envisager sous deux points de vue : 1° les vérités qui appartiennent à l'essence des choses, ce que l'on appelle proprement les idées, se conçoivent directement avec une évidence qui, en ce cas, se nomme intrinsèque, et qui n'est que la clarté parfaite des idées ou l'évidence proprement dite ; 2° dans les autres cas, l'évidence est extrinsèque, c'est-à-dire que l'on a l'évidence des motifs d'adhérer à une vérité, et non directement et intrinsèquement l'évidence de cette vérité en elle-même. Moyennant cette distinction, l'évidence peut être considérée comme la lumière qui accompagne les divers motifs de certitude ; c'est ainsi que l'on conçoit l'évidence dans le témoignage des sens, dans l'analogie, dans la mémoire, etc. Si l'évidence se montre au premier coup d'oeil, elle est dite immédiate ; si on l'obtient par voie de raisonnement, elle est inductive ou déductive.

L'évidence et la certitude coïncidant pour l'ordinaire à l'égard des mêmes vérités, il n'est pas sans importance de bien déterminer la valeur respective de ces deux termes. Vévidence est la clarté parfaite de la vérité; la certitude

se lisent sur ce sujet dans les lettres de Fénelon sur la Religion (VI, n° 3) : •• Il est vrai que les hommes, comme un auteur de notre temps l'a très bien remarqué, n'ont point assez de force pour suivre toute leur raison (La Rochefoucauld, Maximes, 42) ; aussi suis je très-persuadé que nul homme, sans la grâce, n'aurait pas, par ses seules forces naturelles, toute la constance, toute la règle, toute la modération, toute la défiance de lui-même, qu il lui faudrait pour la découverte des vérités même? qui n'ont pas besoin de la lumière supérieure de la foi : en un mot, cette philosophie naturelle, qui irait sans préjugé, sans impatience, sans orgueil, jusqu'au bout de la raison purement humaine, est un roman de philosophie. Je ne compte que sur la grâce pour diriger la raison même dans les bornes étroites de la raison, pour la découverte de la religion ; mais je crois, avec saint Augustin, que Dieu donne à chaque homme un premier germe de grâce intime et secrète, qui se mêle imperceptiblement avec la raison, et qui prépare l'homme à passer peu à peu de la raison jusqu'à la foi : c'est ce que saint Augustin nomme Inchoationes quœdam fïdei, conceptionibus similes [Dediv. quœst. al Simplie., lib. I, quœst. II. n° 2). ■>

est l'adhésion ferme de notre intelligence à cette même vérité, sans aucun péril d'erreur. La certitude est subjective, c'est-à-dire qu'elle est une modification du sujet pensant ; ce que Ton exprime en disant : Je suis certain. Elle s'entend aussi dans un sens objectif, car la certitude comprend avec l'adhésion de l'esprit la vérité de son objet ; c'est pourquoi loi dit aussi : Cela est certain. L'évidence est comme une lumière qui enviroune et qui éclaire les objets de nos connaissances : toutefois cette lumière des objets ne se conçoit et n'existe réellement que par rapport à notre intelligence qui les voit clairement. L'évidence est donc subjective en même temps qu'objective ; mais ce qui semble dominer dans l'idée de l'évidence, c'est la clarté dont brille la vérité. La vérité, c'est ce qui est, en tant que ce qui est est en rapport avec une intelligence : une chose dont on a l'idée est vraie dès lors qu'elie est réellement ; mais elle n'est évidente qu'autant que l'esprit la voit clairement, et certaine qu'autant que l'esprit y adhère sans péril d'erreur. La vérité, en elle-même, est subjective si elle est le moi, et objective si elle n'est pas le moi : la connaissance de la vérité est toujours subjective.

Des différentes sortes de certitude.

On distingue différentes sortes de certitude, soit d'après le fondement particulier sur lequel la certitude repose et la nature des objets auxquels elle se rapporte, soit d'après la manière dont elle se produit.

1° Selon le rondement sur lequel repose la certitude et la nature des objets auxquels elle se rapporte, on distingue la certitude psychologique, la CiTiitude métaphysique, la certitude physique et la certitude morale.

La certitude psychologique, ou certitude de la conscience, n'est pas autre chose que la connaissance certaine que nous avons du moi et de ses modifications. La force de cette certitude résulte surtout d'un caractère qui lui est propre,

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