DES CLASSIFICATIONS
évident qu'il faut dès lors suspendre son jugement, jusqu'à ce qu'on ait fait de nouvelles expériences plus concluantes. Bacon, qui a tant préconisé la méthode inductive, recommande par-dessus tout : 1° de multiplier les observations et les expériences ; 2° d'éviter la trop grande précipitation à conclure. Il est convaincu qu'il y aura beaucoup à espérer des sciences, lorsque par la véritable échelle on saura monter graduellemenl des faits particuliers aux axiomes de divers ordres, pour arriver aux principes les plus généraux: « Ainsi, dit-il, ce ne sont pas dos ailes qu'il faut attacher à l'entendement humain, c'est plutôt du plomb et des poids, » qui le contiennent et l'empêchent de s'élancer trop vite aux principes les plus élevés ».
§ III. Des classifications.
L'application des divers procédés de l'entendement humain, lorsqu'elle se fait avec méthode, doit aboutir généralement à un résultat commun, celui de ranger dans la pensée en un certain ordre, suivant certains rapports, les êtres et les faits qui sont les objets de nos connaissances. Cette opération de l'esprit se nomme classification. L'histoire de la philosophie nous offre un exemple de classification des systèmes philosophiques, selon le temps, le lieu, les hommes, les questions, les méthodes. C'est surtout dans les sciences d'observation qu'on fait usage de ce procédé, spécialement dans les sciences naturelles, où il est rigoureusement indispensable.
Le travail de la classification commence avec la généralisation. Lorsqu'on procède à la formation des genres et des espèces, ce sont des classes que l'on subordonne à des classes, c'est une classification que l'on forme, et l'on peut étendre le travail de la classification jusqu'à faire une synthèse générale de toutes les connaissances de l'esprit humain. On doit à Ampère l' Exposition analytique
1 "Voy. le Novum Organum, I, civ.
d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines.
La classification dispose les classes de divers degrés dans un ordre tel, que ces classes sortent les unes des autres, ou rentrent les unes dans les autres, selon le point de vue sous lequel on les considère. La classification comprend donc deux choses : la division d'un genre en espèces et la réunion d'espèces en un genre. Cette opération s'effectue à des degrés divers dans l'échelle des êtres, et il en résulte qu'une même classe peut être à la fois relativement genre et espèce: genre à l'égard de celle qui en sort, espèce à l'égard de celle où elle rentre. Ainsi, l'animal, espèce par rapport au corps organisé, est genre par rapport aux mammifères, aux oiseaux, aux reptiles.
Dans certaines sciences qui offrent une très-grande variété de faits, au lieu de se borner aux termes de genre et d'espèce, on se sert de dénomi nations variées pour désigner les classes dans leurs nombreuses subdivisions. L'ensemble des êtres que présente la nature se partage d'abord dans VHistoire naturelle en quelques grandes divisions appelées règnes ; puis ch ique règne se distribue en divisions de divers degrés, de moins en moins étendues les unes que les autres. Ainsi, les divisions du règne animal sont appelées successivement types ou embranchements, classes, ordres, familles, tribus, genres, espèces, dans chacune desquelles les individus se ressemblent par quelques propriétés générales qui forment les caractères de la division à laquelle ils appartiennent. Dans les espèces se reconnaissent, pour l'ordinaire, des variétés et des races. Il y a entre race et variété une différence, marquée par cette définition de Buffon : « La race est une variété constante et qui se conserve. »
Voici un exemple de classification remontant des degrés inférieurs jusqu'aux degrés le< plus élevés. Les individus du règne animal dont nous désignons les variétés nombreuses par les noms de chien de berger, de dogue, de lévrier, etc.,