DES HYPOTHÈSES
satisfaire la raison, se hâtaient prématurément de conclure, sur des analogies partielles ou apparentes, avant d'avoir fait une exacte analyse, et étendaient à toute une classe de faits, et même à toute chose, une loi, un principe, que des observations insuffisantes ou l'imagination seule avaient fait supposer. Les écoles de l'antiquité se ressemblaient généralement sous le rapport de la méthode, en ce qu'elles faisaient une analyse incomplète des phénomènes, tant matériels qu'immatériels, et généralisaient les résultats au moyen d'hypothèses.
Ainsi Thaïes qui était versé dans l'étude du monde physique, frappé de l'importance des effets de l'eau dans la formation des corps, étendit et généralisa cette notion acquise par l'expérience jusqu'à faire de l'eau, par hypothèse, le principe des êtres, l'agent universel de la nature. On remarquera dans l'histoire de la philosophie les homèoméries d'Anaxagore, les atomes de Démocrite, la concorde et la discorde des éléments, selon Empédocle, etc. En général, le défaut des anciens était d'avancer des supposi lions gratuites sur des questions qu'ils n'étaient pas en mesure de résoudre, ou qui dépassent la portée des facultés humaines.
La philosophie scolastique consistait principalement à déduire des conséquences de principes empruntés aux anciens. Or cette méthode, pour être bonne dans les sciences qui s'appuient sur l'observation, aurait exigé qu'on fût en possession de principes sûrs, de lois générales bien constatées. Cependant, à cette époque, ni l'expérience ni l'induction n'avaient encore fixé ces lois, et le plus souvent les principes admis étaient purement hypothétiques. On ne doit donc pas s'étonner de la stérilité de la scolastique dans les sciences qui s'induisent de l'observation des faits, comme les sciences physiques par exemple.
A l'époque moderne, Bacon et Descartes formulèrent plusieurs règles qui avaient pour but de réprimer cette tendance des esprits à résoudre prématurément les questions sans preuve suffisante. Cependant Descartes, mécontent
des forces occultes admises dans Jes écoles, prétendit expliquer le système du monde, en supposant que les corps célestes sont entraînés dans un mouvement circulaire par des tourbillons de matière subtile ; or cette explication n'était pas autre chose qu'une hypothèse, plus savante, il est vrai, que les précédentes, mais qui n'en tomba pas moins en discrédit dans le siècle suivant. On pourrait citer plusieurs autres exemples du même genre.
On sait que Newton se tenait strictement en garde contre les hypothèses : hypothèses non fingo, dit-il dans ses Principes.
Le principal inconvénient des hypothèses, lorsqu'on les prenait pour des notions positives, comme cela arrivait souvent, c'était d'arrêter les progrès de la science en suspendant les recherches ultérieures, ou même en donnant à des erreurs une apparence de vérité scientifique.
L'hypothèse, considérée en général, peut se définir un principe admis sans preuve suffisante, pour eorpfiquer certains faits. On fait une hypothèse dans les sciences expérimentales, toutes les fois que ce que l'on pose ne suit pas rigoureusement des faits observés.
Malgré les inconvénients qui viennent d'être signalés dans l'emploi des hypothèses, il faudrait bien se garder d'en conclure qu'on doit les proscrire d'une manière absolue ; car il est de fait que l'usage des hypothèses dans la science peut être légitime et très-utile, moyennant toutefois certaines conditions.
1° Il ne faut se permettre de recourir à une hypothèse que lorsque l'analogie et l'induction ne peuvent mener à une conclusion certaine.
2° Les hypothèses doivent avoir pour point de départ et pour raison des faits constatés, dont on cherche l'explication; autrement elles n'auraient aucune valeur scientifique.
3° Si l'on a recours aux hypothèses, il ne faut les considérer que comme des conjectures, utiles pour mener à des découvertes, ou pour rendre raison des faits, mais