‹ Cours élémentaire de physique précédé de notions de mécanique et suivi de problèmesChapitre 198 sur 315 · TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE · texte numérisé non relu

TÉLÉGRAPHE ÉLECTRIQUE

ville qui est fixée au point B du levier AB et qui pénètre dans la rainure. Le levier oscille donc, et la communication de la pile avec le fil de la ligne se trouve alternativement établie et interrompue. Au-dessus de cette roue un cadran porte les 25 lettres de l’alphabet et la croix. A l'état de repos, la nîanivelle est sur la croix , l’aiguille du récepteur se trouve au même signe : l’extrémité A du levier n’est point en contact avec P’, le courant ne passe pas.

Si l’on veut transmettre une dépêche, on déplace la manivelle qui vient sur la lettre A lorsque la roue a fait un vingt-sixième de tour; la tige fixée en B n'est plus alors logée dans un creux de la rainure ondulée, mais elle se trouve dans une partie saillante; le levier a pris, par suite, une position nouvelle, et le courant passe, à cause du contact qui s'est établi entre A et F. L’aiguille du récepteur vient sur la lettre A du cadran et elle y restera, tant que la manivelle demeurera immobile. Si la manivelle est portée sur la lettre B, la tige se logera dans un creux, l’extrémité A du levier se trouvera éloignée de F, et le courant sera interrompu : l’aiguille du récepteur indiquera la lettre B. Chaque mouvement de la manivelle se répète ainsi sur le récepteur, et l’employé qui la manœuvre n’a qu'à lire sur le cadran de son manipulateur, if y voit les signaux qui se font sur le récepteur avec lequel il correspond.

939. Avantagea des système# décrits. — Le télégraphe de Bréguet a l'avantage de transmettre comme signaux les lettres ordinaires de l’alphabet ; il ne nécessite aucune étude préalable, et c’est cette raison qui l'a fait adopter par les compagnies de chemins de fer.

Dans le télégraphe Morse, au contraire, on fait usage d’un alphabet conventionnel spécial. Cet appareil a été préféré par les administrations télégraphiques, et est aujourd’hui employé pour les correspondances internationales dans toute l'Europe, parce qu’il permet d’arriver à une plus grande rapidité dans les transmissions, mais surtout parce qu’il laisse une trace écrite des dépêches.

940. Antres espèces de télégraphes. — 11 existe un grand nombre d’autres télégraphes. L'n télégraphe anglais, inventé par Wheatstone, utilise simplement les indications de deux galvanomètres à aiguilles verticales : le sens et le nombre des déviations forment les éléments simples des signaux. Les lélégraphesde Bain et de Pouget écrivent les dépêches comme celui de Morse ; mais les signaux sont produits par des décompositions électro-chimiques : jusqu’ici ces appareils n’ont pas pu être bien réglés. Le papier, sur lequel les points et les traits s’inscrivent en bleu par suite d’une décomposition chimique, devrait être entretenu dans un étal permanent d’humidité; et cette condition est difficile à réaliser. Il existe, en outre, d’autres appareils qui impriment les dépêches en caractères typographiques ordinaires. Enfin, on est parvenu à construire des télégraphes autographiques,

Fig. il».

c'est-à-dire i|ui reproduisent exactement l’écriture d’un individu, sa signature; qui, en un mol, donnent à distance le calque d’un dessin quelconque.

1)41. Fil de ligne. — Le fil unique, qui sert à la communication du manipulateur et du récepteur, doit être isolé. A cet effet, on le fait passer quelquefois sous terre, en le préservant de tout contact par des enveloppes isolantes, formées avec delagutta-percha, du caoutchouc ou du bitume. Le plus souvent, le fil est soutenu au-dessus du sol par des poteaux. Mais ces poteaux deviennent bons conducteurs dès qu'ils sont mouillés ; il faut donc que le fil ne les touche point. On le soutient par des crochets C (fiy. 404) implantés au fond de cloches en porcelaine qui sont renversées et fixées par deux oreilles. La porcelaine conduit mal l’électricité, et d’ailleurs les cloches sont difficilement mouillées à l’intérieur : elles forment un isolement suffisant dans la pratique.

Quand le fil passe sous un tunnel et qu’il est exposé à en toucher les parois, on le recouvre de gutta-percha.

942. CAMe loua-marin. — Si le fil doit relier deux stations séparées par un bras de mer , on le fait descendre au fond de l’eau, mais alors une substance isolante le recouvre et empêche le contact de l’eau conductrice; généralement c’est la gutta-percha que l’on emploie. Le câble sous-irarin contient plusieurs fils : quatre en général, tels que 6 {fig. 405), qui sont isolés l'un de l'autre et qui peuvent se suppléer mutuellement. Enfin, pour parer aux accidents qui pourraient rompre le câble, on le protège en entourant la gutta-percha d’une corde métallique A, qui s’appelle X armature du câble. Certains câbles n’ont autour de la gutta-percha qu’une corde de chanvre; l’armature métallique n’existe alors que près des côtes.

Les câbles sous-marins ont un très-grand inconvénient, qui a empêché jusqu’à ce jour d’établir des communications régulières entre les stations très-éloignées; dans les conditions où ils se trouvent, ils forment de véritables condensateurs dont le fil télégraphique constitue l'armure intérieure, tandis que la corde métallique et l’eau en -sont l’armure extérieure. L'électricité, au lieu de cheminer rapidement le long du fil, se trouve arrêtée dans sa marche par des phénomènes de condensation : elle agit sur le fluide neutre extérieur qui se décompose et laisse s’accumuler contre la

Ftg. <05.

ACTION UES COCHANTS SLR LES COURANTS.

lame isolante de l’électricité de nom contraire ; celle-ci réagit à son tour sur le fluide du fil, comme nous l’avons vu dans la théorie de la bouteille de Leyde.

943. Perturbation». — Les lignes télégraphiques sont sujettes a des perturbations assez nombreuses. L’emploi de la terre comme conducteur fait que les fils sont sans cesse parcourus par des courants terrestres, trèsfaibles d’ordinaire, il est vrai, mais qui prennent souvent assez d’intensité (au moment des aurores boréales, par exemple) pour entraver complètement le travail. Ainsi, dans le mois de septembre de 1860, pendant trois jours les transmissions ordinaires ont été impossibles sur plusieurs lignes, et les perturbations étaient bien dues à l’emploi de la terre comme conducteur, car dans les circuits exclusivement métalliques, les dé|)êches marchaient très-bien.

L’électricité atmosphérique produit aussi, dans les fils, des courants qui. en temps d’orage, détruiraient très-souvent les bobines des électro-aimants, si l’on n’avait soin de protéger ces derniers par des moyens spéciaux qui remplissent bien leur but, mais qui souvent rendent encore impossible l’envoi des dépêches. Enfin, il se produit souvent des dérivations du courant soit vers la terre, par suite d’un isolement imparfait du fil, notamment dans les temps de pluie et de brouillard, soit vers d’autres fils qui se mêlent au premier lorsque, disposés en assez grand nombre sur les mêmes supports, ils se sont détendus par leur propre poids, ou par l’agitation que le vent leur communique.

Page 1