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notre construction suffit pour le prouver : il est bon cependant de le démontrer par expérience. C’est ce que Magendie faisait avec l’œil d’un lapin atteint d’albinisme, c’est-à-dire dont la choroïde, ne contenant pas de pigment noir, mais bien une matière colorante blanche et translucide, se laisse facilement traverser par la lumière. L’œil étant isolé et placé devant un objet vivement éclairé, l’image renversée de cet objet s’observe trèsnettement sur la rétine. La même expérience réussit avec un œil de bœuf ou de mouton dont on amincit la sclérotique, dans les portions placées en regard de la cornée transparente ; mais on voit cette fois le phénomène moins distinctement.
Ce renversement des images a beaucoup préoccupé les physiologistes ; ils se sont demandé comment il était possible que les objets nous parussent droits dans de pareilles conditions. C’est une question que nous n’avons pas à traiter : toutefois, nous croyons pouvoir dire que c’est une difficulté dont il n’y a pas à s’inquiéter pour le moment, puisque nous n'avons aucune notion sur la manière dont une impression exercée sur l’organe se change en une sensation.
4278. Axe optique. — L’assimilation des milieux de l’œil à une lentille unique nous entraîne à considérer les lignes AA’, BIL (fi g. 626) comme tout à fait semblables à celles que nous avons appelées des axes secondaires (1213), et à nommer centre optique de l’œil le point où elles se croisent, point qui est à peu près au centre de l’œil. Parmi ces lignes, il en est une qui passe par l’axe géométrique de l’organe et à laquelle on donne le nom d 'axe optique; tout le monde peut s’assurer que cet axe se dirige spontanément vers le point que l’œil veut fixer. •
1279. Angle visuel. — Les limites de l'image, qui se forme sur la rétine, sont déterminées par les deux axes secondaires dont l’un atteint l’un des bords de l'objet et dont l’autre arrive au bord opposé. L’écartement de ces axes est appelé angle visuel : il règle les dimensions de l’image, et par suite détermine la grandeur avec laquelle l’objet nous apparaît. L’angle visuel qui donne le diamètre apparent d'un objet change d’ailleurs de grandeur quand l’objet se déplace, et sa valeur est inversement proportionnelle à la distance.
1280. Dlulanre de lu vue distincte. — Un écran placé derrière une lentille ne reçoit l’image nette d’un corps éclairé que s’il est placé à l’endroit même RR ( fig. 627) où cette itnage se forme. S’il se trouve, par rapport à la lentille LL’, plus proche, en R"R", on plus éloigné, en R’R’, les rayons émanés de chaque point de
l’objet éclairent une large porlion de la surface qui les reçoit ; de là nait une confusion qui enlève toute netteté à l’image. Ce résultat se produit sur la rétine, quand l’objet est trop rapproché ou trop éloigné de l'œil, pour former distinctement son image sur l’écran qui est constitué ici par l’épanouissement du nerf optique.
L’imperfection de la vue, que vient de nous faire concevoir la théorie, devient manifeste par les expériences les plus simples. Ainsi, que l’on place à 3 ou 4 centimètres de l’œil un petit objet brillant tel que la tête d’une épingle, et au lieu de l’objet ou apercevra une nébulosité confuse dont les bords seront imparfaitement limités. On appelle distance de la vision distincte la distance à laquelle un objet doit être placé pour être vu le plus nettement possible : elle est en moyenne de 30 centimètres, mais elle varie, selon les individus, entre des limites assez larges. Lehol a construit un appareil qui permet de la déterminer pour les différentes vues.
l'n fil blanc a ( fig . 628) es! tendn horizontalement sur un fond noir. On le regarde eu plaçant l’œil au-dessus de l'une des extrémités et derrière Un écran percé en 0 d’une ouverture convenable; il apparaît alors très-nettement délimité dans une certaine longueur : plus près ou plus loin, il semble renflé et donne la sensation d’une petite surface blanche de plus en plus large à mesure qu'on s’écarte davantage du point où il est vu distinctement. Ou arrive donc assez promptement, par ce procédé, a une mesure directe de la distance de la vision distincte.
1281 . I.'n-ll peut s'accommoder pour voir à dlIFrmtn distances. — Si l’op s'eu tenait à considérer l’œil comme une chambre noire, dont toutes les parties seraient invariables et invariablement situées à la même distance d’un objet extérieur, il est clair qu’il n’y aurait qu’une distance déterminée à laquelle un objet serait parfaitement visible.
Mais tout le monde sait par expérience que lu vue est loin d’être aussi imparfaite : l'œil se porte-t-il sur un objet placé à 15 centimètres de distance, par exemple sur un fil métallique très-brillant? il le voit parfaile- • ment limité, tout aussi bien que s’il était à la distance de 30 centimètres. Mettons le même fil à une distance de 40 centimètres, de 50 centimètres, et même beaucoup plus loin, à plusieurs mètres de distance, la netteté continue à être parfaite pour les vues assez bonnes. L'œil possède donc une faculté d’accommodation, et chacun de nous d’ailleurs en a conscience.
* Plaçons deux points lumineux à des distances très-différentes de l’œil, nous sentons l’effort exercé pour voir successivement celui qui est h* plus proche et celui qui est le plus éloigné.
l)fc LA VISION.
La meilleure manière de reconnaître cette faculté consiste à mettre deux épingles l’une devant l’autre; un seul œil étant ouvert, on considère l’épingle la plus voisine, qui parait d’abord confuse, si elle est près de l’œil; mais par un effort de volonté exercé sur l'organe, l'image devient trèsnette. Si, tout en conservant la netteté de cette image, on porte son attention sur l’impression que produit la seconde épingle, on reconnaît qu’elle donne une image confuse et sans netteté. Mais vient-on à faire nu effort pour distinguer les contours de l’épingle la plus éloignée, on y parvient, et l’épingle la plus voisine ne donne plus alors qu’une image mal définie.
Celle faculté d’accommodation a beaucoup embarrasse les physiologistes et les physiciens : les uns se sont tirés d’affaire en la niant ou à peu près ; les antres ont voulu que le fond de l’œil pût se mouvoir comme l’écran de la chambre obscure; d’autres ont attribué à la cornée transparente la faculté de se bomber, de manière à en changer le pouvoir convergent et à diminuer ou à augmenter la distance focale de l'appareil optique, ün a aussi pensé à un déplacement exécuté par le cristallin et au changement de courbure des surfaces qui le limitent ; mais, jusqu’à ces dernières années , les anatomistes et les physiologistes en ont nié la possibilité. C’est à M. Cramer que l’on doit d’avoir montré quelle direction il fallait suivre pour résoudre la question, et c’est M. Helmholtz qui a donné la solution précise, et on pourrait dire mathématique, des difficultés qu’elle renfermait.
1282. Expérience» de M. Cramer. — M. Cramer trouva moyen de déterminer, sur l’œil vivant, le rayon de courbure de la cornée, et celui des deux faces du cristallin. Il eut recours, dans ce but, à une expérience que Samson avait déjà faite pour l'étude de certaines maladies de l’œil: cette expérience consiste à observer les images que donne une source lumineuse dont les rayons viennent frapper la su rfacede chacun desmilieux réfringents, line bougie L (fit). 629) étant placée devant l’œil 0\ par exemple, la lumière quelle émet et qui tombe’ sur la cornée transparente pénètre comme nous l’avons dit ; mais elle ne pénètre qu’en partie : une portion est réfléchie, et il se forme, comme
dans le cas d'un miroir con-
.... Fig. «29.
vexe, une image droite A de
la flnmme (fig. 630) ; cette image est très-facile à distinguer. La lumière, qui a pénétré et qui traverse la pupille, tombe sur la face antérieure du
oi»Tiyi;ii. ,.
Fie. nsn.
cristallin, qui produit encore l'effet d’un miroir convexe et une seconde image droite B se forme. Celte seconde image est plus pâle et plus grande que la précédente. Enfin la lumière qui a pénétré dans le cristallin arrive sur si» face postérieure, une partie se réfléchit, et en se réfléchissant sur un miroir concave, elle donne une image renversée C: celte image d’ailleurs est très-petite et par suite très-brillante. Pour observer ces images, M. Cramer se servait d’un microscope M muni d’un réticule permettant de mesurer la grandeur des images. Ce microscope était installé devant l’œil 0’ [fig. 629) à observer, et on remarquait les changements qui se produisaient dans la grandeur des images, lorsque l’œil passait de l'observation des objets voisins tels que V à celle des objets éloignés K. C’est ainsi que ce savant put constater :
1° Une l’image A tfig. 630), qui se forme à la surface de la cornée, reste, dans les deux cas, de grandeur invariable, d'où il résulte que la forme de la partie antérieure du globe de l’œil est invariable elle-même:
2”Qne l’image B, qui se forme à la première surface du cristallin, diminue à mesure que l’œil regarde de plus près, ce qui démontre que cette face de la lentille cristalline se bombe de plus en plus, et dès lors que sa distance focale doit diminuer: résultat conforme aux exigences de la théorie, pour que les images puissent, dans 1a vision des objets rapprochés, venir se former sur la rétine;
3° One la troisième image C, celle qui est produite par la face postérieure du cristallin, reste à peu près invariable.
Les résultats de Cramer sont très-faciles à constater. En se mettant devant l'œil de celui qui regarde successivement deux objets différemment éloignés, ou peut dire nettement, même sans aucun instrument, par la dimension des images de la bougie, vers lequel des deux objets le regard vient se porter.
1283. Étnde de H. Ueimhotz. — M. Helinbotz, qui ne connaissait pas les expériences de M. Cramer, en a fait d’autres qui sont du même genre: mais il a apporté plus de précision dans les mesures. Les changements île courbure étaient déterminés au centième de millimètre, et il a calculé que ces changements étaient suffisants pour amener dans tous les cas l’image des objets à se former sur la rétine.
Ces résultats remarquables résolvent d’une manière définitive la question du mécanisme de l’accommodation; ils nous montrent que c’est dans le cristallin seul que réside cette précieuse faculté.
1284. M j «pie — D’après ce qui précède, on pourrait dire, qu’il n’y a pas, à proprement parler, pour chaque individu, une distance bien définie qui puisse être appelée distance de la vision distincte, et cela est vrai : mais la faculté, que l’œil possède, de s’accommoder aux distances a des li-
DK LA VISION. 7 H
mites <jui varient selon la conformation des différents yeux. Lits vues dites myopes sont celles qui n’aperçoivent bien que les objets très-voisins, et qui ne peuvent pas s'accommoder pour obtenir une perception nette des objets placés à une distance de quelques décimètres. Elles ont un avantage, c’est qu’elles permettent l’observation de détails qui échappent à une vue dite normale; car, l’objet à examiner pouvant être mis très-près de l’œil, le diamètre apparent sous lequel il est vu se trouve augmenté: par suite, sur la rétine, se forme une imago dont les grandes dimensions facilitent la distinction de ses diverses parties. Mais ces vues myopes ont un inconvénient très-grave, dès qu’il s’agit de prendre une connaissance exacte des objets qui ne sont pas très-rapprochés; le myope, dans un musée, voit mal les tableaux; à la campagne, il ne distingue que vaguement les formes dans le lointain ; sa faculté d’accommodation, qui est trèsrestreinte, le prive évidemment d’une foule de jouissances.
Il est facile de voir à quoi tiennent ces qualités et ces défauts des myopes : les objets très-rapprochés leur apparaissent avec netteté; il est donc évident qu’alors ces objets forment une image nette sur la rétine. Quand l’objet s’éloigne, l’image ne va plus se former au fond de l’œil, elle se produit plus près du cristallin (12IG). et, faute d’un pouvoir d’accommodation suffisant, le croisement des rayons qui donne l’image réelle du point lumineux ne peut pas être amené à s’effectuer sur la rétine. Ou corrige ce défaut en plaçant devant les yeux des verres concaves L [fig. 631). Les rayons, émanés de chaque point A d’un objet éloigné (1229), possèdent alors, après avoir traversé la lentille concave, le même écartement que s’ils partaient d’un point A’ plus rapproché de l’œil, et la vision distincte de cet objet éloigné devient possible pour le mvope.
1285. Vues preobytea. — Les presbytes ont le défaut contraire ; la distance focale correspondante a la distance de leur vision distincte est plus grande que dans l’étal normal, etl’accommodation ne peut pas se réaliser pour les objets voisins :
il est clair qu’on remédiera à ee défaut en plaçant devant l’œil une lentille convexe qui fera diverger comme d’un point éloigné A' {ftg. 632) les rayons émanés du point voisin A (1216 bit).
Les considérations précédentes contiennent toute la théorie des lunettes. Ajoutons seulement que le presbytisme est une affection qui survient gé-
Fig. 632.
Fig. 631.
OPTIQl K.
néralement avec l’âge, tandis que la myopie est naturelle ou se déclare à la suite de certaines maladies de l’œil.
I486. Achromatisme «le l’œil. — Outre la propriété merveilleuse que possède l’œil de s’accommoder aux distances et qui en fait un organe si parfait, il en est une autre que les physiciens n’ont jamais pu réaliser d'une manière aussi complète dans leurs instruments, je veux parler de l’achromatisme. Quand on regarde un objet blanc se détachant sur un fond noir, on ne voit apparaitre aucune frange colorée à la limite de séparation du blanc et du noir; tandis que, duns les mêmes circonstances, une lentille ordinaire donne une image limitée par nue ligue présentant les couleurs du speetije. Si la rétine recevait une pareille image, les bords de l’objet paraîtraient à l’observateur mal définis et comme entourés d'une auréole colorée. Puisqu’il n’en est rien, c’est que l'œil est achromatique. Quelques expériences, il est vrai, tendraient a établir que l’achromatisme de l’œil n'est pas parfait; mais ces expériences ne sont pas faites dans les conditions normales.
Aucune des explications, qui ont été données de l’achromatisme de l’œil, ne se trouve appuyée sur des preuves concluantes; aussi, nous contenterons-nous de signaler le fait, sans entrer dans aucun détail sur les théories proposées.
1287. Absence d’aberration de sphéricité. — Ce que l’on Comprend beaucoup mieux, c’est l’absence d’aberration de sphéricité dans l’œil. Le diaphragme, que nous plaçons devant nos lentilles pour diminuer ce défaut quand il devient trop fâcheux, est ici représenté par l’iris dont l’ouverture est variable, et qui intercepte à l'occasion les rayons marginaux. Il n’est pas douteux, d'autre part, que la constitution anatomique du cristallin, qui est formé de couches concentriques dont le pouvoir réfringent va en augmentant à mesure qu’on s’approche du centre, ne contribue pour beaucoup à rendre l’organe plus parfait, à ci; dernier point de vue.
1288. Vision binorninire. — Jusqu'ici, nous nous sommes occupés de la vision telle qu'elle a lieu, quand un œil seul se trouve dirigé vers un objet. Pour compléter notre étude, il est indispensable, à présent, de rechercher quelles sont les particularités que présente la vision habituelle effectuée avec les deux yeux.
Dans la vision binoculaire, les axes optiques des deux yeux se dirigent, à la fois, vers le même point. Quand ce point est très-rapproehé, les axes font un angle assez grand qui diminue, d’ailleurs, de plus en plus, à mesure que le point observé s'éloigne, et qui devient nul quand le point lumineux est à l'infini. On croit que c’est à cette inclinaison, dont nous avons conscience, qu’il faut attribuer, en partie du moins, le jugement que nous portons sur la distance d’un objet: mais il ne faudrait pas s'y tromper, les dégradations d’otnbre et de lumière, l'angle visuel sous lequel nous obser-