DE I.A VISION
vous, donnent des indications plus sensibles, et dont nous lettons surtout grand compte, lorsqu'il s’agit de juger de la distance d'objets très-t;l oignes.
Deux images d’un même objet se forment, l’une au fond de l’œil droit, l'autre au fond de l’œil gauche. Chaque point visible produit donc deux impressions exercées chacune sur une fibre nerveuse différente. Cependant, nous n’avons pas 1a conscience de deux sensations distinctes; les impressions s’accordent (c’est l'expérience Journalière qui le montre) pour signaler la présence d’un point lumineux unique. C'est une question physiologique des plus délicates que celle de savoir comment deux actions séparées, s’exerçant en deux points différents de notre organisme, peuvent arriver à se composer en une sensation unique : nous en abandonnons l’étude à qui de droit.
Fig. usa h.
Fig. (>33 a.
1288 Oit. Des deux perspectives qni «'offrent à un même spectateur.
— En second lieu, les yeux dirigés vers le même objet ne le voient pas exactement rous le même aspect : l’œil droit et l’œil gauche, à cause de leurs positions respectives et de leur distance mutuelle, regardent de deux stations différentes, et le spectacle qui s’offre à eux ne saurait être le même pour l’un et pour l’autre à cause de la différence des deux points de vue. Si l’on veut s’en convaincre, on u’a qu'a placer un cube à une petite distance, de telle façon que deux de ses arêtes verticales soient dans un plan perpendiculaire à la
ligne droite qui joint les centres des deux yeux ; uue des faces D (fig. 033, o)de ce cube, celle qui est à la droite du spectateur, apparaitra large quand l’œil droit sera seul ouvert, l’autre face G paraîtra étroite. L’effet inverse se manifestera {fig. 633 />), quand on fermera l'œil droit et que l’on regardera avec l’œil gauche. Le cube est-il tout près des yeux ? le rapport entre les dimensions des deux faces est très-grand ; le cube est-il éloigné ? les deux perspectives sont presque identiques.
1289. Principe du «térêoarope. — Aiusi, le problème à résoudre, pour expliquer comment les deux images formées sur la rétine se fondent l’une dans l’autre et produisent une sensation unique, ce problème est plus complexe que nous ne l’avions laissé supposer tout d’abord: car ce ne sont pas deux impressions identiques qui se combinent pour en former une seule ; mais bien deux impressions différentes, et dont les différences dépendent d’ailleurs de la distance à laquelle les objets sont placés devant nous. Le défaut d’identité de ces deux images avait été déjà remarqué par Léonard de Vinci; mais, depuis longtemps, l'observation qu’il avait faite de ce genre de phénomènes était tombée dans l'oubli. M. Wheatstone eut l’occasion de
faire la môme remarque, il y a quelques années ; et cette remarque faite, il en tira parti pour montrer que la vision binoculaire avait, entre autres avantages, celui d’accuser le relief descorjw et de nous donner un sentiment plus précis de la distance qui nous sépare de leur position actuelle. Voici de cette assertion une preuve expérimentale très-simple, preuve qui s'obtient sans le moindre instrument. Uue l’on regarde avec un œil seulement, un objet placé en avant d’un mur et à une petite distance de sa surface. Au bout d’une à deux minutes, en ouvrant l’œil quon avait jusquelà maintenu fermé, on voit l’objet qui paraissait presque en contact avec le mur s'en détacher tout à coup et comme par enchantement. On a acquis la notion de l’espace libre situé derrière l’objet et colle de la distance qui le sépare du mur.
M. Wheatstone a montré l’importance de la double image, pour donner l’idée du relief, en exécutant des expériences très-curieuses qui sont maintenant connues de tout le monde. Il place devant l'œil droit le dessin d’un cube I fig. (133 a), dessin qui est la reproduction lidèle de la perspective que ce cube aurait présentée à l’œil droit ; il dispose en même temps devant l’œil gauche et sur le même [dan que le précédent, un dessin du même objet qui représente la perspective (fig. 633 b) qu’aurait vue l’œil gauche. Ces dessins ne sont pas séparés comme sur nos figures, nmis ils sont disposés là oii ils auraient paru dans l'espace, si l’objet eût existé réellement. Dans ces conditions, au lieu d'apercevoir deux perspectives, on voit uu objet unique avec le relief parfaitement accusé.
1289 bis. Stéréoscope. — L'instrument, qui permet de placer aiusi, sous les yeux d’uu observateur, deux perspectives d’un même groupe d’objets, s'appelle le stéréoscope. Celui qu’on emploie le plus souvent aujourd'hui, est composé d'une sorte de chambre noire munie de deux fragments de lentilles convergentes L,L’ (fig. 634 et 633) dont les bords sont dans le voi-
Fig. 634.
sinage l’un de l'autre; ces deux lentilles correspondent chacune à l’un des yeux. A une distance convenable, on dispose les deux perspectives AB, A B
Fig. «36.
DK LA VISION.
tracées sur le papier; alors, par l’effet des lentilles, chacune d’elles se trouve rejetée à la distance de la vision distincte et ramenée sur la ligue centrale de l’appareil, an point où elle eût été, si l’objet lui-même l’avait fournie. Soient en effet O et & les points où les centres optiques des lentilles se trouveraient si ces lentilles étaient complètes, et supposons que AB et A' B soient placés entre chaque lentille et son lover principal. On reconnaîtra facilement par ce qui a déjà été établi dans l’étude des lentilles convergentes (1210 bis) que les deux images iront se former en A"B".
A tout ce que nous venons de dire et qui constitue l’étude du mécanisme de la vision, nous devons ajouter encore l’indication de quelques phénomènes particuliers, qu’il est important de connaître, quand on se livre à l’étude de certaines parties de l’optique.
1290. Durée des imprnulon* »ur la rétine. — Le premier que nous signalerons, est celui de la persistance des impressions sur la rétine. Lorsqu’un charbon enflammé décrit une circonférence d’un mouvement assez rapide, une ligne lumineuse non interrompue apparaît à l’œil qui regarde, et cependant, à un instant donné, le charbon ne se trouve qu’eu un seul point de eetle ligne. On a mesuré la durée de cette persistance par l’emploi d’appareils fondés sur le principe que nous venons d’indiquer. On imprime un mouvement de rotation à une roue qui porte un point lumineux; on fait tourner la roue lcnlemeut, et la circonférence décrite par le point lumineux ne brille pas tout entière à la fois. On accélère la vitesse; un arc de cercle de plus en plus grand apparaît éclairé en tous ses points. Enfin, en tournant plus rapidement encore, ou arrive à une vitesse de rotation pour laquelle la circonférence se trouve éclairée sur toiite sa longueur. Si, à ce
moment, la roue fait un tour complet en de seconde, ou en conclut que
l’impression produite par un point lumineux persiste pendant tout le temps que ce point met à revenir à sa position première, c’est-à-dire que la persistance de l’impression sur la rétine est égale ù^de seconde.
1291. Irradiation. — Lorsque nous regardons un objet lumineux ou très-vivement éclairé, nous le voyons toujours avec un diamètre apparent plus considérable que celui qui lui convient réellement, et cette augmentation de grandeur apparente est d’autant plus forte, que le corps émet une lumière plus intense. C’est ainsi, par exemple, que le disque du soleil nous parait à l’œil nu beaucoup plus grand que si nous le regardons au travers d’un verre coloré qui en obscurcit en partie la clarté. Une expérience d’irradiation devenue classique est celle qui consiste à regarder deux cercles de carton de diamètres égaux, l’un noir placé sur un fond blanc, l’autre blanc placé sur un fond noir. Le cercle blanc parait constamment plus grand que le cercle noir; c’est que l’irradiation tend
74fi OI'TIOHE.
à augmenter les dimensions du premier et à diminuer celles du second.
11 semble résulter de ces phénomènes d'irradiation, que lorsqu'un rayon lumineux vient frapper la rétine, l’ébranlement qu’il y excite se propage toujours au delà du point touché, de sorte que l’image d'un objet lumineux est toujours perçue plus grande que l’image géométrique qui se forme en réalité sur l’écran placé au fond de l’œil. Il est clair, en outre, que cette propagation de l’ébranlement dans les parties de la rétine voisines de celles qu’atteignent effectivement les rayons lumineux doit ôter de la netteté à la vision : c’est du reste ce que l’expérience confirme.
1 2U2. ■ mu gin riini^rutiin. — Le phénomène des images consécutives ou des couleurs accidentelles consiste essentiellement dans l’observation suivante. Si l’on fixe la vue pendant un temps un peu long sur un objet coloré et vivement éclairé, et qu’ensuile on détourne brusquement les yeux pour les diriger vers un fond blanc d’une teinte uniforme, on éprouve alors la sensation de l’objet avec ses formes véritables, mais il apparaît coloré d’une teinte complémentaire, c’est-à-dire que la nuance qu’il offre, cette fois, est toujours telle que si on la superposait à sa nuance véritable, on obtiendrait du blanc tout à fait pur. C’est ainsi qu’un objet rouge donne une image consécutive verte ; au contraire, un objet de couleur verte donne une image consécutive rouge, etc. L’expérience réussit très-bien avec le disque solaire quand on le regarde à son couchant, et qu’on porte ensuite la vue sur un mur blanc situé dans le voisinage du lieu d’observation.
Les phénomènes d’images consécutives ont été, de la part de M. Plateau, le sujet d’études très-intéressantes; mais la théorie de ces phénomènes ne nous semble pas assez bien établie pour l’exposer ici.
1393. Couleur» «objective». — L'excitant naturel du nerf optique est la lumière; mais il ne faudrait pas croire que la lumière seule puisse nous donner la sensation lumineuse ; il existe un grand nombre d’excitants, tels que Tes narcotiques, l’électricité, les congestions sanguines dans la région des yeux, etc., qui peuvent ébranler la rétine et donner des sensations lumineuses parfaitement accusées. L’explication de ces faits est toute naturelle. Lorsque la lumière vient frapper le nerf optique, ce n’est pas la lumière que nous sentons, mais bien la modification spéciale que notre nerf a subie en vertu de l'action lumineuse; dès lors on conçoit que d'autres agents puissent imprimer aux libres nerveuses une modification du même genre, et par suite, nous faire éprouver aussi des sensations du même genre.
1394. T u<umiiui omit. — On désigne sous ce nom, l'ensemble des organes qui protègent la vue contre les agents extérieurs. Chacun connaît à cet égard le rôle des paupières, des cils, etc. Aussi n'insisterons-nous que sur deux propriétés physiques spéciales des milieux protecteurs, propriétés qui garantissent la rétine de l’influence fâcheuse que certains rayon-
INSTRI M K JS T S D'OPTIQUE.
nrmenls peuvent exercer sur elle, ainsi : M. J. IU'gnault a reconnu que les milieux oculaires ont la propriété d’arrêter, au moins en partie, les rayons ultraviolets que peut contenir la lumière qui pénètre dans l’œil. Or, il parait démontré que ces rayons agissent d’une manière très- nuisible sur la rétine.
M. Janssrn (M. (lima, de Turin, avait déjà touché à ce sujet à l’insu de l’auteur français) a constaté par des mesures nombreuses et précises que les milieux de l’œil jouissent encore de 1a faculté d’arrêter la presque totalité de la chaleur rayonnante obscure qui accompagne toujours la lumière en proportion considérable : cet avantage mérite d’être signalé, car dans le cas, par exemple, de nos lampes modérateur, la proportion des rayons obscurs est beaucoup plus que décuple de celle des rayons lumineux. On comprend donc, qu’en raison de cette propriété la chaleur rayonnante obscure, qui par son pouvoir calorifique pourrait altérer le tissu si délicat de la rétine, soit arrêtée, et que les radiations capables de produire la vision puissent seules être transmises au nerf optique.