II. — FROCÊDÉ OPÉRATOIRE POUR LA PRODUCTION DES CLICHÉS
Les liqueurs étant préparées, en suivant les dosages que nous venons d’indiquer, et en se servant de produits purs (précaution capitale qu’il faut se garder de négliger), on procède à la mise au point.
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1337. Chambre o bec are. — Mise sa point. — La chambre obscure aujourd’hui employée n’est plus aussi simple que du temps de Daguerre ; l’objectif est à verres combinés: lise compose de deux lentilles achromatiques 0 et 0' ( fig . G53), qui sont fixées à une distance invariable l’une de l’autre aux deux extrémités d’un même tube de cuivre; ce tube, par l’emploi d’une vis sans fin Vet d’une crémaillère, peut être rapproché ou écarté, tout d’une pièce, de l’écran dépoli G placé au fond de la chambre, quand on veut dTectuer la mise au point. Quelquefois, la lentille antérieure 0 est mobile par rapport à l’autre O1, et son déplacement a lieu à l’aide d’une disposition mécanique semblable à la précédente. L’emploi des objectifs à verres combinés a permis de raccourcir le temps de pose, et en même temps l’introduction de diaphragmes de diamètres convenables, en avant de la première lentille, supprime les rayons marginaux et contribue à donner plus de netteté à l’image.
La boite de bois B, dans l’intérieur de laquelle la plaque de verre recouverte de la couche sensible subira, après avoir pris la place de la glace dépolie, l’action des faisceaux lumineux réfractés par l’objectif, est formée de deux parties : l’une fixe qui porte les verres convergents, l'autre mobile . qui porte la glace dépolie.
On dirige l’axe de la lunette antérieure 00' vers la partie centrale de l'objet à reproduire, de façon à rendre cet axe |>erpendiculaire au plan tangent aux diverses surfaces dont les contours doivent être dessinés, avec le plut de netteté. Alors, en faisant mouvoir lentement, soit le fond mobile de la boite, soit l’objectif, on arrive aisément à obtenir sur la glace dépolie une image très-nette de l’objet. La mise au point est réalisée. •
1338. Nettoyage des glacea. — La glace est-elle neuve? il suffit de la laver avec soin à l’alcool et de la frotter avec un tampon de coton imprégné de tripoli fin délayé dans l’alcool ; quand la surface du verre s’est un peu séchée, on enlève les dernières traces de tripoli avec du coton bien sec. La glace a-t-elle déjà servi à la production d’images daguerriennes? on la laisse séjourner pendant plusieurs heufesdans l’acide azotique très-étendu d’eau, et on achève le nettoyage comme précédemment.
1339. Dépdt mr la glaco du collodioo lodnrt. — On saisit la glace de la main gauche, par l’un de ses angles, et on verse le collodkm ioduré(A) de
manière à recouvrir de liquide toute la. surface vitreuse. Üu fuit écouler ensuite l'excédant de collodion, en introduisant un autre angle de la glace dans le goulot d'un flacon,' et on relève lentement cette dernière, pour que la liqueur en excès, se dirigeant vers le point le plus bas, se déverse dans le flacon. Le verre se trouve alors recouvert d’une couche mince, transparente et homogène de collodion ioduré.
1340. Vicnai titillation de la conrhe de collodion. — GettC couche, par suite de l’évaporation de l’éther et de l’alcool, se dessécherait promptement; mais, on immerge la glace, peu de temps après le dépôt de la couche visqueuse, dans le bain d’argent (B), où on l’abandonne à elle-même pendant deux minutes. Cette opération et celles qui suivent doivent être faites dans l'obscurité, ou du moins dans une chambre qui ne reçoive la lumière du jour ou celle d’une lampe qu’à travers des verres jaunes. Une réaction chimique importante s’accomplit dans le bain: les iodures et les bromures de cadmium et d’ammonium se transforment en iodure et bromure d'argent, et quand on relire la glace on la trouve recouverte d’une couche d’un blanc très-légèrement jaunâtre qui présente un aspect opalin.
1341 . l'mpoaition dan» la chambre nuire. — Au sortir du bain d’argent, on laisse la glace s'égoutter pendant quelques instants, ou l'introduit dans un châssis à volet mobile, et on la porte rapidement dans la chambre noire, où elle est substituée à la glace dépolie. Le volet du châssis est soulevé, l’obturateur de la lunette écarté, et dès lors l’impression de la lumière peut librement se produire sur la couche sensible. Au bout d’un nombre.de secondes qui dépend de l’intensité de la lumière (huit ou dix secondes au plus par un temps favorable, et pour un portrait à l’ombre), on replace l'obturateur, on abaisse le volet du châssis, et la plaque est reportée dans la chambre éclairée par les rayons jaunes.
134-2. Apparition de l'image négative. — On verse à sa surface, la quantité de l’un des liquides réducteurs (C), ou (D), juste nécessaire pour la recouvrir; on voit alors l’image se développer, sous l'influence du réactif, d’une manière progressive, quand on emploie la liqueur (C); d’une manière presque subite, quand on se sert de (D). Si on ne la trouve pas assez vigoureuse, on la renforce avec la liqueur (E), comme il a été dit plus haut (1333). ,
11 est utile de remarquer qu’un réducteur, quelle que soit sa nature, n'agit sur l'iodure d'argent que la lumière a frappé, pendant quelques iustauts seulement, qu’autaut que cet iodure est en contact avec uu excès de nitrate d'argent; ceci nous explique le mode d'action de la liqueur renforçante, où .l’acide pyrogallique intervient concurremment avec le nitrate.
1343. Fixage du cliché. — L’épreuve renforcée est lavée à grande eau et introduite dans le bain d’hyposulfite de soude (F). Quand elle est bien
DAGUERRÉOTYPIE. — PHOTOGRAPHIE.
éclaircie, on la lave de nouveau avec soin; on la sèche; et. Si elle doit servira tirer un grand nombre de positifs, on la vernit, soit avec de l'eau de gomme très-légère, soit avec un vernis an eopnl.
m. — ÉPREUVES roStTlVES. — PRÉPARATION DES LIQUEURS.
(G) Bain d’argent. Eau distillée .... AfiOs'
Nitrate d’argent fondu 80s[
1345. (H) Bain pour le ütage et le virage de l'épreuve. — On prépare d’une part une dissolution de
. Hyposulllte de soude lotie
dans
Eau de fontaine S0««r
de l’autre on fait dissoudre
Chlorure d’or
dans
Eau ordinaire SiHV
On mélange parties égales de ces liqueurs en versant la seconde dans la première, au moment ou l’on va s’en servir.
IV. — PROCÉDÉ OPÉRATOIRE POUR LE TIRAGE DES ÉPREUVES POStTIVES.
1346. On prend du papier albuminé et salé tel qu’on le trouve aujourd’hui dans le commerce. Après lui avoir donné des dimensions un peu plus grandes que celles du cliché, on l’étend à la surface du bain d’argent (G) où on le .laisse s’imprégner pendant cinq minutes. Il se forme du chlorure d’argent dans la pâte même du papier et à sa surface. Au sortir du bain, on le laisse s’égoutter et on le fait sécher dans l’obscurité, en le suspendant à un crochet par l’un de ses angles, celui par lequel on l’a saisi, au moment où il a été retire du bain. Le papier sensible, quand il est bien sec, est placé derrière le cliché, sa face chlorurée en contact avec le col ludion; et on expose le tout au soleil dans un châssis fermé par une lame épaisse de verre. Les bords du papier qui dépassent les limites de l’image négative, prennent successivement, à mesure que l’action solaire, sq prolonge, les teintes violet pâle, violet foncé, bistre, vert bronze; quand celte dernière teinte est obtenue, on reporte le châssis dans une chambre éclairée faiblement, et on voit que l’image est un pou plus venue qu’elle ne doit l’être, finalement. Celte circonstance est favorable, parce que, dans le bain d’hyposulfite, l’épreuve pâlit toujours un peu.
La feuille de papier sur laquelle l’image s’est développée est lavée avec soin à l’eau de pluie, pour la débarrasser du nitrate d’argent qu’elle a
retenu, et immergée ensuite dans le bain (H). Le chlorure double d'or et d'hvposulfite que contieut ce bain fait virer l’épreuve et lui donne un ton noir fort agréable; d’autre part, l’byposulfite en excès dissout le chlorure d'argent que la lumière n'uvait {(oint altéré et fixe ainsi l’épreuve. Après une heure de contact avec la liqueur (H), l’épreuve est lavée plusieurs fois à grande eau et laissée pendant vingt-quatre heures au moins, dans un bain d’eau de fontaine qu’on renouvelle de temps en temps. La feuille de papier après ce lavage complet est enfin séchée à l’air libre.
COLLODIOX SEC.
1317. Dans le procédé qui vient d’être décrit, le collodion est toujours cmployéhumide; il offre en eiïet, dans ces conditions, une très- grande sensibilité; et la durée de la pose, quand il s'agit de faire le portrait, peut être réduit à deux ou trois secondes par une bonne lumière; mais cette manière d’opérer ne laisse pas que d’être fort incommode, lorsqu’on fait de la photographie loin de son laboratoire, en plein champ ; lorsque, par exemple, on veut prendre, en voyage, des vues de monuments ou des paysages. On a donc naturellement cherché à substituer, au collodion humide qui exige une exposition immédiate à la chambre obscure, et une foule d’opérations diverses et de lavages exécutés sans retard, un collodion sec qu'on pourra préparer et sensibiliser, tout à l’aise, dans son laboratoire, pour ne l’employer que trois semaines ou un mois après. La plaque collodionnée et recouverte à l’avance d’iodure d’argent, par la méthode ordinaire, sera alors enfermée dans une boite bien close, à l'abri de la lumière. Quand on voudra prendre une vue ou faire un portrait, la plaque sensibilisée longtemps à l’avance, comme il vient d’être dit, sera introduite dans la chambre obscure, sans qu’elle ait vu le jour; puis, à la suite d’une exposition suffisamment prolongée, on la renfermera de nouveau dans la même boite, et ce ne sera que plusieurs jours après l’exposition, qu’on s’occupera do faire apparaître l’image.
1348. Préparation «la collodion sec. — On a longtemps tâtonné pour arriver à ce résultat. Le collodion ordinaire, quand il est tout à fait sec. est devenu presque insensible à l’action de la lumière; il fallait donc introduire dans sa masse une substance qui conservât à la couche sensible une certaine moiteur. On y est arrivé par l’introduction de matières résinoïdes. Voici le procédé suivi par M. A. Martin :
A IOO“C de collodion ordinaire (liqueur A), on ajoute 5Mt de la solution suivante :
il) Alcool i to® ' • iO0'«
Baume de Tolu C«'
Baume du Pérou C«*«
DAGl'ER RÉOTYPIE. — PHOTOGRAPHIE.
On filtre et on conserve [>our l'usage.
Ce collodion est étendu sur la glace et sensibilisé à la façon ordinaire ; puis on lave la plaque avec beaucoup de soin à l’eau distillée, pour enlever l’azotate d’argent qui s’altérerait à la longue, et on la fait sécher dans une obscurité absolue. Quand elle est bien sèche, on vernit ses bords, avec un vernis à l’alcool, et on l’enferme dans la boite à plaques.
La durée de la pose est égale à deux fois et demie celle qui est nécessaire, pour obtenir, dans les mêmes circonstances, de bonnes épreuves, avec le collodion humide.
Pour développer l'image, on fait d’abord séjourner la plaque une ou deux minutes dans l’eau ordinaire, on la retire du bain, pour verser à sa surface la solution pyrogallique (C), et on laisse cette dernière jusqu’à ce que la surface collodionnée soit bien unie et également imprégnée par la liqueur. On fait alors écouler la portion du liquide réducteur, que l’on vient d’employer, dans un vase, pour lui ajouter quelques gouttes de la solution de nitrate d’argent à 5 p. 100. En reversant alors le mélange sur l'épreuve, l’image se développe progressivement et ou la renforce, si besoin est, par le procédé ordinaire que nous avons indiqué plus haut. Enfin on lave et en fixe à la façon habituelle.
Si, dans un essai préalable, on reconnaît que la couche de collodion se déchire facilement, on augmente la richesse de la solution alcoolique (I) en baume du Pérou liquide et on diminue d'autant la quantité de baume de Tolu.