‹ Cours et littérature XXIChapitre 5 sur 15 · Les Femmes de la Riivolution · texte numérisé non relu

Les Femmes de la Riivolution

L Lettre ù Aymon de Virieu, juin 1800. II faut remarquer qu'il ne pouvait encore connaître ni \ Allemagne ni les ConsidéiHitions. Voir plus loin, sur le « génie » de M">' de Stacl, un passage des Destinées de la poésie.

Mnie ç\q Genlis, soit; Chateaubriand, c'est autre chose. M"^^ de Staël et Chateaubriand, Tune disciple des philosophes du xxm^ siècle, l'autre venu de l'émigration, avaient commencé par se traiter en adversaires, cela était inévitable; puis ils étaient devenus amis. Dans les Mémoires cV outre-tombe^ Chateaubriand a dit comment ils le devinrent et jusqu'à quel point ils le furent; il a peint en traits saisissants les derniers jours de Mnie de Staël, dont le dernier billet à M™^ de Duras contenait un mot affectueux pour « Francis ». Au lendemain de la mort de M™° de Beaumont (3 décembre 1803), elle lui avait écrit de Francfort la lettre la plus affectueusement émue : « Ah ! mon Dieu, 7ny dear Franch, de quelle douleur je suis saisie en recevant votre lettre!... Mon cher Francis, donnez-moi une place dans votre vie. Je vous admire, je vous aime, j'aimais celle que vous regrettez. Je suis une amie dévouée, je serais pour vous une sœur. Plus que jamais, je dois lespecter vos opinions... Faites que, de quelque manière, nous nous réunissions. Est-ce que vous ne sentez pas que mon esprit et mon dme entendent la vôtre ^ et ne sentez-vous pas en quoi nous nous ressemblons à travers les différences? » Ce sont les différences surtout qui nous frappent,

11 en est une qui n'échappe pas même au franc enthousiasme de Lamartine. Chateaubriand est un artiste consommé, un coloriste, un musicien de la phrase. M°^° de Staël essaye de « trouver la langue dont la mélancolie ébranle doucement le cœur^ »; mais, à la manière dont elle dit qu'elle la cherche, on sent qu'elle ne la trouvera pas. Chateaubriand précisément disait d'elle que, pour rendre ses ouvrages plus parfaits, il eût suffi de lui ôter le talent de la conversation. Quand M™*^ Necker de Saussure ne nous l'apprendrait pas, nous devinerions qu'elle écrivait comme elle causait, très vite, et se corrigeait peu, plus soucieuse d'exprimer sa pensée ou son sentiment dans toute leur sincérité spontanée, que d'amener l'expression au dernier degré de précision et de justesse. «Au milieu d'un tourliillon d'idées et de paroles, on sent que la forme, le style (à prendre ce mot dans son sens le plus étendu), a dû être négligé souvent et brusqué quelquefois^. » D'ailleurs, elle ne croyait point que la prose pût rivaliser avec la poésie, et elle écrivait, dans le livre de la Littérature : « L'harmonie du style en prose a fait de grands progrès; mais cette harmonie ne doit

i . De i Influence des passions.

Page 1