‹ Cours graduel et complet de chinois parlé et écritChapitre 1 sur 278 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Une nation est un groupe, plus ou moins considérable, de familles que rapproche et unit une communauté de traditions, d'intérêts et d'aspirations. Il en est de même d'une famille ; c'est une réunion d*individus qui se rattachent à xme seule origine et à chacun desquels l'avenir promet d'autant plus de ressources que tous auront mis en commun plus d'efforts, pour tendre vers un but unique et nettement déterminé.

L'esprit moderne, avec la teinte de socialisme dont il s'est laissé imprégner, s'accommode peu de cette défini* tion. Les prémisses qu'il pose ont, en effet, pour conséquences rigoureuses, la suppression graduelle des familles et des nations. Ces groupes, avec lew barrières qui, en les distinguant, les constituent, doivent disparaître au grand

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profit, dit-on, de l'humanité, — seule nation désormais, — de même qu'il n'y aura plus d'autre famille que l'individu.

Hélas ! il suffit de jeter un regard^ autour de nous, pour comprendre ce qu'il y a, à la fois, de faux, de corrupteur et d'anarchique dans ce cosmopolitisme humanitaire dont les doctrines tendent, pour notre malheur, à se généraliser chaque jour davantage.

Le monde pourtant a déjà vécu assez de siècles pour que son histoire puisse nous servir d'enseignement.

Partout et toujours, elle nous montre les mêmes causes engendrant les mêmes effets. Pas une nation ne se maintient, ne prospère et ne grandit, si le culte passionné de tout ce qui constitue la vie exclusivement nationale, cesse d'être sa préoccupation dominante, si lessor de sa propre grandeur, de sa grandeur exclusive, n'est plus l'objet de sa jalouse vigilance et de son incessante activité. Jamais, non plus, un individu ne réussit à fonder quoi que ce soit de véritablement stable, de fécond et de grand, si ses ambitions n'ont pas pour centre le foyer d'une famille. Aussi est-ce toujours, en fin de compte, la même science qui doit présider au bon gouvernement des familles comme à celui des nations.

Cette science a deux objets : conserver et développer ; conserver ce dont on a hérité ou ce que Ton a acquis, puis le développer sans cesse, au triple point de vue moral, intellectuel et matériel. C'est la double loi de toute société qui ne veut point périr. Car, s'il est exact qu'on ne puisse développer sans avoir conservé, il est tout aussi vrai qu'on ne peut conserver qu'à la condition de développer. Qui n'avance pas, recule ! Axiome vieux comme le

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monde et dont la saisissante vérité se démontre à chaque fait et à chaque pas.

Conservation et développement, — autrement dit, ordre et progrès; — tels sont les deux pôles entre lesquels oscillent^ depuis tant de siècles, les destinées des nations et par suite des familles; telles sont les conditions essentielles de toute existence collective; et^ pour les exécuter, il n'y a qu'un moyen, — le travail, — celte force d'expansion qui est à l'homme et à toute société d'hommes^ ce qu'est à Tarbre la feuille, à un navire la marche, au capital l'intérêt, ce qu'est l'air à tout être vivant, pour ne pas dire la vie même assignée, dès le berceau, par le Créateur à toute créature.

Toutefois, le travail n'est vivifiant, il n'atteint son but * qu'à la condition de ne pas s'isoler. Les produits qui sortent de l'intelligence ou des mains de l'homme, n'acquièrent leur véritable valeur qu'autant qu'ils sont demandés. Nul ne saurait être juge de ce qu'il vaut luimême, c'est-à-dire, de ce que vaut son travail; de là, pour tout homme, comme pour toute société, la nécessité profondément salutaire d'avoir des relations.

Ces relations, à leur tour, choisies avec soin, quelques-unes cultivées avec discernement, selon les intérêts permanents ou passagers, donnent lieu à des alliances qui, suivant leurs résultats, témoignent de la grandeur ou de la décadence des nations comme des familles.

Ainsi, en ce qui touche le devoir et le droit de vivre, maintenir les relations qu'on a, les fortifier, les étendre et s'en créer constamment de nouvelles, c'est, pour tout homme et pour toute nation, l'exercice le plus important

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