‹ Cours pratique de constructionChapitre 63 sur 81 · A UN TERRAIN INCOMPRESSIBLE · texte numérisé non relu

A UN TERRAIN INCOMPRESSIBLE

160. Lorsque le sol compressible n'a qu'une épaisseur limitée et repose sur un terrain résistant, les fondations s'exécutent par encaissement sur béton, de la même manière fu'ayec les fonds incompressibles et a£fouillables.

On enfonce les pieux et les palplanches jusque dans le terrain résistant et on les bat jusqu'au refus.

On drague ensuite jusqu'au terrain solide, sur lequel on élève le massif de béton.

§ II. T— TERRAIN COMPRESSIBLE JUSQu'a UNE CERTAINE PROFONDEUR.

161 . Quand le sol compressible a une épaisseur telle que ï^s pieux ne puissent atteindre le terrain résistant, on assoit les fondations sur une plate-forme horizontale ou bien l'on ^onde sur pilotis, selon que le terrain est peu compressible ou tï'ès-compressible.

Si le terrain est homogène et peu compressible, on circonscrit de batardeaux l'emplacement des fondations et l'on procède aux épuisements ; cela fait, on pose sur le fond du lit ^ïie plate-forme horizontale composée de forts madriers joîntîfs ou du moins très-rapprochés les uns des autres. On donne ^ cette plate-forme d'autant plus d'empâtement que la compressibilité du sol est plus grande et que la charge qui devra s'exercer en chaque point est plus forte, de manière que la Pression par mètre carré ne dépasse pas une certaine limite ^t soit à peu près la même dans toute l'étendue de la fondation. On peut remplacer la plate-forme en madriers par un ïHassif de béton auquel on donne une épaisseur suffisante pour n'avoir point à redouter sa rupture. Il est, en outre, avantageux, quand on ne craint pas trop les affouillements,

274 FONDATlONi.

de placer au-dessous de la plate-forme ou du massif de béton une forte couche de sable parfaitement comprimée. Cette couche, à cause de la mobilité des grains dont elle est composée, a l'avantage de répartir la pression sur le fond et aussi sur les parois verticales de la fouille ; elle permet, en conséquence, de diminuer Tétendue des empâtements de la maçonnerie.

Mais si le terrain est compressible et qu'il ne soit paa détrempé par les eaux, on établit les fondations sur pilotis et on élève la maçonnerie soit sur un grillage, soit dans un caifr> son. Il convient d'ailleurs d'avoir recours aux pilotis toutes les fois qu'il s'agit de constructions qui peuvent exercer de fortes pressions. Les pieux, en comprimant le terrain, en augmentent la résistance, et leur longueur doit âtre assez grande pour que Ton puisse arriver à un refus de 0",02 à 0",03 par volée de trente coups. La résistance qu'éprouvent les pieux tient au frottement latéral qui augmente avec la profondeur. Au pont de Bordeaux, on s'est arrêté à un refus de 0'°,05 dans un sol de vase d'une épaisseur à peu p^ès indéfinie ; mais l'une des piles s'est afTaissée d'un trentaine de centimètres, tandis que le pont de Rouen, où les pieux ont été battus jusqu'à un refus de 0'°,01 par volée de dix coups dans un sol de vase également, n'a éprouvé aucun tassement.

Au pont de Bordeaux, les pieux ont été recepéa presque au niveau du fond de la rivière afin de ne pas avoir des en^ rocbements trop élevés, par suite trop étendus , et de ne pas ainsi obstruer la section d'écoulement. Après le recepage on exécuta des enrochements à pierres perdues entre les pieux au-dessous du plan de recepage, puis un caisson en partie chargé de maçonnerie fut échoué sur la tête des pieu)^. U hauteur de la basse mer sur le fond du lit était de 5"", 40.

Au pont de Rouen les pieux ont été recepés à 4 mètres audessus du fond du lit et à 3 mètres au-dessous du niveau des plus basses eaux. Le fond du lit était donc h 7 mètres au-dessous des plus basses eaux. Les pieux qui supportent les piles ont été entourés d'une double ceinture de pieux jointifs. Après le battage des pieux on procéda à la formation

d'un enrochement autour des piles et d'un bétcmnage général tant SQus les piles que dans l'espace compris entre les dem rangs de pieux jointifs.

Après le recepage des pieux, on échoua un caisson dans l'intérieur duquel on avait exécuté un cube de maçonnerie suffisant pour qu'une fois en place on n'eût qu'à y mttiNh» duire une faible quantité d'eau pour l'échouer complètement^

Dans certains cas^ on a quelquefois bâti sur des pieux arti^ ficiels en sable fortement comprimé. On a creusé, au Q)oyeQ d'uu pieu battu dans le sol et retiré ensuite, de nombreux trous que Ton remplissait de sable ; on b&tissait alors sur ce pilotis, c(ui, toutes les fois que l'on n'a pas eu ^ craindre quç les suintements d'eau vinssent laver et enlever peu ^ pçy to sable, a fourni d'excellents résultats.

§ m. — SOL JNDéFINIlIENT COMPRESSIBLE.

162. Quand le terrain sur lequel on doit élever uae aoiH stFuction est très-compressible, on cherche à diminuer gette eçunpres&ibilité en chargeant le sol de grosses pierres ou Ubages qui s'y enfoncent, ou bien en battant des pieux que l'on fttit' pénétrer par le gros bout afin qu'ils ne puissent être soulevés par la réaction élastique du terrain. On peut au besoin combiner les deux moyens indiqués en enfonçant des pierres entre les pieux après que ceux-ci ont été recepés. On s'établit ensuite sur le terrain ainsi solidifié comme sur un sol peu compressible.

Les terrains qui présentent le plus de difficultés pour les fondations sont les sols argileux détrempés par les eaux. En vertu de leur viscosité et de leur élasticité, ces terrains agissent pour ainsi dire à la manière des fluides ; ils transmettent dans tous les sens la pression qu'on leur fait subir et ils s'affaissent inégalement si on ne les charge pas d'une manière uniforme ; les pieux n'y adhèrent pas et tendent h se soulever quand on en bat d'autres dans leur voisinage, en

raison de la réaction exercée par le terrain que Ton comprime. Pour construire avec quelque sécurité sur un semblable terrain, il faut établir des plates-formes d'une grande étendue, de larges empâtements et répartir les pressions avec beaucoup d'uniformité, même pendant l'exécution de la construction. On doit même souvent charger par des remblais provisoires les abords de la construction, et il est prudent, avant d'élever les parties supérieures de l'édifice, de charger les massifs inférieurs, pendant plusieurs mois, d'un poids au moins égal à celui qu'ils devront supporter par la suite.

Les difficultés augmentent encore lorsque ces terrains sont sous l'eau. On doit alors combiner les moyens de fonder sur les terrains compressibles avec ceux indiqués pour les fondations sous l'eau et sur terrains compressibles.

Au pont de Guhzac sur la Dordogne, on a pris le parti de larder le sol des fondations au moyen de pieux de 12 à. 19 mètres de longueur espacés de 0'",80 d'axe en axe. Ils ont 0'",35à0'»,45 de diamètre au gros bout, et 0«,20 à 0",22 au. petit bout. Après le recepage, la fondation fut exécutée sur ces pieux au moyen d'un caisson. Toutefois cette fondatioa ne présentant pas toute la solidité désirable pour supporter les piliers d'un pont suspendu élevés à 30 mètres au-dessus de l'eau, on n'a exécuté en maçonnerie que la partie qui pouvait être atteinte par les crues de la rivière, et on a élevé le surplus des piliers au moyen de colonnes en fonte creuses et découpées à jour.

ARTICLE V

Terrains afléuillablesi

163. Dans ces sortes de terrains, il y a lieu de prendre les précautions nécessaires pour mettre les travaux de fondation

TERRAINS AFFOUILLABLES.

k Tabri de Faction corrosive des courants qui pourrait à la

longue causer la destruction des ouvrages.

Le moyen le plus simple, le plus économique et qui suffit

dans beaucoup de cas pour protéger les fondations contre les affouillements consiste à établir autour de la construction des enrochements en moellons dont les blocs doivent être assez lourds pour ne pas être entraînés par le courant.

Lorsque la profondeur d'eau est considérable et que Ton peut enfoncer des pieux au delà de la limite des aSbuillements, on établit au moyen de pieux et palplanches jointives une enceinte ou crèche basse qui entoure et protège le pied de la fondation et que Ton remplit d'enrochements ou de béton.

fondation sur radier généraL — Dans les rivières à courant rapide et à fond de gravier mobile, très-résistant, très-

Haut lasses

Fig. 152.

^ffouillable et dans lequel les pilots pénètrent peu, on se met à l'abri des affouillements en construisant dans toute la largeur du lit un radier général en béton ou en maçonnerie de ^îbages et mortiers hydrauliques sur lequel on élève l'édifice ^ construire. Ce radier général est protégé en amont et en ^Val par un mur de parafouille.

Pour fonder par cette méthode, on commence par battre ^Ur toute la largeur de la rivière au moins deux files de pieux ^t palplanches, Tune en amont Tautre en aval de l'édifice à instruire. On drague ensuite sur une certaine profondeur

S78 POIIDATIOKS.

dans renceinte ainsi formée, puis on coule du béton eh se réservant une hauteur de 0",40 à 0",60 pour former le pavage du radier.

Dans la figure 152 ci-dessus, le radier de 1", 60 d'épaisseur, y compris le pavage, est protégé par deux crèches en béton, Tune en amont l'autre en aval. Le draguage a été fait plus profondément dans ces crèches que dans l'enceinte du milieu.

Le bétonnage des crèches est également couronné par un pavage maçonné.

Le pont du Guétin sur l'Allier a été fondé d'après ce Système.

Lorsque les afifouillements sont plus à craindre eh aval qu'en amont, on peut battre en aval un troisième rang de palplanches de manière à avoir deux crèches de béton au lieu d'une pour protéger la fondation proprement dite.

ARTICLE VI

Répartition de la ehar^ des eonstrnctlons sur l'étendue des fondations.

164. La charge d'une construction doit être répartie uniformément dans toute l'étendue des fondations, c'est-à-dire que la pression par unité de surface doit être à peu près constante dans toute l'étendue de la construction. Pour obtenir ce résultat, on donne aux fondations des empâtements que Ton détermine en raison de la compressibiiité du terrain et du poids qu'il aura à supporter en chaque point.

Si Ton désigne par

jo, le poids que peut supporter avec sécurité Tunité de surface ;

RÉPARTITION DE LA CHARGE BES CONSTRUCTIONS. S7d

P, le poids que les fondations auront à supporter par mètre carré, eu égard aux maçonneries gui seront élevées audessus ;

S, la surface à donner à là base des fondations ;

a>, la section horizontale de la maçonnerie en élévation assise sur les fondations,

On aura la relation

d'où

Ainsi, si Ton a à établir Un édifice dont lès mufs en dléVàtibn présentetit une longueur de 50 mètlrès sur une épaisseur de ô",70 et si le terrain peut supporter avec sécurité Utte chargé de 1 200 kilogrammes par tnètre carré, on aura, en àdmettaht que la pressioti sur les fondations soit de i 300 kilogrammes par mètre carré, eu égard à la hauteur dès murs èl à la densité de la maçohnerîe :

(0=50X0,70=35 mètres carrés; P=15000 etp=i2000.

Donc

S=s — 7TT:;7r' = 43",7S' l'iOOO '

D'oîi Ton conclut que la largeur kdotitiet aux fondations, les murs ayant 50 mètres de longueur,

/zzi^l-zziO-^jS??).

280 FONDinoNS.

ARTICLE VII

Fondations des écluses et autres ouvrais hydrauliques

an-dessous du nlircan de l'eau.

165. Dans les fondations des piles et des culées d'un pont ou de tout autre ouvrage analogue à établir au-dessus du niveau de l'eau, ce qu'il importe d'obtenir, c'est une base solide et incompressible ; nous connaissons maintenant les moyens à employer pour y parvenir. La partie sur laquelle porte toute l'attention est hors de l'eau.

Mais, dans les écluses, les parties essentielles, le radier, les buses, les pieds des bajoyers se font au-dessous de l'eau et doivent être exécutés avec le plus grand soin ; on ne peut les construire qu'au moyen d'épuisements et en tenant à sec l'emplacement des ouvrages.

On a à établir des écluses sur des terrains de toute nature.

Page 1