PIEUX, PIL0T8 ET PÀLPLÂNCHES
maintenait leur écartement. La pince finira par s'ouvrir \ers le bas et laissera échapper le mouton, gui tombera instanta*nément. C'est alors qu'au moyen d'un levier, on fait glisser l'axe du pignon pour supprimer la communication de ce dernier avec la roue à engrenages, et le déclic tombe à son tour avec son armature en entraînant la corde. Le choc du déclic eontrele mouton fait ouvrir les branches inférieures, qui présentent à cet effet une forme convenable ; l'anneau est saisi de nouveau, et en faisant remonter le mouton au moyen des manivelles, on peut donner un nouveau coup.
 chaque chute du mouton, on est ainsi obligé de descendre le déclic pour le rattacher au mouton. C'est un inconvénient que l'on pourrait éviter en supprimant tout à fait le déclic et en suspendant directement le mouton au câble de la sonnette. On comprend qu'alors le mouton tomberait comme le déclic, en entraînant le c&ble et en faisant tourner le treuil et la roue d'engrenage en sens contraire du sens dans lequel on les avait fait tourner pour élever le mouton. Mais le mouton, étant d'un grand poids, userait promptement la corde et détériorerait le treuil par la rapidité de sa chute. Au moyen du déclic, le mouton tombe seul et le câble enroulé sur le treuil se déroule plus lentement.
Dans les sonnettes à déclic, le mouton est généralement d'un poids plus considérable que dans les sonnettes à tiraudes. Ce poids varie de 500 à 1000 kilogrammes, suivant le besoin. On en a même employé qui pesaient 2 000 kilogrammes. La hauteur de chute varie de 3 à 5 mètres. A une hauteur plus grande, les moutons de 800 kilogrammes fendent les pilots.
Aux travaux d'Amboise, nous avons em- 3loyé un déclic disposé plus simplement que '*** *'*' e précédent et remplacé par la figure d 74 . Le mouton est luspendu au 'câble par l'intermédiaire d'un crochet, qui se )rolonge au delà de son point d'attache avec le câble jus-
qu'en G. Au point G est fixée une cordéUe edj dite cordeik (ï échappement y que Ton attache par son autre extrémité i l'une des jumeUes de la sonnette en lui laissant une longueur telle, que, [par suite du mouvement ascendant du mouton, elle se trouve tendue précisément au moment oïl le mouton arrive au haut de sa course. La tension de la corde fait décrocher le déclic, et le mouton tombe alors librement et vient frapper la tète du pilot.
On dégage ensuite le pignon de la roue d'engrenage» moih tée sur Taxe du treuil de la sonnette, et le crochet tombe à son tour sur le mouton en entraînant le c&ble.
Un ouvrier accroche de nouveau le mouton, et on recommence l'opération.
Un de nos collègues, M. Bernardeau, a perfectionné la manœuvre du déclic en guidant la descente du crochet au moyon d'une fourrure en bois qui glisse dans le sens vertical entre les deux jumelles de la sonnette. Gette fourrure n'est autre chose qu'un parallélipipède en bois de chêne de O'^ySO dehauteur sur 0°^,15 d'équarrissage ; elle est maintenue entre les jumelles au moyen de plaques fixées sur sa face antérieure et sur sa face supérieure. Ges plaques sont donc extérieures aux jumelles. La fourrure est en outre rattachée à l'axe de suspension du crochet au moyen d'une équerre en fer.
Le déclic, dirigé ainsi dans son mouvement par la fourrure qui se trouve entre les jumelles, tombe exactement au droit de l'anneau du mouton, anneau qui doit avoir au moins O*,(0 d'ouverture. Il suffît, pour accrocher de nouveau le mouton, que l'un des manœuvres du treuil tire une cordelle de rappel pour faire redresser le crochet qui s'introduit dans l'anneau. Gette corde de rappel, fixée au bout du crochet comme la corde d'échappement, passe d'abord dans le nœud du câble, près du mouton, puis sur une poulie placée entre les deux jumelles au sommet de la sonnette, et vient tomber près des ouvriers occupés au treuil. Pour mettre un pieu en fiche ou changer la sonnette de place et maintenir par conséquent le mouton suspendu au crochet, il suffît de faire tendre la corde de rap*
PIEUX^ PILOTS ET PALPLANCHES. 301
)él et de ramarrer solidement au ch&ssis du treuil. Le mou- Lon ne peut s'échapper du crochet, et l'on n'a pas à craindre les graves accidents qui se produisent avec les tenailles. Le déclic, ainsi perfectionne, offre une entière sécurité aux ouvriers, n'exige pas un manœuvre supplémentaire pour accrodier et décrocher le mouton, et n'occasionne pas de pertes de temps. La description des perfectionnements que M. Bernardeau a apportés dans la sonnette à déclic a été donnée parles Annales des ponts et chaussées et reproduite par les Annales des conducteurs, année i861.
La sonnette à déclic a une puissance plus grande que la sonnette à tiraudes et permet d'enfoncer encore des pieux qui refuseraient de descendre davantage avec une sonnette à tiraudes. Dans la sonnette à déclic, on ne se trouve limité ni parla hauteur de chute ni par le poids du mouton. Cependant le temps employé à la descente du déclic ne permet guère de battre plus d'une volée de trente coups, pendant qu'on en peut battre deux ou trois avec une sonnette à tiraudes. Dans les terrains résistants, bien que la durée du battage soit presque double, les dépenses sont réduites aux quatre cinquièmes environ ; dans les terrains ordinaires, le temps du battage est quelquefois triple par les sonnettes à déclic, et l'économie que l'on pourrait réaliser sur la main-d'œuvre ne Compense pas la perte de temps.
Dans certains terrains, le battage réussit mieux avec une sonnette à déclic, tandis que dans d'autres il se fait mieux avec une sonnette à tiraudes. Il n'y a que l'expérience qui puisse décider la question. H est généralement avantageux de commencer le battage à la tiraude et de le terminer avec le déclic. La sonnette à tiraudes sert à mettre en fiche ; et comme on peut élever le mouton à une hauteur aussi petite que l'on veut, on peut apporter de la précision dans l'opération, obtenir une pose régulière et obvier à une fausse direction. Mais lorsque l'on arrive aux terrains résistants, il y a lieu de terminer le travail avec la sonnette à déclic.
Pour se rendre compte de l'influence que le poids du mou-
302 FONDÀTIOMS,
ton exerce sur renfoncement des pieux, nous allons faire \oir que cet enfoncement est, pour un même pieu et pour un même mouton, proportionnel à la hauteur de chute, et qu'il y a avantage à augmenter le poids du mouton et à diminuer la hauteur de chute.
Désignons par M la masse du mouton» par Y la vitesse qu'il possède au moment du dioc, par m la masse du pieu et parv la vitesse commune au pieu et au mouton après le choCi
La quantité d'action avant le choc est MV et la quantité d'action après le choc est (M+m)t;, d'où Ton a :
(M4.m)v=MV et par suite
MV
M-hm
Telle est la vitesse avec laquelle le pieu s'enfonce après I0 choc.
Le travail produit pour renfoncement d'un pieu sera doDC
En désignant par h la chute du mouton, ftu aura y*=^igh, d'où;
Mais en désignant par P le poids du mouton et par j9 celui du pieu, on sait que P=M,g et que les poids sont proportionnels aux masses, de sorte que la formule précédente devient
- (M4->n)tr=
D'où l'on conclut :. 1^* que l'enfoncement est, pour un même mouton, proportionnel à la hauteur de chute A; S"" que cet
PIEUX, PILOTS ET PALPL ANCHES. 303
enfoncement est d'autant plus grand, que le dénominateur est plus petit, le produit PA restant constant en variant P et A. Or la plus petite valeur du dénominateur serait 1 si la quantité - était nulle, c'est-à-dîre si P était infiniment grand. La
plus petite valeur du dénominateur serait donc 1 pour P=oo , ce que Ton ne peut obtenir. Il faut donc que le poids P du mouton soit le plus grand possible. Le produit Vh restant constant, et le facteur P augmentant, le facteur A diminuera. Comme il arrive souvent que les pieux s'écrasent ou se fendent lorsque le mouton tombe de très-haut, il vaut généralement mieux se contenter d'une chute modérée de 3 ou 4 mètres et employer des moutons d'un plus grand poids.
Cherchons maintenant la manière de trouver la hauteur de chute qu'il convient de donner à un mouton pour produire sur le pieu un choc d'une puissance égale à la pression qu'il devra supporter plus tard.
Désignons par p le poids du mouton, par h la hauteur de chute, par R la résistance du terrain ou le frottement du pieu dans le sol, et par w la quantité dont le pieu s'enfonce par le
choc.
Le travail du niouton est Vh et celui de la résistance du terrain est Roi ; d'où Ton a :
RwrzsPA
et
P et R sont exprimés en kilogrammes et A et w en mètres.
Si sous l'action du mouton le pieu.n'entrait plus du tout, c'est-à-dire si l'on avait w=o, la résistance R serait infinie, car on aurait
On doit donc chercher à se rapprocher autant que possible de cette valeur de R. Mais si Ton veut connaître approximà-
tivement la résistance du pieu, il faut admettre pour R une valeur bien supérieure à la charge qu'il devra supporter et pour (ù une petite valeur.
Ainsi, pour un pieu de 0'',2S d'équarrissage et pouvant supporter 37S00 kilogrammes, on fera :
co=0,Oi
et
Si P est égal à 2S0 kilogrammes, on aura
^ Ro) 75000 XO«,Oi ^ ,, ^=T= 2^0 =3 mètres.
On fera donc tomber )e mouton sur le pieux d'une hauteur de 3 mètres jusqu'à ce que le pieu n'enfonce plus que de 0'",01 par coup de mouton.
Réciproquement, pour déterminer le poids à donner à un mouton, connaissant la hauteur de chute A=3 mètres et en supposant toujours &) = 0",0l et R= 75 000 kilogrammes, il viendrait :
P=— == r z=-— -= 50kilogram
mes.
Il est facile de déterminer la grandeur de la force qui doit
fttre appliquée à chaque manivelle pour soulever le mouton dans une sonnette à déclic.
Désignons par Q le poids"8u mouton, par P la puissance ou l'effort à exercer sur les manivelles, par r le rayon du treuil, par R le rayon de la manivelle, par p le rayon de la roue dentée montée sur l'axe du treuil et par p le rayon du pignon monté sur l'axe de la manivelle, lequd pignon commande la roue dentée (fig. 175).
Flg. 175.