LA SUSPENSION
1* ExiVFtB. c Devinez ce que c'est, mon enfant, qae la chote du monde qui Tien! la p|u» -rite et qui s'en va le plus lentement; qui vous fait approcher lepluà lentement de la convalescence, et qui tous ei^ relire le plus loin ; qui \oua fait toucher l'état du monde le plus agréable, et qui vous empêche le plus d'en jouir; qui vous donne les plus belles espérances et qui en éloigne le plus les effets! Jetex-vous votre langue aui chiens ?... C'est un rhumatisme, s (9[<»« de Sévigué.) (80)
• Devinez ce que c'est que la chose du monde qui... et qui, etc. Toutes les explications qui suivent ne tendent qu'à tenir en suspens l'esprit du lecteur, à exciter vivement sa curiosité, de telle sorte que, lorsqu'il pense avoir trouvé le mot de l'énigme, la proposition suivante l'en éloigne de plus belle. Les divers membres de phrase, opposés les uns aux autres et présentant des idées qui semblent se contredire
mité de oftte phrase ne nuit-elle pas à l'etprestion f -» 77. Qu'estce donc que la répétition ? — 78. Quelle est la condition essentielle dans l'emploi de cette 6gure? — 79. Quel est l'écueil à éviter? — > 80. Examines attentivement ce nouvel exemple et dites ce que vous y remarque! de particulier. Ile présente-t-il pas une
et s'exclure, contribuent à nous faire prendre le change, jusqu'au moment où vient le mot de Ténigme : c'est un rhumatisme. (81)
Ce seul exemple suffirait pour faire apprécier le charme de cet artifice, qu'on appelle suspension. En voici d'autres. (82)
II* ExivtLB. ■ Saves'vouê hitn oùJ9 «uû? /« vous défié de le <feviner. Je suis venue dîner par le plas beau temp« du monde à noi sœurs de Saiote-Marie du faubourg.,,. Vous croyes que je m'en Y«is dire Satnt-Jacquet ; point du tout, c'est du faubourg Saint-Gtrmain.^ (l«««deSévigné.)(83)
Il est inutile de s'arrêter à faire ressortir le charme qui résulte de ces caprices du style. Otez la suspenision et dites : < Je suis venue diner à nos sœurs de Sainte -Marie du faubourg Saint-Germain » ; toute la grâce disparaît. (84)
Ille ExBVPLi. c II y a bien des années, ma fille, qu'il Tint au monde une créature destinée à vous aimer préférablemcnt à toutes choses. Je prie votre imagination de n'aller ni à droite ni à gauche, w (M"^« de Se vigne.)
Quoique la solution de l'énigme ne soit pas exprimée d'une manière nette et catégorique, on l'entrevoit sans peine
espèce d*énigme? — 81. Quel est Teffet produit par ces divers membres de phrases qui se succèdent et semblent se contredire? — 82. Comment appelle- 1- on cet artifice de style? A-t-il du charme? — 83. Le second exemple rcnferme-t-il une énigme comme le précédent? Quelle est la phrase qui l'indique clairement? L'esprit est-il tenu en suspens? Quel est le mot de l'énigme? — 84. Ce badinage a-t-il du charme? Pour tous en assurer, donnez à Tidée exprimée dans ce pas*
dans les derniers mots, qui sont une périphrase heureuse et bien délicate pour dire : c'est moi. (85)
Préceptes.
La mspension est donc une sorte d'énigme proposée au lecteur. Son esprit en suspens, intéressé par la curiosité à une proposition, en attend d'autant plus vivement le terme qu'on le lui cache, qu'on lui fait prendre le change et qu'on trompe son attente pour mieux la remplir. (86)
L'emploi de cette figure demande beaucoup d'habileté ; sinon, au lieu d'ajouter du piquant au style, elle ne dévoilerait qu une froide afféterie, une recherche insupportable. La suspension est une espèce de piège tendu au lecteur; pour qu'il le pardonne, il faut que l'on sache tenir son esprit agréablement en suspens. (87)
L'attention est comme l'appétit : il est permis de l'aiguiser, mais, si on l'irrite, on éteint son action. (88)