ANALYSE DE MODÈLES
P' MODÈLE
Béponse deFléchier à M. le vicomte de ***, 1704.
« Ce sont de bons commencements, Monsieur, et de bons présages d'année que do nouveaux témoignages d'une amitié comme la vôtre. Si je n'ai pas le plaisir de pouvoir raisonner avec vous, comme je le faisais il y a quelques mois, je vous rends du moins souhaits pour souhaits y vœux pour vœux y et je demande au ciel pour vous mei7ieure santé^ meilleure fortune^ ou la |vertu nécessaire pour vous passer de l'une et de l'autre. »
Résumé : Fléchier exprime le plaisir que lui ont fait les souhaits du vicomte de ***, et il lui offre à sou tour ses vœux de bonheur. (1)
Cette réponse contient donc deux idées principales : i" remerciments pour les souhaits reçus, 2** souhaits rendus. (2)
Quand une personne nous adresse des souhaits de bonheur, il est naturel que nous répondions à cette marque d'intérêt en exprimant d'abord la joie que nous en avons ressentie et en faisant ressortir le prix que nous y attachons : « Ce sont de bons commencements et de bons présages d'année que de nouveaux témoignages d'une amitié comme la vôtre, » Il lui semble que ces souhaits, partant d'un cœur ami, doivent lui porter bonheur : pensée pleine de délicatesse. (3)
1er Modèle. — 1. Lisez et résumez cette lettre. — ^ 2. Quelles «ont les idées principales contenues dans celte réponse? — 3.. Quel est Botre premier devoir après avoir reçu des souhaits de bonheur? Ju-
Le souvenir de cette bonne amitié amène naturellement le regret de s'en voir privé, regret d'autant plus vif que la séparation est récente : « Si je n'ai pas le plaisir de raisonner avec vous, comme je le faisais il y a quelques mois, . . i Grâce à ces détails particuliers la lettre sort des banalités. (4)
Mais ce n'est pas touf ; il faut rendre à un ami « souhaits pour souhaits, vœux pour vœux » et Fléchier demande au ciel pour le vicomte « meilleure santé, meilleure fortune. » (o)
Meilleure santé, meilleure fortune ; souhaits en rapport avec la situation de la personne à qui ils s'adressent. (6)
A ces vœux, relatifs aux biens terrestres, Fléchier, toujours préoccupé d'une pensée chrétienne et pénétré de l'importance des biens spirituels, se hâte de joindre un souhait qui met la vertu au-dessus des prospérités de ce monde : « ou la vertu nécessaire pour vous passer de l'une et de l'autre. » Comparez ce langage à celui que M"' de Sévigné tient au comte de Bussi (page 70) : « Je vous souhaite la continuation de votre philosophie chrétienne.... ; avec cet appui, dont on ne saurait se passer, on trouve de la force et du courage pour soutenir les plus grands malheurs. » (7)
Le ton qui règne dans cette lettre est celui d'une amitié douce et franche ; il y a, de plus, une teinte sérieuse et morale qui sied bien au caractère sacerdotal de lauteur.
gC2-en d'après les premiers mots de la réponse de Fléchier. — 4. Commeat est-il amené à exprimer le regret qu'il éprouve d'être éloigné de son ami ? L'expression même de ce regret ne fait-elle pas sortir cette lettre des banalités? — 5. Répond-il aux souhaits par des souhaits? — 6. Les souhaits qu'il exprime à son tour ont-ils de Tà-propof? — 7. Sont-ils aussi en rapport avec le caractère sacerdotal dont il est revêtu? Comparez son langage à celui de Mo*» de Sévigné au comte de Bussi. — 8. Quel est le ton qui règne dans cette lettre ?
IP MODÈLE
Réponse de Fléchier à M*"% 1707.
« Il y a longtemps, Monsieur, que je jouis de la sincérité et de la constance de votre amitié. Sur cela les années finissent comme elles ont commencé et commencent comme elles ont fini. Je suis pourtant bien aise qu'il y ait un jour où nos yœux se réunissent et où yotre cœur s'ouvre tout entier. J'en connais tans les sentiments et j'aime à les entendre renouveler. Je vous aouhaile, à mon tour, une santé parfaite^ un doux repos et des prospérités plutôt utiles qu'agréables, telles que je crois que vous les souhaitex vous-même. »
Résumé : Fléchier exprime le plaisir que lui ont causé les bons souhaits de M***, quoiqu'il n'ait jamais pu douter delà sin(jBrité et de la constance de son amitié. (1)
En rendant hommage à la fidélité d'un vieil ami, il est naturel que Fléchier relève les deux qualités qui distinguent une véritable amitié de toutes ces liaisons passagères qui ne font qu'effleurer le cœur : sincérité et constance. (2)
Bien qu'une telle amitié puisse se passer de nouvelles assurances, on aime à se livrer parfois à des épanchements affectueux : « Je suis pourtant bien aise qu'il y ait un jour où nos vœux se réunissent... J'aime à les entendre renouveler. » (3)
Puis viennent les souhaits proprement dits : c Je vous souhaite à mon tour une santé parfaite, un doux repos, etc. \ La lettre rentre ici dans le cadre commun et banal des souhaits du jour, mais pour en sortir bientôt en prenant un caractère conforme à l'esprit de Fléchier, qui rarement laisse échapper l'occasion de glisser dans sa correspondance une
1I« Montes. — 1. Réduisez cette réponse à sa plus simple expression. <— 2. c Sincérité et constance de votre amitié, » Pourquoi Fléchier relève «t-il ces deux qualités? — 3. Exprime-t-il la joie que lui
pensée morale. En voici un exemple : < Je vous souiiaue des prospérités plutôt utiles qu'agréables. » (4)
Il termine délicatement par un hommage rendu au caractère digne et sérieux de son ami : « telles que je crois que vous les souhaitez vous-même. » (S)
Cette réponse nous présente, quant au fond, les mêmes idées dominantes que le modèle précédent ; le ton en est le même. (6)
lil" MODELE.
Réponse de M"^^ de Sévigné à sa fille.
« Vous roe dites la plus tendre chose du monde en souhaitant de no pas voir la fin des heureuses années que vous me souhaitez : nous sommes bien l<>in de nous rencontrer dans nos souhaits ; car je tous ai mandé une Tcrité qui est bien juste et bien à sa place, et que Dieu, sans doute, voudra bien exaucer, qui est de suivre Tordre tout naturel de sa sainte Providence. C'est ce qui me console de tout le chemin laborieux de la vieillesse.
Ce sentiment est raisonnable, et le vôtre, trop extraordinaire, trop aimable. »
Résumé : M"' de Sévigné n'accepte pas le souhait que sa fille lui adresse à Toccasion du renouvellement de Tannée. {\ )
Quel est donc ce souhait? « De ne pas voir la fin des heureuses années qu'elle lui souhaite. » Ce vœu prend sa source dans U tendresse fiiiale ; M"""" do Sévigné Ta compris ; elle en remercie sa fille : « Vous me dites la chose la plus tendre du monde. » Mais voilà certes un souhait qu'une mère ne peut accepter. Aussi proteste-t-elle éner-
ont causée les souhaits de son ami? — 4. Lui adresse-t-il des soubaits à son tour, et ces souhaits sont-ils conformes à son caractère? — 5. La lettre se termine-t-clîe par une pensée délicate? — 6. Cette réponse présente-t-elle de la ressemblance avec la précédente? ill«MoitLE. — 1. Quelle est l'idée simple de cette lettre? -—
giquement : < Nous sommes bien loin de nons rencontrer dans nos souhaits. » (2)
M"* de Sévigné prouve à sa fille qu'il ne peut pas en être ainsi : elle a demandé à Dieu de suivre Tordre tout naturel de sa sainte Providence, et cette prière, « bien juste et bien à sa place t , elle espère la voir exaucée.
La tendresse maternelle que nous lui connaissons nous répond de la sincérité de ces protestations. Et puis, le cœur d'une mère n'est-il pas ainsi fait? La nature nVt-elle pas mis en elle, comme une condition de son bonheur, le désir de ne pas survivre à ceux qui lui sont chers?
On conçoit donc que cet espoir console M"' de Sévigné : « C'est ce qui me console de tout le chemin laborieux de la vieillesse. »
La dernière phrase résume ce qui précède de la^nanière la plus simple et la plus nette : « Ce sentiment est raison-^ nable et le vôtre trop extraordinaire, trop aimable. »
Le ton de cette lettre est une douce «et tendre familiarité, un abandon affectueux qui va bien aux épanchements du cœur. En un mot, c'est î'amour maternel qui parle, et c'est tout dire. (3)
IV* MOI>ÈLB.
Réponse de Rousseau à M. BotUet, 1724.
f Je vous aurais prévenu, Monsieur, et vous auriez reçu^ il y a longtemps, mes compliments à l'occasion de la nou-
2. Trouvons-nous ici comme dans les réponses précëdenieflrexpreasioD de la joie causée par les souhaits reçus? Dites-en le motif 7 — 3. Les protestations de Vl'"^ de Sévigné sont-elles sincères, et le désir qu'elle exprime est-il naturel? — La dernière phrase ne résume- t'Clle pat tout ce qui précède f — Quel est le ion qui règne dans cette lettre? iy« MoDiLB. (La solution de ces questions fera la matière d'un de-
velle année, si la distinction des temps faisait quelque chose à mon amitié, et si j'étais de ces gens qui ont besoin de lire Talmanach pour savoir quand et comment ils doivent aimer leurs amis. Je ne connais point de jour dans Tannée où je ne fasse des vœux pour votre satisfaction : le reste est un pur cérémonial que je laisse aux Italiens et aux Allemands, me contentant de la réalité, et convaincu par mille expériences que tout ce qu'on donne aux compliments est autant de rabattu sur la vérité, t
V* MODÈLE
Réponse de Jtf"* de Sévigné à sa fille.
« Vous me dites mille douceurs sur le commencement de Tannée : rien ne peut me flatter davantage.... Comptez, mon enfant, que cette année et toutes celles de ma vie sont à vous. C'est un tissu, c'est une vie tout entière qui vous
Toir.) — 1. Résumez cette lettre. — 2. Est-eUe tout siroplemeot une répon$e, comme les modèles précédents? N'y a t il pas des excuses qui •e mêlent aux souhaits? — 3. « Il y a longtemps »; ces mots prouirent que plusieurs jours au moins s'étaient écoulés depuis le !«' de l'an ; on pourrait donc voir dans ces souhaits tardifs une incon? enance, une prétention déplacée; prouvex que l'auteur s'est adroitement tiré d'affaire par ces mots : • Je tous aurais prévenu, si la dt's* Hnciion, etc. » Cette raison n'est-eUe pas pleine de déférence et de délicatesse? — • 4. Rousseau fait-il spirituellement la satire de toutes ces demi-connaissances qui usurpent le titre d'amitié ? — 5. « Quand et comment ils doivent aimer leurs amis. • Interprètes cette réflexion piquante et satirique. — 6. Comment faut-U, selon lui, entendre ramitié? — 7. Fait-il un appel à l'expérience de tous les jours pour prouver la vanité des souhaits qui ne sont dictés que par l'étiquette, « par pur cérémonial • ? — 8. Quel est le ton de cette lettre?
V» MoakLt. — 1. Réduises cette lettre à Tidée simple. — 2. Corn* mence-i-elle également par l'expression de la joie? -* 3. a Comptes
est dévouée, jusqu'au dernier soupir. Vos moralités sont admirables. Il est vrai que le temps passe parlout et passe vite. Vous criez après lui, parce qu'il vous emporte toujours quelque chose de votre belle jeunesse ; mais il vous reste beaucoup. Pour moi je le vois courir avec horreur, et m'apporter en passant Tafifreuse vieillesse, et enfin la mort. Voilà de quelle couleur sont les réflexions d'une personne de mon âge. »
VI* MODÈLE
Réponse de la même à la même.
i Si j'avais un cœur de cristal où vous puissiez voir la douleur triste et sensible dont j'ai été pénétrée en voyant comme vous souhaitez que ma vie soit composée de plus d'années que la vôtre , vous connaîtriez bien clairement avec quelle vérité je souhaite aussi que la Providence ne dérange point l'ordre de la nature qui m'a fait venir en ce
que cette année, etc. » L'assurance de la continuation de la tendresse maternelle ne constitue t-elle pas les plus belles étrennes qu'une fille respectueuse puisse recevoir? — 4. L'amour maternel a-t-il ici des accents énergiques : « c'est un tissa, etc.? » — 6. les dernières pensées de cette lettre n'ont-elles pas une teinte de mélancolie qui tient i la situation et au caractère de la personne qui écrit : « une personne do man âge^ etc.? »
Vï« Woi»Bi,E. — 1. Bésumez celte lettre. — 2. Relisez le modèle III, pige 97, et dites s'il ne présente pas beaucoup de ressemblance avec celui ci. — 3. Tusqu'ici nous avons yu la plupart des réponses aux lettres rie nouvelle année commencer par l'expression du plaisir causé par les vneux reçus ; celle-ci commence par l'expression de la rf'>M/(?^/r/ expliquez cela par la force de l'amour maternel.— « Je souhaite que la Protidrnce ne dt'range point l'ordre de la nature; •
monde beaucoup avant vous pour être votre mère. La raison et la règle veulent que je parte la première, et Dieu sait avec quelle instance je lui demande que cet ordre s'ob serve en moi ! Il est impossible que la justice de ce sentiment ne vous touche pas autant que j'en suis touchée. De là, ma fille, vous n'aurez point de peine à vous représenter quelle sorte d'intérêt je prends à votre santé. »
Précepte*.
Dans les réponses aux lettres de bonne année, on n'a donc que deux choses à faire : remercier et « rendre souhaits pour souhaits. »
La réponse doit être modelée sur la lettre reçue ; le fond étant le Même, tous les préceptes donnés plus haut pour les lettres de bonne année peuvent être appliqués aux réponses.
Le ton doit aussi être conforme à celui de la lettre reçue. Si un ami vous écrit une lettre badine et que vous alliez lui répondre sur un ton sérieux, il croira que vous ne voulez pas admettre la familiarité avec lui et cette réserve 1 u i paraîtra blessan te .
la même pensée se rencontre-t-eUe dans le modèle III? — 5. Quel est le souhait exprimé par M^e de Sévigné ? — 6. Les arguments dont elle appuie son souhait en prouvent-ils toute la sincérité? — 7. Attestent-its aussi l'attachement qu'elle voue à sa fille : a De là, ma fille, etc. V » — 8. Quel est le ton de cette lettre?
PiÉctPTES. — 1. Quelle est la règle à suivre dans les réponses aux l-'tties dô bonne année, P pour le fofid, 2» pour la forme et le ton7
102 — EXERCICES DECOMPOSITION.
I* Sujet.
Emile répond, au nom de ses parents, axix souhaits de bonne année que leur a adressés son frère EmeM.
CONSEItS.
Diverses circonstances peuvent se présenter dans lesquelles un père charge son fils de répondre pour lui : une indisposition, un empêchement quelconque, les embarras du jour, visites nombreuses à faire et à recevoir, etc., etc.
Supposons donc que, demeurant chez vos parents après avoir terminé vos études, vous soyez chargé de répondre à la lettre de bonne année de votre jeune frère. Ce «era une occasion de lui montrer que vous avez su profiter de l'instruction que vous avez reçue et de lui inspirer le désir de marcher sur vos traces.
Vous conunencerez par dire à votre frère que, sachant rimpatience avec laquelle il attend une réponse et la joie qu'il doit éprouver en la recevant, vous avez voulu hâter son bonheur. Vous êtes heureux de pouvoir être l'interprète de toute la famille.
Vous lui direz le plaisir que sa lettre a causé à vos parents : la joie rayonnait sur le visage de votre père, et vous avez vu couler une larme des yeux de votre bonne mère : c'était la première fois qu'elle avait à regretter en ce jour l'absence de son fils Ernest.
Vous pouvez lui donner, au nom de vos parents, quelques conseils salutaires.
Si la famille est nombreuse, ajoutez quelques gentillesses de la part de vos petits frères et de vos petites sœurs.
Peut-être même avez-vous quelques étrennes à luî envoyer. Si vous lui avez dérobé sa part de celles auxquelles il devait tenir le plus, les embrassements de ses parents, vous lui livrez intact le cadeau qui lui est destiné.
IL Réponse à un ami (voir sujet XV, page 93.)
CONSEILS
Votre ami vous a devancé par ses souhaits consolants ; les vôtres n'en seront pas moins sincères.
Vous êtes heureux de recevoir de nouvelles assurances de sa bonne amitié. 11 met fin à votre peine; en vous rendant ce que vous craigniez d'avoir perdu, il vous fait un bien beau présent, que vous mettez au dessus de tous les biens qu'il peut vous souhaiter. Vous espérez de jouir longtemps de son amitié.
III. Réponse de Joséphine à Laure, son ancienne amie de pension, qui, dans une position plus brillante que la sienne, ne l'a pas oubliée et lui a souhaité la bonne année.
Elle se trouve heureuse et flattée de cette démarche. A en juger d'après le plaisir que lui a fait cette lettre, sa peine aurait été bien grande si Laure avait rompu leurs bonnes relations.
Ce souvenir afiFectueux honore son amie elle-même, puisque la bonne fortune, qui gâte le cœur de tant d'autres, ne l'a pas changée.