II. /.-/. Rousseau à M. le maréchal de Luxembourg
i J'apprends, Monsieur le maréchal, la perte que vous venez de faire (de M** de Villeroi, sa sœur), et ce moment est un de ceux où j'ai le plus de regret de n'être pas auprès de vous ; car la joie se suffit à elle-même ; mais la tristesse a besoin de s'épancher, et l'amitié est bien plus précieuse dans la peine que dans le plaisir. Que les mortels sont à plaindre de se faire entre eux des attachements durables ! Ah ! puisqu'il faut passer sa vie à pleurer ceux qui nous sont chers, à pleurer les uns morts, les autres peu dignes de vivre, que je la trouve peu regrettable à tous égards ! Ceux qui s'en vont sont plus heureux que ceux qui restent ; ils n'ont plus rien à pleurer. Ces réflexions sont communes; qu'importe; en sont-elles moins naturelles? Elles sont d'un homme plus propre à s'affliger avec ses amis qu'à les consoler, et qui sent aigrir ses propres peines en s'attendrissant sur les leurs, i
m. !£•• de Sévigné à sa fille, sur la mort de Mgr. l'archevêque d'Arles, oncle de M. de Grignan, 4686.
f Vous avez bien raison, ma chère enfant, de croire que
je suis bien affligée de la perte de Monseigneur. Vous ne sauriez vous représenter combien le vrai mérite, la rare vertu, le bon esprit, et le cœur parfait de ce grand prélat me le font regretter. Je ne puis songer à sa bonté pour sa famille, à sa tendresse pour tous en général, et pour vous, et pour votre fils en particulier, sans qu'il me paraisse dans votre maison un grand vide qui ne se remplira jamais ; non, jamais, je ne crains pas de le dire : il n'y a point d'esprits ni de cœurs sur ce moule ; ce sont des sortes de métaux qui ont été altérés par la corruption du temps, et il n'y en a plus de cette vieille roche. Vous avez compris mes sentiments; vous m'avez fait bien de l'honneur, et je vous le rends en voyant les vôtres tels qu'ils sont. Il faut avoir un peu de ce bon aloi que nous regrettons pour sentir cette perte comme nous la sentons. Cette louange doit passer; car je suis persuadée qu'on est plus ou moins touché de ces grandes qualités, selon qu'on y a plus ou moins de rapport. »