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VI. rimpératrice Joséphine à sa fille, la reine Hortense

Saint Cloud, 1807.

€ Ta lettre m'a vivement touchée, ma chère fille ; je vois combien ta douleur est toujours profonde, et je le sens encore mieux par celle que j'éprouve moi-même. Nous avons perdu tout ce qu'il y avait de plus digne d'être aimé ; mes larmes coulent comme le premier jour. Ces regrets sont trop justes pour que la raison puisse y mettre un terme ; mais, ma chère Hortense, elle doit les modérer. Tu n'es pas seule au monde. 11 te reste un mari, un enfant intéressant, et une mère dont tu connais la tendresse ; tu

te dois à tout ce qui t'aime encore, et ta es trop sensible pour que tout cela ne te soit plus qu'étranger et indifférent. Pense à nous, ma chère fille ; que ce souvenir en calme un autre légitime et douloureux. Je compte sur ton attachement pour moi, et sur ta raison. J'espère aussi que les voyages et les eaux te feront du bien. Ton fils se porte à merveille; il est charmant. Ha santé est un peu meilleure, mais tu sais qu'elle dépend de la tienne.

Adieu, je t'embrasse. »

Préceptes (éiiéraiix.

Si vous voulez toucher le cœur de celui que le malheur a frappé, montrez-lui d'abord que vous comprenez son affliction, et ne craignez pas de l'exagérer; pleurez avec lui; il vous croira digne d'être écouté, et peu à peu il vous sera permis de faire entrer dans son cœur le baume de vos consolations. (1)

Faites parler le cœur: l'esprit n'a que faire dans une lettre de condoléance ; bannissez-en rigoureusement la plaisanterie et les bons mots, qui ne sont propres qu'à irriter la douleur. N'espérez pas de distraire par vos saillies un cœur profondément affligé. (2)

Faites briller l'espérance, et si la nature du malheur n'en laisse point pour ce monde, montrez celle d'une vie meilleure. (3)

Quant à la forme, la plus grande simplicité doit toujours régner dans les lettres de condoléance. Les grands mots, dit Boileau, c ne partent point d'un cœur que la misère touche. I (4)

1. QueUe marche faut-il suivre pour consoler une personne aCBigéeî — 2. Ffiut-il faire parler l'esprit ou le cœur? — 3. Faut-il in- Toquer l'espérance? Et si le malheur dont il s'agit n'en laisse aucune ? — 4. Pourquoi les lettre» de condoléance doÎYent-elles être simplet

Précepte* parilenlier*.

Les moyens de consolation doivent nécessairement varier d'après les circonstances. Or, voici les principaux cas dans lesquels on doit écrire une lettre de condoléance. (S)

On peut avoir à consoler une personne d'une de ces peines morales où le cœur est plus éprouvé que les intérêts matériels, telles que la mort d'un père, d'une mère, d'un fils, d'un ami. Associez- vous aux peines de celui qui pleure; enseignez-lui la résignation chrétienne pour ces maux qui sont sans remède ; dites-lui de songer à ce qui lui reste et non à ee qu'il a perdu. (6)

Est-il question d'adoucir les angoisses d'un ami au chevet d*un malade dont la santé lui est chère, tâchez de lui inspirer du courage, dites-lui d'en montrer au souffrant, afin de ne pas le décourager à la vue de sa faiblesse, et si le mal est sans remède, préparez-le à la résignation. Mais ayez soin de faire briller en même temps une lueur d'espoir. (7)

S'agit-il d'un de ces grands revers de fortune, où l'homme reste seul avec sa douleur et ses vrais amis, soyez fidèle au malheur : cette fidélité est la pierre de touche des grandes . âmes. Proportionnez vos moyens de consolation à la gravité de la circonstance. Les arguments à faire valoir seront : l'inconstance de l'aveugle fortune, qui nous élève et nous abaisse au gré de ses caprices, la nécessité de subordonner les biens terrestres aux biens spirituels et la vie d'épreuve d'ici-bas à celle qui nous est réservée dans un monde meilleur. Mais en même temps tâchez de relever son courage ; s'il est père de famille, il se doit aux siens, et il serait coupable s'il se laissait aller au désespoir.

dans la formel — 5. Peut-on toujours se servir des mêmes moyens de consolation? — 6. Comment faut-il s'y prendre pour consoler d« la mort d'une personne aimée?*— 7. D'une maladie qui donne des

Du reste, un revers de fortune est rarement un mal irréparable, du moins en partie : Tactivité, le temps, Téconomie sont autant de moyens de rétablir ses affaires. (8)

Pour une place, un emploi perdu, une destitution qui souvent est le résultat de Tintrigue; blâmez les indignes procédés de ceux qui, par haine ou par légèreté, se jouent de l'existence et du bonheur d'un digne père de famille. Plaignez les dispensateurs des places souvent induits en erreur, et qui, sous l'influence de la calomnie, ne tiennent pas assez compte des services rendus. Votre ami étant homme probe et honnête, sa conscience droite le soutiendra dans cette rude épreuve. Du reste, son caractère et son mérite ne peuvent manquer de lui valoir bientôt une position qui lui fera oublier celle dont il s'est vu frustré. (9)

Enfin, pour un procès perdu, on peut accuser les ruses de la chicane et mille autres circonstances qui amènent un tel échec. < Si Ton m'accusait, disait Pothier, le fameux jurisconsulte d'Orléans, d'avoir pris les tours de la cathédrale et d'en avoir mis une dans chacune de mes deux poches, je commencerais par prendre la fuite, de peur de me voir condamner. » (10)

Quand est-on obligé d'écrire une lettre de condoléanee? Pour juger de l'à-propos d'une telle lettre, il feut se mettre à la place de la personne que le malheur vient d'éprouver et tenir compte des relations que l'on a avec elle.

Il est bien rare qu'après avoir parcouru une faible partie de notre vie, nous n'ayons pas eu à supporter des 'Certes douloureuses. A peine commence-t-on à jouir de l'existence,

inquiétudes graves? — 8. De queUes consolations userex-Yous pour un grand revers de fortune? — 9. Dites comment tous chercheries à consoler un ami qui a perdu une place, un emploi? — 10, Uoanqi

que Ton voit disparaître à ses côtés des amis d*enfance ou des parents bien-aimés. Eh bien ! dans ces moments de regrets déchirants, de qui désire-t-on recevoir des consolations, si ce n*est d*un ami dont la sincérité et rattachement nous sont connus? Quant aux indifférents, leurs consolations dictées par Tétiquette, n*étant qu'une vaine formalité où le cœur n'entre pour rien, aigrissent plus souvent la douleur qu'elles ne la calment.

. N'écrivez des condoléances que lorsque des relations d'une amitié réelle vous y autorisent. (H)

EXERCICES DE COMPOSITION

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