DES LETTRES DE REMERCIEMENTS
AmUyse de modèlea.
P' MODÈLE
itf°»* de St.'Géran à M"^* de Maintenon,
« Point de procédé, Madame, plus généreux que le TÔtre : à inon insu vous demandez une grâce pour mot, vous l'obtenez et vous laissez à M. de Pontchartrain à me l'apprendre ! En vérité, la somme dont le roi augmente ma pension est trop considérable ; je n'aspirais qu'à une vie commode, et vous m'en procurez une agréable ! Il me serait bien difficile de vous exprimer ce qui se passe dans mon cœur sur vos bontés pour moi ; il en est pénétré, et je ne puis m'empêcher de vous dire tout grossièrement que je vous aime comme ma vie. Je fais marcher mon profond respect après les sentiments les plus tendres ; ce n'est point le cérémonial de la cour, mais c'est celui du cœur. »
Cette lettre commence par un hommage rendu à la délicatesse de M°** de Maintenon : « A mon insu vous demandez une grâce pour moi, vous Yobtenez et vous laissez à M. de Pontchartrain à me l'apprendre » ; cette manière ingénieuse d'échapper aux remerciements double le prix du bienfait et doit servir de leçon à ceux qui peuvent obhger les autres. (2)
Puis, M""" de St-Géran rehausse l'importance du service qui lui a été rendu : « En vérité, la somme dont le roi augmente ma pension est trop considérable; je n'aspirais qu'à une vie commode, et vous m'en procurez une agréable. » C'est un devoir, dans une lettre de remerciement, de
1er MODkLE. 1. Qucl cst l'objct de cette lettre ? — 2. Mme de St-Géran commence-t-elle par rendre hommage à la délicatesso de sa bienfai-
donner au service rendu tout le prix dont il est susceptible. (3)
Les procédés de M"* de Maintenon ont inspiré à M**"* de St.-Géran la reconnaissance la plus sincère et la plus vive : « // me serait bien difficile de vous exprimer ce qui se passe dans mon cœur sur vos bontés pour moi; il en est pénétré et je ne puis m'empêcher, etc. » (4)
Enfin il est nécessaire que le cœur ait plus de part aux remerciements que Tesprit ; et M"® de St-Géran en a tenu compte : « Ce n'est point le cérémonial de la cour, c'est celui du cœur. » (S)
Le ton de cette lettre est tendre et respectueux. C'est le langage de la reconnaissance. (6)
IP MODÈLE
J/. de la Bruyère à M. le comte de Bussiy 1691.
• Si vous ne vous cachiez pas de vos bienfaits, Monsieur, vous auriez eu plus tôt mon remerciement. Je vous le dis sans compliment, la manière dont vous venez de m'obliger m'engage pour toute ma vie à la plus vive reconnaissance
trice? En quoi consiste cette délicatesse? — 3. Exagère -t-olle l'importance du serTice qu'on lui a rendu? Est-ce un devoir d'agir ainsi dans une lettre de remerciement ? — 4. La reconnaissance de Mine de St-Gëran est-elle bien ûncère et bien vive ? — 6. faut-il faire parler l'esprit ou le cœur dans ce genre de lettres? — 6. Quel est le ton qui règne dans la lettre de M*»* de St-Géran ?
Ile MODBit. 1 . Réduisez ce second modèle à l'idée simple. — 2. Cette lettre débute-t-elle de la même manière que la précédente, c'est à dire par un hommage rendu à la délicatesse du bienfaiteur? Comparez entre elles les phrases dont le fond est le même dans ces deuK modèles. — > 3. M. de la Bruyère donne-t-il aussi l'assurance de sa gratitude? — 4. Sa reconnaissance est-elle eiprimée énergiquement? -~ 5. 5 Je voui le dis sans compliment, jt Cette réflexion ne oous proure-
dont je puisse être capable; Vous aurez bien de la peine à me fermer la bouche ; je ne puis me taire sur une action aussi généreuse.
Je vous envoie, Monsieur, un de mes livres des Caractères, fort augmenté, et je suis avec toute sorte de respects et de gratitude... »
IIP MODÈLE.
P.-Z. Courier à M. le Général **\ à Naples.
Vérone^ le 31 janvier 1808.
i Mon général, j*ai chargé M. Desgoutins de vous payer en or 945 fr. Je vous prie d'agréer en même temps mes remerciements. Le service que vous m'avez rendu, quoique venant fort à propos, m'a bien moins touché que les manières pleines de bonté dont vous l'accompagnâtes. Je sens qu'en vous rendant votre argent, je ne suis pas quitte envers vous, et malheureusement je ne pourrai jamais vous être bon à rien. Mais ma reconnaissance, tout impuissante qu'elle est, ne me pèse point du tout, et je trouve du plai* sir à vous être obligé toute ma vie. »
t-elle pas que le cœur a plus de part à ses remerciements que Tesprit. — 6. « Je voua envoie un de me» livres, etc. » Cela est-il en rapport avec la reconnaissance exprimée ? — 7. En résumé, cette lettre ne présente-t-elle pas absolument le même fond que la précédente ? — 8. Quel en est le ton et pourquoi ?
m* MODkLB. — 1. Quel est le but de cette lettre ? — 2. Courier faitil ressortir la manière dont le service a été rendu ? — 3. Serait-il délicat de se croire entièrement libéré à l'égard d'une personne en lui remboursant la somme qu'elle a eu l'obligeance de nous prêter? — 4. Trouvez-vous ici le langage de la reconnaissance? — 5. Pourquoi Courier ajoute-t-il que sa reconnaissance n'est pas un fardeau pour lui, et que bien au contraire il la regarde comme un devoir bien doux i remplir? Trouvez dans cette réflexion l'éloge du bienfaiteur et tn même temps celui de l'obligé. — 6. Quel est le ion de cette lettre?
MODÈLES DE LECTURE
Florian à M. de Boissy'd*Anglas,
23 Thermidor, an 11^
c Recevez, mon cher bienfaiteur, les tendres actions de grâces que je vous dois pour Tintérêt que vous avez pris à mon sort, pour les démarches que vous avez faites, pour la liberté, qui m'est bien plus douce en la rapportant à vo» soins. Elle est le premier des biens ; mais le premier des plaisirs est la reconnaissance, et c'est vous qui me prouvez cette sentimentale vérité.
En sortant de prison, j'ai couru chez vous. La loi me défendait de vous attendre ; il fallait la loi pour m'empêcher de jouir de ce bonheur. Accordez-le moi , mon ami^ en venant promptement me voir ; venez dîner dans ma retraite; venez me voir reprendre mon luth, couvert déjà de poussière, et sur lequel je vais chanter d'une voix plus forte la liberté et l'amitié.
Adieu, mon bienfaiteur; venez aussitôt que le noble métier que vous avez pris d'être utile vous laissera un moment ; donnez-le moi, ce moment. Je ne sentirai tout à fait ma liberté qu'en vous embrassant. »
Gesner à Florian.
(Voir IV« modèle, page 184.)
« Oui, j'ai reçu votre lettre si obligeante, et la Galatée. Tout ce que je pourrais dire pour excuser le retard de ma réponse et de mes remerciements ne m'excuserait pas ; mais il est pourtant vrai qu'une indisposition, qui m'a tourmenté presque tout l'hiver, m'avait mis dans une inaction
entière. Le printemps vient me guérir : mon premier soin est de vous écrire.
Galatée est amvée, et m'a remis la guirlande que son père m'avait destinée. Ah ! qu'elle m'a fait passer d'heures . délicieuses pendant l'hiver! Depuis le commencement des beaux jours, elle m'accompagne dans mes promenades solitaires, et les beautés de la nature donnent la disposition de sentir doublement son prix. Quelle naïveté ! quelle sensibilité ! quelle grâce dans tout ce qu'elle dit ! Espagnole d'origine, cela lui donne un air romanesque qui la rend encore plus intéressante. Si vous lui donnez des sœurs aussi aimables qu'elle, elle me sera toujours la plus chère, puisqu'elle a été la première par laquelle vous m'avez assuré de votre amitié.
J'ai l'honneur d'être, avec l'estime et l'attachement le plus tendre, Monsieur, votre... »
J,'J, Rousseau à i/""' Bourrette, 1734.
iL Recevez, Madame, mes très-humbles remerciements des vers que vous m avez fait l'honneur de m'envoyer. Leur éloge m'est interdit, puisqu'ils semblent destinés au mien ; et vous pardonnerez sans doute un peu de grossièreté à un homme aussi peu accoutumé à recevoir des compliment» qu'à en fair£ ; mais rien ne m'empêchera de rendre, en toute occasion, justice à vos talents, qui m'étaient connus, ni d'être toute ma vie, avec reconnaissance et respect, Madame... i>
Fénelon au maré4:hal de Noailles.
-mw Septembre 1690.
Monsieur, ^
t On ne peut ressentir plus vivement que je le fais jus-
qu'au fond du cœur, toutes les bontés que mon frère me mande que vous avez pour lui ; j'en serais honteux, si je ne savais le plaisir que vous prenez à en faire. Me voilà hors d'état de m'acquitter jamais du quart de mes dettes envers vous : mais vous êtes si bon qu'il est doux de vous devoir. J'espère que Dieu vous payera ; c'est à lui que je renvoie hardiment mes dettes. C'en sera une grande, si vous tirez un malheureux d'un état violent, pour le mettre en chemin de faire comme un autre, »
Boileau au comte d'Ericeyi'a.
€ Bien que mes ouvrages aient fait de l'éclat dans le monde, je n'en ai point conçu une trop haute opinion de moi-même; et si les louanges qu'on m'a données m'ont flatté assez agréablement, elles ne m'ont pourtant point aveuglé ; mais j'avoue que la traduction que Votre Excellence a bien daigné faire de mon Art poétique, et les éloges dont elle l'a accompagnée, en me l'envoyant, m'ont donné un véritable orgueil : il ne m'a pas été possible de me croire un homme ordinaire, en me voyant si extraordinairement honoré ; et il m'a paru que d'avoir un traducteur de votre capacité, de votre élévation, était pour moi un titre de mérite qui me distinguait de tous les écrivains de notre siècle. Je n'ai qu'une connaissance très-imparfaite de votre langue, et je n'en ai fait aucune étude particulière. J'ai pourtant assez bien entendu votre traduction, pour m'y admirer moi-même, et pour me" trouver beaucoup plus habile écrivain en portugais qu'en français. En effet, vous enrichissez toutes mes pensées en les exprimant; tout ce que vous maniez se change en or; les cailloux mêmes, s'il faut ainsi parler, deviennent des pierres
précieuses entre vos mains. Jugez, après cela, si vous devez exig^ de moi que je vous marque les endroits où vous pouvez vous être un peu écarté de mon sens ; quand, à la place de mes pensées, vous auriez, sans y prendre garde» prêté quelques-unes des vôtres, bien loin de m'employer à les faire ôter, je songerais à profiter de votre méprise, et je les adopterais sur-le-champ, pour me faire honneur. Mai» vous ne me mettez nulle part à cette épreuve ; tout est également juste, exact, fidèle dans votre traduction ; et bien que vous m'y ayez fort embelli, je ne laisse pas de m'y reconnaître partout. »
Le Fontenelle au roi de Pologne Stanislas.
Sire, f Jugez de ma reconnaissance de la grâce que Votre Majesté m'a faite en m'accordant une place dans son académie de Nancy, par l'idée que j'en ai. Je me crois dans le même cas que si l'empereur Marc-Aurèle m'avait admis dans une compagnie qu'il eût pris soin d'établir et de former luimême. I
FRAGMENTS
i ... En vous remerciant, Monsieur, de vos bontés et de votre ouvrage sur la cause générale des vents, du temps de Voiture on vous aurait dit que vous n'avez pas le vent contraire en allant à la gloire... » {Voltaire à M. d'Alembert.)
• Vous ne serez pas remercié, puisque vous ne voulez pas l'être; mais la reconnaissance ne perd rien au silence que vous m'imposez, i (Jf°* de Maintenons)
f J'apprends, Monsieur, le détail des obligations que je vous ai. Vous n'êtes pas de ces gens qui souhaitent du bien à leurs amis, vous leur en faites. D'autres diraient. Comment se tirer a-Uon de là? la chose est embarrassante; et quand ils auraient plaint leur homme, ils le laisseraient là et iraient souper. Pour vous, vous raccommodez tout ; et très- vite et très-bien, et vous servez vos amis de toutes façons... » {Voltaire.)
« Est-il possible. Monsieur, que vous vous soyez souvenu de la misérable petite breloque que j'avais pris la liberté devons demander! J'ensuis ravie, non pas pour elle, dont je ne me soucie en vérité point du tout ; mais parce que cette attention de votre part me marque la continuation de l'honneur de votre amitié qui me flatte et m'est extrêmement précieuse. Je vous remercie donc, et vous prie de ne plus penser à cette boite. Nous sommes gens qui donnons dans le monde, et qui ne voulons point de vieilleries : c'est bien assez d'être soi-même une antique, sans en orner ses poches. » (Jlf"' de Simiane.)
« Il y a du plaisir, mon cher ami, à vous donner des commissions, tant vous vous en acquittez bien. On ne peut rendre service ni mieux, ni plus promptement. » (Voltaire.) Préceptes.
« Celui-là peut prendre, qui goûte un plaisir aussi délieat à recevoir que son ami en sent à donner. »
Cette pensée de La Bruyère nous enseigne les obligations que nous impose un bienfait reçu. (1)
1. Citez une pensée de La Bruyère relative aux obligations que nous
La reconnaissance est en effet un devoir sacré, et négliger d'adresser des remerciements à une personne qui nous a obligés, serait une inconvenance impardonnable. (2)
Les modèles que nous venons d'étudier nous enseignent la manière dont une lettre de remerciement doit être conçue.
Notre premier devoir est de faire ressortir l'importance du service et le prix que nous y attachons. (3)
De là nous sommes naturellement amenés à vanter le crédit, l'obligeance, la générosité de celui à qui nous en sommes redevables. Mais que l'éloge soit délicat et n'alarme point la modestie du bienfaiteur. (4)
L'expression de notre reconnaissance est le point le plus important dans ce genre de lettres. « L'ingratitude, dit M"* de Sévigné, attire les reproches, comme la reconnaissance attire de nouveaux bienfaits. > (5)
Mais ici même il faut de la délicatesse : faites comprendre que la reconnaissance, qui pour tant d'autres est un fardeau, n'est pour vous qu'un devoir bien doux à remplir. (6)
Enfin les remerciements doivent être proportionnés à l'importance du service, et le ton doit être réglé d'après la qualité du bienfaiteur et la nature des relations que l'on a avec lui. (7)
impose un bienfait reçu. — 2. Peut-on omettre d'adresser de» remerciements à une personne qui nous a obligés? — 3. Quel est noire premier devoir dans une lettre de remerciement? — 4. Comment faut-il faire l'éloge* du bienfaiteur? — 5. Quel est le point le plus important dans une lettre de remerciement? Citez à ce propos une pensée de M»ne de Sévigné. — 6. Faut-il de la délicatesse dans rexpreasion de la reconnaissance même? — 7. Quelle est la mesure qu'il importe de g;arder dans nos remerciements, et quel est le ton qui doit y régner?
EXERCICES DE COMPOSITION