‹ Cours pratique de l'art épistolaireChapitre 64 sur 86 · DES LETTRES DE REC0HH4ND4TI0N · texte numérisé non relu

DES LETTRES DE REC0HH4ND4TI0N

Analyse de Modèle*.

P' MODELE

M. d'Ussé à Rousseau, 1728.

« Le tieur Leroux*Durant m'écrit pour me prier de vous le reoom* mander, Bfonsieur. 11 prétend que j'ai beaucoup de crédit sur vous; je ne sais s'il ne se trompe pas. Quoi qu'il en soit, je fais ce qu'il souhaite de moi, et je vous prie de vouloir bien lui être favorable en ce qui peut lui être utile. Il a du génie et du talent pour plusieurs chu» «es: je l'ai expérimenté à Ussé où il a été avec moi assez longtemps pour pouvoir en juger. Je vous serai obligé^ Monsieur, de l'attention que vous voudrez bien avoir à lui procurer quelque emploi qui le mette plus à son aise qu'il n'y est. Je suis persuadé qu'il s'acquittera bien des choses dont vous le chargerez. Je suis, etc. »

Les premiers mots nous font connaître Tobjet de la lettre ; c'est une recommandation : « Le sieur Leroux-Durant m'écrit pour me prier de vous le recommander, » (1) •

M. d'Ussé explique en même temps comment il a été amené à s'adresser à Rousseau. Il a cédé aux instances qui lui ont été faites : « m'écrit pour me prier ....il prétend que j'ai beaucoup de crédit sur vous ..*. je fais ce qu'il souhaite, ï (2)

Il serait peu adroit et peu délicat de se faire fort d'obtenir sans peine ce que l'on demande, car cette certitude paraitrait ne plus laisser aucune place à la reconnaissance. M. d'Ussé l'a compris, et il ajoute finement, en paraissant douter de l'efficacité de sa recommandation : € Il prétend

l*' voDÈu. — 1. Les premiers mots nous font-ils connaître l'objet de la lettre? — 2. M. d'Ussé explique-t-il comment il a été amené à

que j'ai beaucoup de crédit sur vous ; je ne sais s'U ne se trompe pas. i (3)

Il s'empresse dlnvoquer les titres que son protégé peut avoir à la bienveillance de Rousseau : t II a du génie, du talent pour plusieurs choses; » et pour donner plus- de poids à son assertion, et prouver qu'il ne recommande pas légèrement, il ajoute : t Je Tai expérimenté à Ussé, où il a été avec moi assez longtemps pour pouvoir en juger. • Du reste, pour que notre recommandation ait de la valeur il faut que nous prouvions que la personne recommandée nous est parfaitement connue. (4)

Mais quelle faveur M. d'Ussé sollicite-t-il pour son protégé? f Je vous serai obligé de Tattention que vous voudrez bien avoir à hii procurer quelque emploi. » La demande est vague et générale ; M. d'Ussé laisse le choix à Tappréciation de Rousseau. Du reste, il a eu soin de dire que le sieur Leroux a du génie et du talent pour plusieurs choses, i Ce procédé, tout en étant plus flatteur, est plus sûr, puisqu'il double les chances de réussite pour son protégé. (5)

M. d'Ussé ne pouvait oublier de dire l'intérêt qu'il lui porte : t Je vous serai obligé etc. i et le motif qui justifie ses instances pour assurer le succès de sa démarche, est dans la position précaire du protégé : « Quelque emploi qui le mette plus à son aise qu'il n'y est. i (6)

Il termine en donnant à Rousseau l'assurance que celui-ci n'aura pas à regretter d'avoir écouté sa recommandation :

•'adresser à Rousseau? — 3. Est-il convenable de se montrer trop sûr de Teffet de la recommandation? M. d'Ussé a-t-il agi habilement ? — 4. Fait-il valoir les qualités de son protégé, et parle-t-il en connai»sance de cause ? Cela est-il nécessaire, pour qu'une recommandation ait une valeur réelle? — 5. Précise-t-il la faveur qu'il sollicite? Appréciez cette manière de recommander. — 6. Pourquoi ajoute-t-il :

« Je suis persuadé qu'il s'acquittera bien des choses dont vous le chargerez, i (7)

IP MODÈLE

Ji"* la comtesse de la Siise à M. le marquis de Créqui. f Je ne présume pas assez de mon crédit auprès de vous, Monsieur, pour vouloir vous demander des choses difficiles ; mais comme, par raison de sympathie, vous devez avoir bien de la facilité d'accorder votre protection à tous les gens de cœur, je me suis engagée de vous la demander pour le gentilhomme qui vous rendra ma lettre. 11 a déjà rhonneur d'être connu de vous ; et cela étant, je vous crois tout persuadé qu'il n'est pas indigne des marques de votre bonté. Il répondra assurément par ses actions à l'honneur que vous lui ferez de lui donner part en vos bonnes grâces ; et si vous voulez compter, Monsieur, la prière que je vous en fais pour quelque chose, je vous assure que je vous en serai tout à fait redevable et que j'en aurai toute la reconnaissance, etc. »

MODÈLES DE LECTURE

Le cardinal de Bemis à Voltaire, 1775.

c Je ne saurais refuser cette lettre, mon cher et illustre

c Je vouê gérai obligé .... quelque emploi qui le mette plus à êon mise qu'il n'y est. » — 7. Comment teunine-t-il ta lettre?

Ile voDàiR. — 1. Tfouvez-vous ici une phrase semblable à la preinière phrase du modèle précédent? I^'est-ce pas le même sentiment de modestie qui TinApire? — 2. « Mais comme, par raison de sympathie, etc. » Cette phrase ne joint-elle pas habilement l'éloge du marquis à celui du protégé? Faites-en ressortir la délicatesse. — 3. t II a déjà l'honneur d'être connu de tous. » Cette circonstance ne dis* pense*t-elle pas d'énumérer les qualités du protégé? — 4. Cette lettrf se termine»t-elle également par l'expresiion de la reconnaissance ?

confrère, à deux jeunes officiers suédois qui ont fait le voyage dltalie avec beaucoup d'application et d'intelligence, mais qui croiraient n'avoir rien vu si, en retournant dans leur patrie, ils n'avaient pu, au moins un moment, voir et entendre le grand homme de notre siècle. Ils ont cru qu'une lettre de moi serait un passe-port pour arriver jusqu'à voift. Je vous prie donc de ne pas vous refuser à leur curiosité, et au désir qu'ils ont de vous présenter un hommage qui n'est pas celui de la flatterie.

Il y a bien longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles ; je n'en sais que par la renommée : ce n'est pas assez pour .mon coenr.... »

ilf"« de Genlis à If"»* la comtesse d'H**\

29 juin 1828. '

« Je désire faire une bonne action à laquelle il faut, Madame, que vous m'aidiez, et vous le pouvez par lady Lembert. Il existe une jeune personne, mademoiselle de Rivière, bien intéressante par ses malheurs, sa situation, ses vertus et ses talents ; elle désire se placer demoiselle de compagnie en Angleterre ; je répondrai d'elle à tous égards. Elle fournira en outre d'excellents répondants. Elle a eu la meilleure éducation : son écriture est charmante ; elle a le meilleur ton, une orthographe parfaite; elle est au fait de toutes nos petites formules de politesse, comme je l'ai dît ; elle a d'ailleurs plusieurs talents agréables ; je défie que l'on puisse faire une meilleure acquisition ; enfin. Madame, voyez, et soyez assez bonne pour m'aider. i

i/"*' de Sévigné à sa fille.

€ Je vous écris tous les jours : c'est une joie qui me

rend très-favorable à tous ceux qui me demandent des lettres. Ils veulent en avoir pour paraître devant vous, et moi je ne demande pas mieux. Celle-ci vous sera rendue par M. de ...; je veux mourir, si je sais son nom ; mais enfin c'est un fort honnête homme qui me paraît avoir de l'esprit, et que nous avons vu ici ensemble. Son visage vous est connu. Pour moi je n'ai pas eu l'esprit d'appliquer son nom dessus. »

Flêcliier à M***

« Un de nos bons marchands de Nimes, Monsieur, a une affaire devant vous qu'il croit juste, et qui lui est de conséquence. Comme il sait l'amitié que vous avez pour moi, i] croit que ma recommandation auprès de vous ne lui sera pas inutile. Je vous prie. Monsieur, de lui rendre la justice qu'il vous demande, et de lui faire les grâces qui accompagnent le bon droit, s'il l'a : je vous en serai très-obligé. »

Voltaire au marquis d'Argenson, 1739.

« Que direz-vous de moi. Monseigneur? Vous» me faites sentir vos bontés de la manière la plus bienfaisante ; vous ne semblez me laisser de sentiment que ceux de la reconnaissance, et il faut avec cela que je vous importune encore. Non, ne me croyez pas assez hardi, mais voici le fait : Un grand garçon, bien fait, aimant les vers, ayant de l'esprit, ne sachant que faire, s'avise de se faire présenter, je ne sais comment, à Cirey. Il m'entend parler de vous comme de mon ange gardien. — Ho ! ho ! dit-il, s'il vous fait du bien, il m'en fera donc: écrivez-lui en ma faveur. — Mais, Monsieur, considérez que j'abuserais.. . . — Hé bien ! abusez^

dit-il. Je voudrais être à lui, s'il va en ambassade : je ne demande rien ; je le servirai à tout ce qu'il voudra : je suis diligent, je suis bon garçon, je suis de fatigue. Enfin donnez-moi une lettre pour lui. — Moi qui suis bon homme j je lui donne la lettre. Dès qu'il la tient il se croit trop heureux : — Je verrai Monsieur d'Argenson !^ — et voilà mon grand garçon qui vole à Paris.

J'ai donc, Monsieur, l'honneur de vous en avertir. Il se présentera à vous avec une belle mine et une chétive recommandation. Pardonnez-moi, je vous en conjure, cette importunité ; ce n'est pas ma faute ; je n'ai pu résister au plaisir de me vanter de vos bontés, et un passant a dit : j'en retiens ma part. >

D'Àlembert à Voltaire.

f Mon cher et illustre confrère, voilà M. le comte de Valbelle, que vous connaissiez déjà par ses lettres, et que vous serez charmé de connaître par sa personne. Une heure de conversation avec lui vous en dira plus en sa faveur que je ne pourrais vous en écrire. Il a voulu absolument que je lui donnasse une lettre pour vous, quoique assurément il n'en ait pas besoin ....

Je vous embrasse de tout mon cœur, et j'envie bien à M. de Valbelle le plaisir qu'il aura de vous voir, i

Boursault à M. de QuamtéaU docteur en médecine,

€ Un apothicaire qui se donne au diable qu'il est de mes parents (je me donne au diable si je sais par où), ne jugeant pas les gens de sa patrie dignes de ses génuflexions, «t ayant dessein de s'établir en votre ville, m'a prié de vous

le recommander, et je vous le recommande. Cest urt fiomnïe' qui, charmé de sa profession, s'y est appliqué uniquement, et qui, crainte d'être dissipé, n'a jamais voulu savoir autre chose. Sa physionomie suffit pour justifier qu'il n'a pas de méchants desseins, et que, s'il lui arrive de donner de l'arsenic pour du sucre, ce sera de la meilleure foi du monde... Sur le portrait que je vous en fais, vaus jugez bien que, pour le faire passer pour habile homme, il faut que vous le soyez extrêmement vous-même, et que voici une occasion à ne rien oublier de tout votre savoir-faire. Essayez pourtant de lui être utile, quelque difficulté que vous y trouviez ; c'est moi qui vous en conjure : et je ne sais point d'obstacles que je ne sois capable de surmonter quand il s'agira de vous assurer que je suis, Monsieur, etc. »

Par une lettre de recommandation on sollicite, en faveur d'un autre, la protection dont un homme plus ou moins puissant nous honore, ou l'obligeance d'une personne qui nous a voué une amitié sincère, (i)

Ces lettres, on le voit, ont beaucoup d'affinité avec les lettres de demande. Seulement, on demande pour autrui au lieu de demander pour soi-même. (2)

Une règle dant nous ne devons jamais nous écarter, règle de loyauté et d'honneur, c'est de ne recommander que ce qui est recommandable. Agir contrairement à ce principe, c'est tromper la confiance des autres et se discréditer soi-même. (3)

PtÂccpTES. — 1. Qu^est-ce qu'une lettre de rpcommandation? — 2. Les lettres de recommandation ont-elles de la ressemblance avec le» lettres de demande? Quelle diffcrence présentent- elles? — 3. Quelle est la règle de loyauté et d'honneur qu'il faut toujours suivre duiui

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Les moyens de recommandation varient naturellement d'après la circonstance, mais voici en général ceux que Fon peut employer efficacement dans le plus grand nombre de cas :

1* Exposer clairement ce que Ton désire pour son protégé, à moins qu'on ne trouve préférable de laisser le choix à l'appréciation du bienfaiteur.

2° Faire valoir les titres de la personne recommandée, son aptitude, sa probité. L'éloge d'autrui est plus facile que le sien propre, et gêne bien moins la modestie : on est obligé d'avoir de la modestie pour soi-même, et non pour ses amis. Si l'on n'a pu apprécier par soi-même les qualités du protégé, au moins faut-il que l'on puisse affirmer que des personnes dignes de foi répondent de lui.

S** Dire le degré d'intérêt qu'on lui porte et l'importance qu'on attache au succès de la démarche : « Faites, disait Cicéron, qu'il s'aperçoive, à la manière dont il sera reçu de vous, que ma recommandation n'a rien de vulgaire. » Mais la modestie et la délicatesse nous défendent de paraître sûrs du succès.

4* Terminez par des protestations de reconnaissance pour le service que l'on attend. (4)

S'il vous arrive d'adresser une lettre de recommandation î'i^une personne d'un rang plus élevé que le vôtre, rappelez-lui sa bienveillance antérieure qui vous encourage à recourir de nouveau à elle. Parfois même il sera adroit de vous excuser de la hardiesse que vous prenez en usurpant

une lettre de recommaD dation? — 4. Quels sont en général les moyen» dont on doit U9er pour assurer le succès d'une reconoroandation, a) relativement à l'objet de la lettre ; b) relativement aux tHres du ÇroU'gé; c) à l'importance qu'on y attache; (citez à ce sujet un moi.

le rôle de protecteur. Vous y parviendrez en parlant des sentiments bienveillants et généreux du bienfaiteur, des qualités distinguées du protégé et du vif intérêt que celuici vous inspire. (5)

Enfin, quand la recommandation porte sur une affaire, un procès, elle exige des ménagements tout particuliers pour ne pas compromettre la dignité et la délicatesse de celui à qui elle est adressée. « Je devais, dit Ménage, écrire à M. le premier président, en faveur d'un de mes amis qui avait une aff'aire assez fâcheuse. Après avoir longtemps cherché sur quoi travailler, je ne trouve rien de plus beau que ce qu'Agésilas écrivait en pareille occasion à un de ses amis ; « Si Nicias n'a point failli, délivrez-le pour Tamour de vous : s'il a failli, délivrez-le pour l'amour de moi ; de quelque manière que ce soit, délivrez-le. » (6)

Nous ne donnerons pas, avec certains manuels épistolaires, le conseil d'accorder une lettre de recommandation aux instances d'un importun, sauf à en détruire l'effet par une autre lettre qui réduise la recommandation à sa juste valeur. La franchise et la dignité ne doivent point s'accomoder d'un procédé semblable. (7)

de Gicéron); d) pour roxpression de la reconnaissance? — 5. Quelle précaution devons-iious prendre quand nous adressons une lettre de recommandation à une personne d'un rang beaucoup plus élevé que le notre, et quels sont les moyens de se faire pardonner la hardiesse que Ton prend de s'ériger en protecteur ? — 6. Quand il s'agit de recommander une affaire, un procès, ne faut-il pas des ménagements tout particuliers? Citez à ce propos un trait de Ménage. — 7. Que pensez-vous d'un procédé recommandé par certains manuels et qui consiste à détruire, parune lettre à par t.reffet d'une recommandation accordée aux sollicitations d'un impoitua?

EXERCICES DE COMPOSITION

l" SUJET. Philippe à son cousin Georges.

CONSEILS

Votre jeune frère Adolphe doit se rendre dans la ville que votre cousin habite. Vous désireriez que celui-ci voulût lui servir de guide.

Parlez de Finexpérience de votre jeune frère, et du désagrément de se trouver seul dans une ville inconnue.

Vous vous excusez de la liberté que vous prenez, car c'est un service assez gênant que vous réclamez de lui ; mais vous espérez que votre inquiète tendresse pour votre jeune frère vous servira d'excuse. Tout ce qu'il fera pour Adolphe méritera votre reconnaissance, au même titre que s'il le faisait pour vous-même.

II. Claire recommande à son amie Juliette de soigner ses chères petites bêtes pendant son absence.

CONSEILS

Vous avez oubUé, en partant, ces recommandations si importantes. Vous passez en revue votre petite ménagerie.

D'abord votre bouvreuil, vos fauvettes, et vos serins auxquels il faut chaque jour de l'eau fraîche et du millet bien épluché. Puis'Jacquot, qui réclame son naorceau de sucre ; Raton, qui a fait le gros dos et la moue à votre départ et qui est d'une humeur détestable quand on tarde à lui donner son pain et son lait.

Vous recommandez à Juliette d'aller voir Médor, que vous avez mis en pension chez votre oncle ; s'il est sage, s'il se conduit bien avec le chat de la tante, il aura du biscuit de Rheims.

Enfin vous priez Juliette d'émietter tous les matins du

paîn sur la terrasse pour ces pauvres petits moineaux dû bon Dieu qui viennent en demander chaque jour si gentiment.

Vous terminez en racontant à Juliette les plaisirs de votre voyage.

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