LA COMPARAISON
Empruntons trois exemples à M"" de Se vigne.
l' EXMPLB. * En yérité j'ai eu bien de la peine. Je suis jusUment comme le médecin de Molière, qui s'essuyait le front pour avoir rendu la parole a une fille qui n'était pas muette. • (4)
Cette phrase renferme une comparaison. S'essuyer le front pour avoir rendu la parole à une personne qui n'était pas muette, c'est s'imaginer avoir fait quelque chose, quand, en réalité, on n'a rien fait. M"" de Sévigné applique cette situation à elle-même, pour faire comprendre que la chose dont il s'agit ne lui a coûté aucune peine» (5)
avantages qui rédultent de l'emploi des figures? — 3. Quels sont done les ornements que comporte le style épistolaire? Dans quelle mesure et quand peutdn en user? — 4. Lisez attentivement ce passage de M*"e de Sévigné. — 5. Qu'y découvrez-vous ? Expliquez le sens «t fai-
Cette comparaison ne manque donc ni de justesse ni d'à-propos. De plus, elle n'est point banale : empruntée à une scène de Molière, elle est piquante et heureuse dans son application. Elle est donc ici un véritable ornement du style. (6)
lU BXEHVLE. • V. le premier Président avait choisi ce docteur couime une merveiUe ; c'était lui qu'on voulait qu'il prît. R'avez- >ous point vu de ces gens qui font des tours de cartes? ils les mêlent fort longtemps, et vous disent d*en prendre une, telle qu'il vous plaira, et qu'ils ne s'en soucient pas ; vous la prenez, vous croyez l'avoir prise, et c'est justement celle qu'ils veulent. • (7)
Choix forcé, imposé, voilà le côté de ressemblance sur lequel porte la comparaison.
Elle est juste : Tune et l'autre situation nous fait voir une personne qui se croit libre dans son choix, tandis qu'elle ne fait qu'obéir à une volonté étrangère. (8)
lllo EXEMPLE, t Je laisse ici cette lettre qui partira ce soir, afin qu'autant que je le puis, il n'y ait rien de déréglé dans notre commerce. J'écris aujourd'hui comme arlequin, qui répond avant que (i'unoir reçu la lettre. » (9)
Réponse anticipée, tel est ici le point de rapprochement. La comparaison est pleine d'à-propos, vu l'identité de la situation des deux personnages. Elle, est, déplus, originale et plaisante. (10)
tes voir la justesse de la comparaison. — 6* Réunit-elle les conditions que l'on est en droit d'exiger? — 7. Lisez avec attention ce second exemple. — 8. Quel est ici le côté de ressemblance des deux objets comparés? La comparaison est-elle juste? — 9. Lisez ce troisième exemple dans le but d'y découvrir la comparaison. — 10. Quel est ici le point de rupprochement ? Cette comparaison est-elle irréprochable
Apres ces exercices pratiques, Télcvc est à même d'essayer une définition de la Comparaison. Il a pu voir par lui-même qu'elle consiste à rapprocher deux idées, deux objets, qui se ressemblent par un ou par plusieurs côtés, et à marquer les points de ressemblance qui s'y trouvent (H).
Il a pu découvrir encore que les conditions d'une bonne comparaison sont Tà-propos et la justesse : il faut que Ton aperçoive, entre les deux termes qui la composent, ces rapports et cette unité d'où elle tire tout son mérite. (12)
Enfin, qu'elle est un vrai ornement de style. On a dit très-ingénieusement que les comparaisons sont comme autant de traits de lumière, qui nous montrent dans les deux objets un rapport imprévu et frappant, et nous font embellir lepremierde tout cequinous a séduit dans le second (13).
L'ALLUSÎON.
I** KifMPLB. a Vous avez bien de la bonté, Madame, de m'apprendre que j'ai écrit une pièce d'éloquence à Madame de la Sablière ; je n'en savais rien, roici justement la fable du lièvre qui fit peur aux gre* nouilles, ■ (Cbaulieu.) (14)
. Rapprochons cet exemple de ceux qui précèdent. D'une part comme de l'autre il y a comparaison, mais ici la comparaison n'est pas complète , elle n'est que simplement indiquée. C'est une allusion. (15)
80U8 tous les rapports? — 11. Tirez de l'analyse de ces exemples une définition de la comparaison. — 12. Quelles sont d'après cela lesco/idi lions d'une bonne comparaison? — 13. la comparaison peut-elle être considérée comme un véritable ornement du style? — 14. Lisez ce passage de Cbaulieu. — 15. En quoi cet exemple ressemble -t-il
Ufo lièvre, que la peur cbasse de son terrier, arrive au bord d'un étang. Les grenouilles épouvantées se cachent au fond des eaux ; t je suis donc un foudre de guerre » s'écrie notre héros tout émerveillé. (16)
Tout le monde connaît cette fable, et Tallusion, pleine de justesse et d'à-propos, est facile à saisir. Chaulieu, tout confus de ce qu'on lui trouve de l'éloquence, compare sa surprise à celle du héros de la fable. (17)
Elle est enfin un ornement du style, car elle est une source de variété, d'originalité et de grâce (18).
II« EXEMPLE. < J^ai beau frapper du pied, disait M"*« de Sétigné ea. parlant de s^ vieiUesse, rien ne sort qu'une Tie triste et uniforme »
Allusion tirée de l'histoire : Pompée se vantait de produire des légions en quelque endroit de l'Italie que 3on pied frappât la terre. (19)
En complétant l'idée, de manière à convertir l'allusion en comparaison, l'on aurait : J'ai beau frapper du pied, pour obtenir une vie gaie et heureuse, comme Pompée, qui, en frappant la terre, prétendait faire sourdre des légions; rien ne sort qu'une vie triste et monotone. (20)
Préeeptefl.
Il résulte de ces exemples que l'allusion est une sorte de* comparaison, mais qui n'est pas expressément énoncée. Elle se borne à indiquer vaguement le rapport qui existe
aux précédents et comment en diffère-t-il? —- 16. Exposez en peu de mots le sujet de la fable de La Fontaine à laquelle ce passage fait allusion. — - 17. Cette allusion est-elle facUe à saisir? A-t-elle de la justesse et de rà-propos? — 18. Est-elle un ornement du style? —
19. Lisez le deuxième exemple. Dites V allusion qu'il renferme. -^
20. Complétez V allusion^ de manière à en faire une comparaison. -*
entre un fait exprimé et un autre qu'on ne désigne pas explicitement. (21)
On la puise dans la fable, dans Thistoire, dans une anecdote de société, dans un mot ou un fait répandu. Parfois même Tallusion rappelle un trait qui n'est connu que de la personne à laquelle ou écrit ; car une lettre n'est souvent que la suite d'une causerie de la veille. (:22)
A part les conditions qui lui sont communes avec la compai-aison, c'est-à-dire la justesse, l'à-propos et la convenance, une qualité essentielle de l'allusion est de pouvoir être facilement saisie de la personne à qui l'on s'adresse. C'est un voile transparent qui laisse entrevoir clairement la pensée, qu'elle eontribue beaucoup à embellir. (23)
L'allusion donne au discours de la grâce, de la variété, de l'originalité. Elle est même une beauté plus délicate que la comparaison, puisqu'elle a foi dans l'intelligence du lecteur, dont l'esprit jouit à la fois de ce qu'on lui dit et de ce qu'on lui laisse deviner. (24)