‹ Cours pratique de l'art épistolaireChapitre 9 sur 86 · L'ALLÉGORIE · texte numérisé non relu

L'ALLÉGORIE

l' EzEsm. « Il y avait autrefois vers le cinquante-troisième âe-^ré de latitude un bel aigle, dont le vol était admiré dam toutes les latitudes du monde. Un petit rat était sorti de sa souricière pour aller contempler l'aigle, et il fut épris d'une violente passion pour ce roi des oiseaux. Le rat vieillit depuis dans sa retraite, et il fut réduit à ronger des livres ; encore les ron^qjeait-il fort mal, parce qu'il n'avait plus de dents. L'aigle conserva toujours son beau bec, mais il eut mal à ses royale» pattes. Ce qu'on ne croira jamais, c'est que c;ît aigle* pendant sa maladie, s'amusait quelquefois à faire de fort jolis vers, qu'il daignait envoyer au rat. Puisque les chênes de Dodone parlaient, pourquoi un aigle ne feraiUil pas des vers? Le rat devenu décrépit ne pouvait plus faire que de la prose ; il prit la liberté d'envoyer à son ancien patron l'aigle quelques feuillets d'un ancien livre qu'il avait trouvé dans une bibliothèque.

P. S. — Si par hasard sa majesté l'aigle pouvait s'amuser de ces chiffons, son vieux vassal le rat lui enverrait tout l'ouvrage, par les chariots de la poste, des qu'il sera imprimé. »

(Voltaire au roi de Prusse),

Cet exemple ne diffère des précédents que par retendue : Au lieu d'une image unique que la métaphore nous présentait, nous avons ici une suite d'images, un tableau complet. C'est une allégorie. (38)

]I« ExBVPiE. (Le même écrivain, s'adressant à Helvétiut, fait passer sous le voile d'une allégorie ingénieuse des conseils pleins de sens, mais dont la franchise aurait pu blesser la susceptibilité du philosophe.)

« Votre danse haute, lui dit-il, ne doit pas se permettre un faux

style a-t-elle un avantage réel sur la comparaison? — 38. Lisez trèsattentivement ce passage ; en quoi diffère-t il des exemples précé-

pas. Boileau n'ea fait point daos ses petits meuuets. Vous êtes brillant de pierreries; son habit est simple, mais Lien fait. 11 faut que vos diamants soient bien rois en ordre, sans quoi vous auriez un air gêné avec 1& diadème en tête. Envoyez-moi donc, mon cher ami, quelque chose d'aussi bien travaillé que vous imaginez noblement ; no dédaignez point tout à la fois d'être possesseur de la mine et ouvrier de l'or qu'elle produit, t (39)

On pourrait exercer utilement les élèves à traduire quelques allégories en langage ordinaire. Ce serait la matière de devoirs instructifs et fort intéressants. L'essai que nous en avons fait nous-même, nous a donné les meilleurs résultats. Ainsi, l'allégorie adressée au roi de Prusse se traduirait à peu près en ces termes : « 11 y avait autrefois en Prusse un grand monarque dont les actions étaient admirées dans tous les pays du monde. Un homme obscur était sorti de sa retraite , etc. »

On ferait de même du second exemple. (40)

Préceptes.

L'allégorie est donc une métaphore continuée, une suite d'images qui se succèdent et s'enchaînent. (41)

Il s'ensuit qu'elle est soumise aux mêmes lois que la métaphore (N** 36) et qu'elle a les mêmes écueils à éviter. (42}

Si les passages que nous venons de reproduire (N*" 38 et 39) peuvent être considérés comme des modèles d'allé-

dents? — 39. Faites de même pour ce vieuvicme exemple. — 40. Traduisez en langage ordinaire l'allégorie adressée au roi de Prusee, (l»" exemple). — 41. Cétiuissez l'allégorie. — 42. Quelles sont les (jua* ntés que doit présenter une allégorie et quels sont les défauts qu'elle

gorie, la lettre de la Carpe au Brochet nous montre tous les défauts que peut présenter une composition allégorique : affectation, recherche, obscurité, etc. (43)

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