‹ Cours professes à l' Ecole des mines de Paris, Deuxième partie. Cours d'exploitation des minesChapitre 11 sur 53 · DES TRAVAUX D'EXPLORATION ET DB RECHERCHES EN GÈNÊRAU · texte numérisé non relu

DES TRAVAUX D'EXPLORATION ET DB RECHERCHES EN GÈNÊRAU

plus apparents à la surface que par des excavations plus ou* moins irrégulières, etpar des haldes, ou amas de matières stériles, provenant du triage des minerais exploités par les anciens.

Ces indices peuvent être complétés par des amas de scories pro*

. venant du traitement métallurgique, par des ruines de bocards ou de

fourneaux, et enfin par des traditions plus ou moins précises, sur ce

qui a été fait autrefois, et sur les causes de l'abandon des travaux.

Cet ensemble de données mérite d'être examiné avec attention et avec prudence. Les résidus des haldes et les scories donneront, aux points de vue minéralogique et métallurgique, des indications sur la nature des minerais et des gangues.

On tâchera de pénétrer dans les vieux travaux, non pas tant pour trouver le minerai en place (car il a été en général très-exactement enlevé par les anciens), que pour prendre une idée générale de l'allure du gite.

Enfin, on devra chercher à se rendre compte, autant que les traditions le permettent, des véritables causes de l'abandon de ces travaux. Souvent la tradition est entièrement muette à ce sujet, ou ne fournit que des indications très-vagues, auxquelles on ne peut reconnaître aucun caractère d'authenticité ou de précision.

C'est ainsi qu'on trouve en Espagne des traces d'anciens travaux immenses attribués aux Phéniciens; qu'en Grèce on a récemment établi des usines importantes, principalement en vue de repasser les anciennes scories plombeuses, provenant du traitement des minerais exploités pendant plusieurs siècles par la république d'Athènes. C'est ainsi encore qu'en France les travaux sur lesquels il n'existe aucune tradition positive sont uniformément attribués aux Romains, bien que Tinduslrie des mines paraisse avoir été exercée par les Gaulois antérieurement à la conquête. D'autres plus modernes sont réputés, dans le pays, faits par les Anglais, et passent pour avoir été abandonnés, soit pendant la guerre de cent ans, soit ultérieurement pendant les guerres de religion. Ce dernier cas parait être, par exemple, celui d'un certain nombre de mines métalliques de l'Aveyron, pour l'exploitation desquelles on avait fait venir des Allemands, qui ont été expulsés, après la Saint-Barthélémy, en leur double qualité d'étrangers et de protestants.

78 GOUftS D'EXPLOITATION DES MINES.

Lorsque Tabandon n'est pas dû aux événements politiques, on doit se demander s'il est dû à Fépuisement ou à l'appauvrissement des gîtes en profondeur, ou aux diUBcultés matérielles, telles que celles de l'assèchement, qui ont été en croissant avec l'étendue et avec la profondeur des travaux. On peut dire qu'aujourd'hui on a des mo'j'ens, qu'on ne possédait pas alors, soit pour la préparation mécanique des minerais pauvres et finement disséminés dans la gangue, soit pour l'extraction de ces minerais ou pour l'assèchement des travaux; on peut dire aussi que l'emploi de la poudre a apporté, dans l'exploitation proprement dite, une grande économie. Mais ces circonstances favorables peuvent être compensées, et au delà, par un seul fait d'une importance considérable : Ténorme augmentation survenue dans le prix de la main-d'œuvre.

On ne répond point à cette dernière observation, en disant que les choses n'ont qu'une valeur relative, et qu'il importe peu que le taux des salaires ait augmenté, si une augmentation proportionnelle s'est fait sentir sur tous les autres objets dont les hommes peuvent trafiquer entre eux.

En réalité, cette proportionnalité n'existe pas, en ce qui concerne la main-d'œuvre. Au moyen âge, par exemple, elle était abondante, ou offerte ; au contraire, les métaux étaient rares, ou demandés. C'est l'inverse qui a lieu aujourd'hui, et la loi économique générale qui relie ces deux termes : Voffre et la demande, loi dont on peut bien fausser l'action par la violence, mais momentanément, cette loi, disons-nous, n'a pu manquer, avec le temps, de produire ses effets naturels et réguliers.

L'examen des circonstances dans lesquelles les travaux d'une mine ont été abandonnés, demande donc à être fait avec beaucoup de discernement. Il est certain que plus d'une fois cet abandon a eu lieu, purement et simplement, par suite du renchérissement survenu dans la main-d'œuvre, ou ce qui, économiquement parlant, revient absolument au même, par suite de l'avilissement relatif survenu dans le prix des métaux.

G*est ce dernier effet qui s'est produit spécialement pour l'aiigent, lors de' la découverte de rAmérique, et qui a fait alors abandonner tant de mines en Europe. C'est lui qui est encore en voie, quoiqu'on

DBS TRAVAUX D'EXPLORATION ST DK RBCBERGHBS EN GÉNÉRAL. 1»

fasse, de se prodaire pea à peu pour Tor, depu* qu'on l'exploite si largement en Californie et en Australie.

Ainsi, on doit considérer que telle mine a pu être autrefois exploitée avec avantage, qui ne saurait l'être aujourd'hui, quand même 0D la supposerait encore vierge, et qu'il ne s'agirait que d'exécuter tQJonrd'hui les travaux qui ont été faits alors. J'insiste sur ce point, perce que Ton est souvent trop disposé à s'exagérer les conséquences des progrés techniques réalisés par l'art des mines, et à croire que ce qui a été fait par les andens peut être, par cela mime et a fortiori^ fait par nous. Cela est évident au point de vue matériel; mais comme encore aujourd'hui, malgré l'extension donnée à remploi des moyens mécaniques, la main-d'œuvre directe entre bien encore pour la moitié, sinon pour les deux tiers ou même plus, dans la valeur du produit ; il peut très-bien n'en être pas de même au peint de vue économique^ si la dépense en main-d'œuvre, rapportée à une quantité donnée du produit obtenu, a crû plus rapidement que la valeur vénale de cette quantité. Telle mine d'argent, par exemple, a pu être exploitée autrefois avec bénéfice, lorsque la production moyenne par ouvrier employé était, je suppose, de S grammes et que son salaire journalier était équivalent à fr. 0,50, qui ne pourrait plus l'être aujourd'hui,quand même les perfectionnements techniques auraient doublé la production individuelle de l'ouvrier, si son salaire est égal ou supérieur à 2 francs.

{92) Enfin les inductions tirées de l'existence de gîtes exploités dans le voisinage, méritent d'être considérées, et ont souvent conduit à des résultats fort importants.

En premier lieu, on doit se rattacher au principe déjà cité du parallélisme des gttes^ principe aux termes duquel on peut dire, d'une manière générale, qu'un gite exploité en un point donné fournit la présomption de l'existence d'un gite ou de plusieurs gites qui lui spnt coordonnés ; cette présomption est telle qu'elle justifie, en principe et à elle seule, les rech(»t^es qui pourront être faites au toit ou au mur de ce gtte. Elle s'explique, avons-nous dit, pour une couche^ par cette considération que les circonstances auxquelles est due la production d'une certaine couche, spéciale par son caractère

OU par sa composition, ont pu être plus permanentes, moins éphémères que celles qui ont produit la sédimentation pure et simple ; pour un ftlouj par cette autre considération qu'une de ces grandes ruptures d'équilibre, comme celles qui ont eu lieu dans Técorce du globe, doit produire, en général, non pas une cassure unique, mais un système de cassures parallèles, ou même plusieurs systèmes de cassures coordonnées chacune à des directions déterminées. (Voir n~ 28 et 29.)

En second lieu, le rapprochement à faire peut se présenter sous une autre forme, en ce sens qu'au lieu de chercher des gites parallèles à un gite exploité donné, on chercherait le prolongement de ce gite lui-même en des pdints où il n'est pas apparent. C'est, par exemple, ce qui arrivera si, ayant dans une région donnée un bassin houiller en exploitation, on observe un côté où le terrain houiller est recouvert par des stratifications plus modernes, sous lesquelles on le voit s'enfoncer et disparaître.

Jusqu'à quelle distance se prolonge-t-il sous ces terrains? Ne peut-on espérer, en traversant ces terrains par des travaux d'art appropriés, aller retrouver, pour le mettre en valeur, le terrain houiller sur lequel ils reposent?

Ce ne sont pas là des spéculations purement théoriques, comme on pourrait le croire. Elles sont au contraire très-directement intéressantes pour la pratique, et l'on en a tiré souvept des conséquences très-importantes.

Ainsi, c'est à leur application pure et simple qu'est due l'existence des houillères du Mord et du Pas-de-Calais, qui constituent aujourd'hui le groupe le plus important qui existe en France.

Ce groupe était complètement inexploité, et même ignoré, il y a 150 ans, alors que déjà les houillères de la Belgique étaient connue» sur la longue bande qui s'étend de Liège à Mons. En arrivant près de la frontière française, le terrain houiller, déjà partiellement recouvert à Mons, disparaissait entièrement sous un manteau continu de terrains stériles, ou morts terrains (voir n® 43). L'idée se présentait naturellement de chercher le prolongement de la zone houillère, dans la direction qu'elle affecte en Belgique, entre la frontière etValencieimes, puis entre Yalenciennes et Douai. C'est ce qui

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