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DE L'ART DES ACCOUCHEMENS
férieures deviennent souvent variqueuses surtou t lorsque la grossesse est un peu avancée. Certaines femmes éprouvent des palpitations de cœur insupportables, d'autres tombent en syncope au moindre mouvement. Le sang tiré des veines parait plus ou moins rouge, plus ou moins séreux, et oifre souvent une couenne inflammatoire plus ou moins épaisse et plus ou moins dense. Ce liquide se porte avec violence vers certaines parties du corps 'd'où il s'échappe par les vaisseaux exhalans ; de là différentes espèces d'hémorrhagies. Le visage est plus ou moins coloré. L'écoulement périodique du sang menstruel se supprime pour l'ordinaire pendant tout le temps de la grossesse ; il n'est pas néanmoins très-rare que des femmes répandent quelques gouttes de sang dans les premiers mois , qu'elles soient même réglées comme auparavant jusqu'à leur terme.
Mêmes ehangemens dans les sécrétions et les excrétions. La plupart des femmes pâlissent dès qu'elles sont grosses , et leur tissu cellulaire semble s'infiltrer ; on dirait qu'elles sont plus lymphatiques qu'à l'ordinaire ; leurs extrémités inférieures et les parties génitales externes deviennent œdémateuses. On en voit aussi dont la peau prend une teinte brune, jaune ou ictérique; et d'autres dont le visage se couvre de plaques ou taches plus, ou moins étendues. L'urine est plus limpide, quelquefois sédimenteuse. Les mamelles se gonflent et deviennent plus sensibles ; leurs aréoles s'étendent et se rembrunissent ; les mamelons se redressent et donnent du lait ou une humeur séreuse qui en a l'apparence. La surfacedela peau est sèche , froide , rugueuse , bourgeonnée ; d'autres fois , unie , couverte de moiteur , et d'une température pins ou moins élevée , plus ou moins variable. La vulve et le vagin sont secs ou inondés de mucosités. Quelquefois la salive coule à flots , et détermine un ptyalisme ou crachotement insupportable. Nous avons donné des soins à une dame très-nerveuse qui a été affectée de cette dernière incommodité depuis la conceptionjusqu' après l'accouchement.
La nutrition est plus ou moins dérangée ; certaines femmes perdent leur fraîcheur et leur embonpoint^ au commencement do la grossesse, et ne les recouvrent que vers le sixième ou le septième mois ; il en est qui
maigrissent et semblent dépérir depuis la conception jusqu'à l'accouchement; leur ventre s'aplatit , leur visage se décompose^ se flétrit et se couvre de rides ; d'autres , au contraire, jouissent d'une brillante santé pendant qu'elles sont enceintes , et paraissent plus languissantes dans les intervalles.
La grossesse influe aussi sur les organes de la locomotion. On voit des femmes qui, dès qu'elles ont conçu , deviennent indifférentes pour le mouvement. Elles tombent dans un tel état d'inertie, d'engourdissement et même de faiblesse , qu'elles ne soupirent qu'après le repos; il faudrait leur faire violence pour les déterminer à prendre le plus léger exercice. Il y en a qui éprouvent des accès d'hystérie bien manifestes. Nous avons donné des soins à deux dames dont la grossesse était digne de compassion ; l'une était affectée de violentes convulsions qui revenaient périodiquement tous les mois , et l'autre avait été saisie d'une telle rigidité tétanique , presque immédiatement après la conception , qu'elle ne pouvait exercer aucun mouvement; son corps était extrêmement courbé en devant , et formait un arc cpii ue se redressa qu'au moment où elle sentit les premières douleurs pour accoucher.
Les fonctions des sens extérieurs ne sont pas sujettes à moins d'irrégularités. La vue se trouble ou s'obscurcit ; les femmes croient voir des insectes ou des bluettes ; tout ce qui les environne semble tourner autour d'elles ; quelquefois la lumière la plus douce les fatigue et les incommode. L'audition devient plus ou moins difficile , les oreilles retentissent ou bourdonnent. L'odorat se perd, et ne peut supporter que certaines odeurs. Le goûts' altère quelquefois au point de trouver douces comme du miel et du sucre, les substances les plus aigres et les plus piquantes , telles que le vinaigre ,1e sel oulepoivre : c'estee que nous avons observé chez une dame enceinte de six mois. Le tact s'émousse ou devient plus subtil; le sommeil est tantôt profond, tantôt agité par des rêves ou des visions fantastiques.
Les facultés de l'entendement elles affections de l'àme ne sont plus dans l'état ordinaire^ l'esprit est plus lourd, plus abattu; souvent l'imagination s'exalte, les passions se réveillent, et le caractère s'aigrit. Moins de sûreté dans lesjugeinent , moins de force
PBINCIPES
dans la volonté; moins de constance dans le sentiment. Certaines femmes passent de la tristesse à lajoie , de l'amour à la haine avec une mobilité incroyable : d'autres, profondément occupées de la même idée, deviennent soupçonneuses , j alouses , même cruelles .
Tel est le tableau des divers phénomènes qui s'observent, ou des changemens que la femme éprouve tant au physique qu'au moral pendant le cours de la grossesse? Mais quelle induction peut-on en tirer quand on sait qu'ils n'ont ni continuité ni régularité ? Ils n'existent ni chez toutes les femmes, ni dans toutes les grossesses; enfin ilspeuvent être occasionés par une infinité de causes différentes , telles que l'écoulement ou la suppression des règles, les anomalies nerveuses auxquelles le sexe est si sujet, les vices organiques ou maladies chroniques des parties génitales , et surtout de la matrice et des ovaires , etc.
Cependant, quoique ce ne soient là que des signes fort équivoques ou incertains , il serait très-imprudent de ne pas. les prendre en considération, quand on est consulté par la femme qui les éprouve. Le parti le plus sûr alors est de présumer la grossesse, ou de se tenir au moins dans les bornes d'un doute raisonnable, pour ne rien précipiter et ne rien hasarder. Avec de telles précautions on gagne du temps ; la grossesse , si elle existe réellement, ne tarde pas à se manifester par des caractères plus positifs , et on n'a point à se reprocher d'avoir administré des remèdes violens et homicides qui peuvent procurer l'avortement ; ni d'avoir porté une décision qui peut faire partager à un fœtus innocent le supplice d'une coupable mère: méprises scandaleuses que d'ignorantes matrones et des médecins téméraires ont commises du temps deRiolan et de Mauriceau.
SECTION II
Des signes qui rendent la grossesse vraisemblable.
Jusqu'ici nous n'avons considéré que des phénomènes ou effets généraux qui tiennent à la sympathie de la matrice avec toute l'économie en général, et nous avons vu qu'ils ne donnaient que de faibles présomptions en faveur delà grossesse. Nous examinerons maintenant les changemens particuliers que
la matrice elle-même éprouve , et nous pèserons aussi le degré de confiance qu'ils peuvent inspirer , quand il s'agit de vérifier si cet organe contient le produit de la conception.
D'abord, un fait qu'aucun physiologiste n'a jamais révoqué en doute, c'est que la conception ne saurait avoir lieu sans augmenter les propriétés vitales du système utérin. Il s'y développe alors une nouvelle sensibilité, la femme y éprouve plus de chaleur et de ton ; elle y sent aussi plus de pesanteur. On dirait, en un mot, que le germe excite la vie des organes qui doivent contribuera son accroissement, et avec lesquels il doit pour ainsi dire s'identifier pendant neuf mois.
Cela posé, jetons un coup d'œil rapide sur les phénomènes que la matrice présente depuis le commencement jusqu'à la fin de la grossesse. D'abord , quels changemens dans son volume et dans sa forme ! Ce viscère qui, dans l'état ordinaire, n'occupe guère qu'un point dans le bassin , n'a pas plus tôt senti l'impression du nouveau germe , qu'il commence à s'élever et à s'agrandir. Ses progrès sont même si rapides , que dans l'espace de neuf mois il remplit tout le bas-ventre , et semble empiéter encore sur la capacité de la poitrine ;■ l'intestin , l'épiploon , l'estomac , etc., sont pressés, refoulés, quelquefois même forcés de s'élancer hors de leur enceinte pour lui céder l'espace. Avant la conception, ce n'était qu'un corps triangulaire et légèrement aplati , qui avait tout au plus trente lignes de long sur un pouce et demi de large , et un pouce d'épaisseur ; au terme de l'accouchement, c'est un ovoïde dont le volume est onze fois ou onze fois et demie plus considérable. A cette époque , il a environ un pied de longueur et sept à huit pouces d'épaisseur en tous sens.
Mais cet accroissement ne s'opère pas d'une manière brusque, uniforme et régulière ; il est lent, imperceptible ou peu sensible dans le commencement de la grossesse , tandis que vers le milieu il marche avec une rapidité qui étonne , tant elle paraît incompatible avec la résistance que lui oppose le tissu de la matrice. Dans les deux premiers mois qui suivent la conception , ce viscère ne sort pas encore de la cavité du petit bassin ; il semble au contraire qu'il s'y enfonce davantage , en se rapprochant
DE L'ART DES ACCOUCHEMENS
de la vulve et du périnée ; dans ce cas-là , des chirurgiens inexpérimentés , ignorans ou inattentifs , ont cru qu'il était dans l'état de relâchement ou de chute incomplète, et ont conseillé, même appliqué des pessaires pour soulager les femmes d'une incommodité qu'elles n'avaient point. Mais à la fin du troisième mois , le fond de la matrice est au niveau du détroit supérieur , qu'il déborde de plusieurs travers de doigt à la fin du quatrième. A cinq mois révolus, on le sent à deux doigts au-dessous de l'ombilic; il réjDond à l'anneau quinze jours après, et s'élève de deux doigts au-dessus vers la fin du sixième mois. Au septième, il arrive dans la région épigastrique, et vers la fin du huitième, on le trouve dans le creux de l'estomac. Pendant le neuvième mois , le fond de la matrice reste stationnante , et semble même quelquefois perdre de sa hauteur , parce que le ventre s'affaisse presque constamment à cette époque.
La figure de la matrice n'offre ni moins de lenteur, ni moins d'irrégularité dans ses changemens. Elle s'arrondit en tous sens au commencement de la grossesse; mais elle s'allonge ensuite plus qu'elle ne s'élargit, pour s'arrondir encore vers la fin, sans néanmoins perdre la forme ovoïde qui lui paraît naturelle.
Cette échelle de graduation ne saurait cependant suffire pour déterminer précisément les dimensions et la figure de la matrice ; car, à une époque quelconque de la grossesse, elles ne sont jamais les mêmes chez tous les individus , ni dans les différentes grossesses de la même femme, soit à cause des accroissemens variables du fœtus et de ses dépendances, soit à cause de la quantité plus ou moins grande des eaux de l'amnios.
Une observation non moins curieuse qu'importante pour le praticien, c'est que, pendant les six premiers mois de la grossesse , le corps et le fond de la matrice contribuent seuls à son développement, tandis que le col résiste encore et conserve pour l'ordinaire sa consistance et ses dimensions. Dans les trois derniers mois, au contraire , c'est un ordre tout différent ; alors le corps et le fond se distendent moins , et le col à son tour commence de contribuer à l'ampliation de la matrice ; il perd peu à peu de sa longueur, il s'amincit insensiblement, et offre chaque jour plus
de souplesse. Enfin , vers le commencement du neuvième mois , il est presque entièrement effacé , et la matrice n'acquiert guère plus d'accroissement jusqu'au temps du travail.
A quels raisonnemens ou plutôt à quelles subtilités le physiologiste n'a-t-il pas eu recours pour expliquer ce phénomène?
D'abord , le scalpel à la main , il a vu que le tissu du col utérin était plus ferme et plus dense que 'celui du corps. De là, son imagination n'a pas manqué de conclure que, pendant le temps de la grossesse, il s'établissait entre les fibres utérines une espèce de lutte dans laquelle celles du col, plus serrées et plus fortes , avaient l'avantage pendant les six premiers mois , et cédaient ensuite à la réaction du corps et du fond, ainsi qu'au poids du fœtus devenu plus volumineux. Une conséquence nécessaire de cette hypothèse, était que l'accouchement ou l'expulsion du fœtus et de ses dépendances ne pouvaient avoir lieu sans que l'équilibre fût rompu entre les fibres de la matrice , et sans que celles du corps et du fond eussent acquis la supériorité sur celles du col. Il résultait aussi du même principe que la naissance devait être prématurée ou tardive , selon que ce prétendu équilibre se rompait avant ou après le terme ordinaire de la grossesse ; théorie purement mécanique, plus spécieuse que solide , et à laquelle il suffit d'opposer l'observation pour la renverser. Il est de fait, et tous les praticiens peuvent l'attester, que le col de la matrice commence quelquefois de s'amollir à son extrémité inférieure ou vaginale , tandis que le cercle de sa base présente encore un bourrelet très-dur et très-compacte au toucher. Or, cela pourrait-il se concevoir en supposant une lutte dans laquelle les libres du col les plus voisines du corps devraient être attaquées et vaincues les premières ? Il est encore de fait que la matrice se développe , et que son col s'efface , suivant la même loi, dans la grossesse simple et dans la grossesse composée ; ce qui ne peut se concilier avec le système d'action et de réaction entre les fibres du corps et celles du col. Enfin , personne n'ignore que l'orifice utérin commence quelquefois à se dilater ayant l'accouchement; que-> pendant le travail , les contractions de la matrice ne sont jamais uniformes et continues, mais plus ou moins rapides et plus
PRINCIPES
ou moins énergiques ; que le délivre ou arrière-faix ne suit presque jamais immédiatement le fœtus , et que, dans le cas de jumeaux, le dernier n'est quelquefois expulsé que long-temps après le premier. Comment donc expiiquera-t-on cette progression dans le travail de l'enfantement , si l'on suppose que la rupture ou défaut d'équilibre entre les fibres du corps et du col, est la cause qui le détermine. Dans cette hypothèse, la femme ne devrait-elle pas accoucher aussitôt que la résistance du col est surmontée, et expulser en même temps un ou plusieurs fœtus avec toutes leurs dépendances ?
Quoi qu'il en soit, la matrice ne se développe et ne s'agrandit qu'en changeant pour ainsi dire d'oi'ganisation. C'est une nouvelle structure , un nouveau mode de circulation et de sécrétion, en un mot, une nouvelle vie. Dans l'état ordinaire, cet organe n'offre qu'une masse serrée , dense, blanchâtre, presque cartilagineuse, dont les fibres flexueuses forment un lacis inextricable ; on y distingue à peine quelques «vaisseaux sanguins. Mais à mesure - que la grossesse avance , le tissu en devient plus mou, plus souple et plus rouge ; les vaisseaux dont il est arrosé se déroulent , se redressent, s'allongent et acquièrent plus de calibre ; enfin , au terme de l'accouchement, les sinus utérins égalent la grosseur du petit doigt, et les lymphatiques eux-mêmes celle d'une plume à écrire. Quel merveilleux accroissement!
aussi la matrice reçoit-elle tous les jours progressivement plus de sang ou de liquides, jusqu'à ce qu'elle commence de se contracter pour expulser le fœtus ; et , dès que le travail est terminé , son tissu se resserre , ses fibres se replient , ses vaisseaux se recourbent et deviennent plus anguleux ; ils perdent de leur calibre , et reçoivent par conséquent moins de sang. De là résulte la diminution progressive des lochies 5 de là aussi la brillante et ingénieuse théorie sur laquelle Puzos a fondé la méthode d'arrêter les pertes avant et après l'accouchement.
Mais poursuivons : les changemens cpie la . matrice éprouve par rapport à son action ont encore de quoi nous étonner, tant ils paraissent incroyables. Inactive et presque inerte avant la grossesse, elle ne jouit que d'une faible ou médiocre tonicité, telle
qu'on l'observe dans les tissus blancs oïl dans les glandes secrétaires ; la sensibilité en parait même presque nulle, à moins que l'impression de quelque virus ou de toute autre cause externe ne vienne la réveiller, et y produire quelquefois des douleurs plus ou moins aiguës. Mais à peine ce viscère a-t-il reçu le produit de la conception , que sa sensibilité s'exalte jusqu'à l'éréthisme , et sa tonicité jusqu'à la contractilité musculaire. Cette dernière propriété semble même alors indépendante de la vie des autres organes, puisqu'elle subsiste encore lorsqu'ils n'exercent plus aucune action. L'observation atteste cjue la matrice a quelquefois conservé assez de force pour revenir sur elle-même et pour expulser le fœtus, quoique la femme fût tombée en défaillance et qu'elle eût même cessé de vivre.
Ce n'est donc pas à la vessie urinaire ni à une boule de cire qu'il faut comparer la matrice, pour en expliquer la distension durant la grossesse , comme l'ont fait Galien et Avicenne , et après eux Vésale et Mauriceau. Tout rejette un pareil rapprochement 5 là ce sont des cavités qui s'amincissent en se dilatant , et qui semblent céder à une force étrangère; ici, au contraire, c'est un organe éminemment érectile qui, par une activité propre et naturelle, s'agrandit , en conservant à peu près la même épaisseur ; on dirait que la matrice , en proportionnant sa capacité aux accroissemens du fœtus , se met aussi en mesure pour l'expulser quand il en sera temps. Qu'on ne croie pas cependant qu'il y ait ici de nouvelles fibres qui s'engendrent, ni de nouvelles parois qui s'appliquent aux premières; la ténuité de la matrice chez une femme qui succombe à une hémorrhagie, suffit pour écarter ce paradoxe; ce sont toujours les mêmes fibres qui s'allongent sans perdre de leur grosseur, et les mêmes parois qui s'élargissent sans s'amincir. Admirable chef-d'œuvre de la nature, vrai miracle physiologique, dont on entrevoit la raison dans les changemens que la matrice éprouve pendant la grossesse ! car ce viscère ne peut recevoir une plus grande quantité de liquides, sans recevoir en même temps un surcroit de suc nutritif, qui compense ou répare ce que la distension des parois pourrait ôter à leur épaisseur.
Mais une preuve presque démonstrative
DE L'ART DES ACCOUCHEMENS
que la matrice n'est pas entièrement passive durant la grossesse, et que son expansion n'est pas seulement l'effet d'un liquide qui en écarte les parois , c'est que ce viscère, aussitôt après la conception ^s'agrandit, se dilate et s'épaissit , avant que le fœtus y paraisse d'une manière sensible , et même lorsqu'il se développe ailleurs, comme dans le cas de grossesse extra-utérine. Bertrandi a ouvert la matrice de plusieurs femmes qui avaient péri dans les premières semaines de la grossesse , et il en a toujours trouvé la cavité plus ample qu'à l'ordinaire , quoique l'œuf n'y adhérât encore nulle part. Dans une circonstance , le fœtus était contenu dans la trompe gauche , et la matrice , quoique vide , avait acquis trois fois plus de volume. Santo.rinus rapporte des observations semblables , et Hartmann assure avoir observé le même phénomène chez les animaux dont la matrice se dilate dans toutes ses cornes , quoiqu'il n'y en ait qu'une de fécondée. Enfin, . Weinknecht rapporte une observation de grossesse tubaire où la matrice était nonseulement plus ample et plus épaisse, mais encore revêtue d'une membrane lâche , pulpeuse et semblable à la caduque de Hunter. Après des faits aussi positifs, pourrait-on refuser à la matrice une force propre et active , qu'on accorde à plusieurs autres organes , à l'iris , au mamelon , au corps caverneux, au cœur; une force dont jouissent probablement tous les muscles qui ne sont point soumis à la volonté?.
Enfin , parmi les changemens que la matrice éprouve durant la grossesse , il nous reste à examiner encore celui qui est relatif à sa situation et d'où dépend son obliquité , phénomène que les anciens n'avaient point méconnu , mais dont personne n'a eu la gloire de développer la théorie comme Deventer. Chargée du produit de la conception , la matrice ne peut pas sortir de la cavité pelvienne en s' élevant parallèlement à la colonne rachidienne; la saillie du sacrum et la convexité des vertèbres lombaires s'y opposent; elle est donc forcée de suivre l'axe du détroit abdominal jusque vers le milieu de la grossesse. A cette époque , les enveloppes du bas-ventre , d'autant plus relâchées qu'elles ont été plus distendues par les grossesses précédentes , ne peuvent plus résister à la pression qui les repousse , et laissent tomber le fond de la
matrice en avant , sur la vulve , sur les cuisses, quelquefois jusqu'aux genoux. Ce déplacement devient presque insupportable , quand il est aussi excessif; il oblige alors la femme de se redresser, et de se renverser pour ainsi dire en arrière ; ce qui l'expose chaque instant à perdre l'équilibre , si elle n'a la précaution de relever et de soutenir l'abdomen avec un suspensoir.
On conçoit donc pourquoi l'obliquité antérieure de la matrice est si fréquente et même constante. C'est un effet en quelque sorte naturel de la conformation du bassin, qui offre une large échancrure au-dessus du pubis, et dont le détroit abdominal ainsi que son axe s'inclinent en devant.
Il est néanmoins des femmes dont les muscles abdominaux offrent tant de résistance , surtout dans une première grossesse, que la position de la matrice reste toujours verticale , et semble même faire croire à une obliquité postérieure ; mais cette méprise devient impossible , si on réfléchit à la circonstance où la femme se trouve alors, et à la cause qui produit l'illusion. D'ailleurs , pour admettre cette espèce d'obliquité , ne faudrait-il pas supposer avec Levret que le sacrum et la colonne lombaire, au lieu de faire saillie en avant, reculent et s'enfoncent en arrière ? Vice de conformation qu'on ne peut concevoir, puisqu'il est entièrement opposé aux causes qui altèrent la structure naturelle du bassin.
Une autre espèce d'obliquité non moins fréquente, est celle qui fait pencher le fond de la matrice à droite ; on l'observe à peu près quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, et. on la rencontre même chez le plus grand nombre des femmes dans le commencement de la grossesse , lorsque la matrice n'a pas, encore débordé le petit bassin. Les causes de cette déviation tiennent, au moins dans les premiers mois , au rectum et à l'extrémité inférieure du colon ; ces deux portions de l'intestin situées à gauche , et distendues à certaines époques du jour par des matières stercorales, forment un bourrelet plus ou moins volumineux qui repousse le globe utérin à droite. Cette direction est encore favorisée par les efforts que la femme fait pour rendre les selles , et par la forme sphérique de la matrice qui ne peut rester long-temps appliquée sur l'angle saillant et arrondi du sacrum.
On n'observe que fort rarement l'obii-
PRINCIPES
quité latérale gauche de la matrice , et les causes n'en sont pas faciles à indiquer. Peutêtre ne se manifeste-î-elle -, comme le prétend le docteur Gardien , que lorsque le fond de ce viscère , fortement retenu par les enveloppes du bas-ventre , est parvenu à la seconde oii troisième vertèbre lombaire; à cette époque il n'est plus rejeté à droite par le rectum, et il s'incline indistinctement de l'un ou de l'autre côté. Il semble néanmoins que l'intestin qui tend toujours à se porter vers la fosse iliaque gauche, à cause de la direction du mésentère, devrait encore alors déterminer l'obliquité latérale droite. D'ailleurs , le fond de la matrice ne s'incline-t-il jamais à gauche avant d'atteindre la hauteur des vertèbres lombaires?
C'est ce qn'il faudrait examiner.
Malgré cette incertitude, l'explication que nous avons donnée des différentes espèces d'obliquité utérine doit faire rejeter les causes auxquelles des auteurs du plus grand mérite l'avaient attribuée. Tels sont l'habitude que la femme prend de se coucher constamment sur le même côté pendant la grossesse; le relâchement des ligamens qui assujétissent la matrice d'un côté ou de l'autre ; une tumeur plus ou moins volumineuse dans l'ovaire ou dans l'abdomen.
A la vérité , ces causes , quand elles existent , peuvent contribuer à l'obliquité de la matrice d'une manière accessoire.
Mais comment pourraient-elles la produire constamment, attendu qu'elles se rencontrent des deux côtés du bassin , tandis qu'au contraire , la matrice s'incline presque toujours à droite et en avant.
Attribuerons-nous, avec Levret, l'obliquité de l'utérus à l'insertion du placenta sur les côtés de ce viscère? Mais alors comment expliquerons-nous ce phénomène, lorsque le placenta correspond au fond ou au col de la matrice ? Comment expliquerons-nous l'obliquité presque constante à droite et en avant, tandis que le placenta s'insère également à droite , à gauche et en arx'ière ? En général , toute cause doit être rejetée, lorsqu'elle n'a pas une analogie directe avec l'effet qu'on veut expliquer.
La vue suffit quelquefois pour reconnaître l'obliquité de la matrice , au moins quand la grossesse est un peu avancée.
Mais , dans le commencement , on ue peut
guère en déterminer l'espèce ni l'étendue , qu'en palpant l'abdomen de la femme , pour s'assurer de l'inclinaison du fond , et en introduisant le doigt indicateur dans le vagin, pour examiner la direction du col.
Toutefois , dans ces recherches , il faut surtout éviter la précipitation , et ne jamais juger de la situation du col par celle du fond, ni réciproquement. Car, s'il est vrai que les deux extrémités de l'axe utérin , comme celles d'une bascule , s'inclinent le plus souvent en sens contraire , il n'est pas néanmoins très-rare que le col de la matrice se torde et se recourbe sur le corps comme le bec d'une cornue, pour rester au centre du bassin , ou même pour se diriger du même côté que le fond.
Les suites de l'obliquité sont plus ou moins incommodes, selon qu'elle est plus ou moins considérable, et que la grossesse est plus ou moins avancée. En effet, la matrice ne peut s'incliner vers un côté quelconque , sans presser, tirailler, et distendre les enveloppes de l'abdomen qu'elle rencontre, ni sans comprimer les nerfs et les vaisseaux qui s'y ramihent ; de là des douleurs plus ou moins aiguës dans les aines et dans les lombes , l'engourdissement , l'infiltration et l'état variqueux du membre qui correspond à l'obliquité, la contusion et la plilegmasie des parties génitales, si elles se trouvent sous le globe utérin. Mais ce sont là des accidens peu fâcheux et presque nuls, en comparaison de ceux qui menacent la femme pendant le travail de l'accouchement , et dont nous parlerons dans la suite.
Enfin, si aux chàngemens que la matrice éprouve dans son volume et sa forme , dans son action , sa structure et sa situation , nous ajoutons maintenant ceux qui ont rapport à ses dépendances , tels que la dilatation , l'allongement et l'humidité du vagin , le gonflement en quelque sorte œdémateux des grandes lèvres et de la vulve , nous aurons le tableau complet de tous les phénomènes sensibles qu'on observe dans le système utérin, depuis la conception jusqu'au terme de raccouchement. Mais ce ne sont encore là que des signes équivoques; ils n'indiquent pas plus la grossesse qu'une hydropisie ou une tympanite utérine , au moins dans les premiers mois qui suivent la conception; car, pendant cette période, la matrice éprouve à peu près les mêmes
DE L'ABT DES ACC OU CHEMENS
changemens , soit qu'elle renferme un foetus , soit que la distension de ses parois tienne à la présence d'une mole , à un amas d'hydatides , à de l'air, etc. Il faut donc attendre, pour acquérirplus de probabilités, jusqu'au milieu de la grossesse, époque où les anomalies générales que la femme éprouve après la conception commencent pour l'ordinaire à disparaître, et où le basventre, s'élevant en pointe vers le nombril , laisse une espèce de vide du côté des lombes. C'est alors seulement que les changemens du système utérin de l'abdomen donnent à la grossesse un air de vraisemblance. Mais il s'en faut bien qu'on en ait encore une certitude complète; on ne l'acquiert qu'à l'aide de signes plus positifs et plus sûrs dont il nous reste à parler.
SECTION III
Des signes caractéristiques de la grossesse.
La conception ordinaire suppose nécessairement un germe qui se développe dans la matrice , et dont il suffit de reconnaître la présence pour avoir la certitude de la grossesse. C'est là pour ainsi dire la pierre de touche ou le moyen sans lequel il est impossible d'éviter la méprise et de constater la vérité, dans une matière aussi délicate et aussi importante.
Au commencement de la grossesse, le fœtus est à peine ébauché; ce n'est pour ainsi dire qu'un atome de gélatine suspendu au milieu d'un océan de liquide; il ballotte en tous sens , et pirouette continuellement , suivant l'impulsion qu'il reçoit. La vie dont il jouit n'est pas même tout-à-fait inactive , et ne consiste pas dans un repos absolu; ses fibrilles musculaires se contractent , sa frêle machine s'ébranle , il s'agite par soubresauts , et se remue lui-même par sa propre force. Mais qu'est-ce que ce mouvement? N'est-il pas imperceptible ou trop faible encore pour se communiquer à la mère , et pour lui donner la conscience d'un être qui n'est pas elle au-dedans d'ellemême? Ce ne sont donc ni les premiers jours , ni les premières semaines , ni les premiers mois après la conception , qui sont les plus favorables pour dissiper le doute et l'incertitude que la femme peut conserver sur son état.
Mais à mesure que la grossesse avance,
le produit de la conception se développe ; ce qui n'était qu'un point gélatineux , prend de la forme et des dimensions; le fœtus acquiert plus de consistance et de volume ; il est plus pesant. La Vie qui l'anime devient plus énergique , ses muscles plus forts, son organisation plus solide. Enfin, vers le quatrième mois , rarement plus tôt, quelquefois plus tard , il se fait sentir , et dès-lors son existence n'est plus un problème. A cette époque la femme éprouve des sensations qui lui étaient inconnues , et qui l'avertissent qu'elle doit se tenir prête à devenir mère. Dès qu'elle se remue , elle sent un corps étranger, plus ou moins solide, qui tombe ou se repose sur la partie la plus déclive de la matrice. C'est là ce qu'on appelle en propres termes , le ballo ttement du foetus ; mouvement tout-à-fait passif et uniquement dû, non à l'action musculaire , mais à la force de gravitation qu'il partage avec tous les autres corps de la nature ; mouvement dont la femme est quelquefois incommodée , surtout lorsque le fœtus , ayant cessé de vivre , n'est plus qu'une masse ou une boule inerte que sa pesanteur entraîne de côte et d'autre; enfin, mouvement qui ne laisse plus aucun doute sur l'existence de la grossesse, puisque nulle autre substance que le fœtus ne peut nager ni ballotter dans l'eau del'amnios.
Ce n'est pas tout : il est encore vm autre signe qui prouve non-seulement la présence, mais encore la vie du fœtus dans le sein de la mère. C'est une sorte d'activité qui lui est propre , qui dépend , non de la volonté , mais de l'instinct, qui tient uniquement à la vie intérieure , organique ou végétative dont il est animé , et que les physiologistes comparent à celle d'un homme qui dort.
C'est uniquement le besoin de se remuer pour changer d'attitude. En vertu de cette activité , le fœtus exécute des mouvemens qui, vers le milieu de la grossesse, deviennent de plus en plus sensibles pour la mère. Alors son corps se courbe ou se redresse , ses membres se contractent ou se détendent, et vont frapper les parois de la matrice. Le choc en est même quelquefois si brusque, et si rude, dans les mois suivans, qu'il se manifeste à travers les parois du bas-ventre et les vêtemens ; souvent la femme en est réveillée durant la nuit.
Ce sont ces deux mouvemens du fœtus , l'un passif et tout-à-fait matériel, l'autre