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CHAPITRE IV

De la conduite de l'accoucheur à l'égard de l'enfant qui vient de naître.

Telle est la condition de l'homme , qu'il ne peut venir au monde ou commencer à vivre, sans éprouver le besoin, et sans réclamer quelques secours. Il serait donc très-imprudent de l'abandonner à lui-même, dans cetétatde faiblesse et de nudité, même après un accouchementnaturel. A la vérité, il est pour l'ordinaire exempt de maladie ; mais son corps exige les plus grands ménagemens. Le premier soin de l'accoucheur doit être alors de placer le nouveau-né en travers , et sur un de ses côtés , entre les cuisses de la mère, en sorte qu'il ait le dos tourné contre la vulve et le plus près possible de cette ouverture. Cette situation prévient le tiraillement du cordon ombilical , qui ne pourrait avoir lieu sans danger, et empêche que les matières qui sortent delà matrice ne tombent dans la bouche du fœtus , ou ne s'opposent à l'introduction de l'air dans ses poumons.

Cependant on se gardera bien de laisser croupir l'enfant dans l'ordure qui s'est épan-

(i) Voyez aussi ÏHygie, Journal de médecine, tome 1er 1826, pag. 3oiet3it; tome 2 page /4.0 , et tome Ier 1827 , page 5g.

DE L'ART DES ACCOXJCHEMËNS

chée sur le lit de travail , et d'où il ne s'exhale qu'un ail-humide et malsain. Attendre, suivant le conseil de quelques accoucheurs, qu'il ait été réchauffé par la mère, c'est l'exposer à l'infection et au méphitisme le plus dangereux. On le retirera donc promptement de dessous les couvertures, après avoir coupé le cordon omhilical , et on préparera ensuite tout ce qui sera nécessaire pour le nettoyer et pour l'emmaillotter.

ARTICLE PREMIER

De la section et de la ligature du Cordon ombilical.

Que d'opinions et de préceptes sur la section du cordon ombilical ! Attendez , disent quelques physiologistes avec Hippocrate, que la respiration soit bien établie , et que l'enfant ait poussé quelques cris , avant de le séparer de sa mère. Mais avec cette expectation, ne risque-t-on pas de précipiter au tombeau les enfans pléthoriques ou menacés d'apoplexie, et ceux qui, frappés d'asphyxie , ne peuvent crier ni donner aucun signe de vie en venant au monde? Gardez-vous, disent d'autres, de pratiquer l'omphalotomie , tant que vous sentirez les pulsations du cordon , et surtout ayez bien soin de graisser l'instrument dont vous vous servez , de crainte que la rouille imperceptible qui le recouvre, ne cause des convulsions ou le tétanos. Vaines alarmes , ridicules précautions , dont l'inutilité saute aux yeux , et qui ne sauraient mériter d'être sérieusement refutées. Lorsque le cordon ombilical est entortillé autour du col du fœtus , qu'il est tiraillé , ou qu'il comprime les jugulaires, et détermine la congestion cérébrale , n'est-on pas obligé d'en faire la section , quoiqu'il batte encore, et sans attendre que l'enfant crie, même .aussitôt que sa tête est sortie , avant qu'il ait achevé de naître?

Mais, dira-t-on, avant de couper le cordon ombilical, ne serait-il pas nécessaire d'y faire deux ligatures , l'une pour la portion qui tient à l'enfant , et l'autre pour l'extrémité qui reste attachée au placenta ? Cette pratique, dont l'origine remontejusqu'aux temps les plus reculés , est absolument inutile et quelquefois dangereuse , au moins quand il n'y a qu'un enfant dans la matrice. D'abord , pourquoi lier la partie du cordon

qui sort de la vulve, puisqu'on n'a point à craindre qu'elle donne passage au sang de la mère , lorsque la matrice est revenue sur elle-même et qu'elle a décollé le placenta? Supposé même que l'hémorrhagie eût lieu , que gagnerait-on par cette ligature? Ne seràit-il pas beaucoup plus rationnel de solliciter les contractions utérines , et de combattre l'état d'inertie qui est alors la véritable cause du mal ? D'ailleurs , en liant cette partie du cordon , on empêcherait le placenta de se dégorger, et on en retarderait l'expulsion.

Quant à la ligature du cordon qui tient au fœtus , la raison physiologique et l'expérience s'accordent à en prouver non-seulement l'inutilité, lorsque la respiration est bien établie , mais encore le danger , lorsque l'enfant est gorgé de sang et menacé d'apoplexie. S'il est donc essentiel alors de couper le cordon ombilical aussitôt-que l'enfant est né, rien ne presse d'en faire la ligature. On pourrait même absolument s'en dispenser dans la suite , si l'on n'avait à craindre qu'un maillot trop serré ou des cris aigus ne vinssent à suspendre la respiration, et à faire jaillir le sang par les extrémités des artères ombilicales. Il est vrai qu'on se trouve alors , pour ainsi dire , entre deux écueils. Car, négliger la ligature du cordon, c'est exposer l'enfant à périr d'hémorrhagie , et la pratiquer , c'est l'exposer à l'apoplexie, supposé que la respiration devienne laborieuse. Quel parti faut-il donc prendre ? Celui de surveiller l'enfant après la ligature, et d'écarter tout ce qui pourrait le gêner ou l'incommoder. Le sang se porte-t-il à la tête malgré cette précaution , le visage devient-il livide et gonflé, enfin l'apoplexie est-elle à craindre ; on délie le cordon et on sauve l'enfant, en laissant couler le sang dont la congestion menaçait déjà le cerveau. Cet accident, quelque redoutable qu'il soit, laissenéanmoinsplusde ressources que l'hémorrhagie qui tue souvent l'enfant avant qu'on ait seulement pu la soupçonner.

Faut-il, avant de lier le cordon ombilical, en exprimer exactement le reste du sang et des mucosités, où les Arabes, et depuis eux l'abbé de Byzanceet Claude Sarton, plaçaient le germe de la petite vérole , de l'ictère, delà croûte laiteuse, des convulsions, et de quelques autres maladies qui attaquent les enfans? Doit-on, au contraire,

PRINCIPES

refouler le sang vers l'ombilic , de crainte d'enlever au fœtus un principe de force et de vigueur , comme Aristote l'enseignait aux matrones grecques ? Enfin, le membre viril est-il d'autant plus long chez les garçons , et la matrice d'autant plus profonde chez les filles , que la ligature du cordon est plus loin de l'abdomen chez les uns et plus près chez les autres? Ce sont là des questions qu'on ne peut discuter , sans compromettre l'honneur de la physiologie moderne. Elles paraissent si oiseuses et si frivoles au premier coup d'ceil, que le vulgaire, même le plus ignorant, les rejette avec dédain. Au reste, quel que soit l'empire du préjugé à cet égard , l'usage a prévalu de faire cette ligature à deux pouces où environ de l'ombilic. On assemble pour cela quelques brins de fil , on en fait ensuite sur le cordon un , deux ou trois circulaires , dont le premier est assujéti par un nœud simple , et le dernier par un nœud double. On serre assez pour résister à l'impulsion du sang, et jamais trop, de crainte de couper les vaisseaux. Peu à peu le cordon se flétrit , se dessèche , et tombe au bout de quatre ou cinq jours ; mais cette chute n'a jamais lieu qu'à l'endroit où la peau du fœtus se termine, n'importe où la ligature a été placée.

Lorsque le cordon est infiltré, le tissu cellulaire dont il est enveloppé venant à s'affaisser, la ligature se relâche, et l'enfant est encore exposé à l'hémorrhagie. Pour prévenir cet accident , on place une seconde ligature à quelques lignes de la première ; on pratique même, avant cette opération, quelques légères mouchetures sur le cordon pour le dégorger.

Quelquefois urieanse d'intestin s'échappe à travers l'anneau , et se glisse le long du cordon ombilical , ce qui le rend plus volumineux qu'à l'ordinaire. Ce cas-là mérite toute l'attention de l'accoucheur.. On doit prendre garde de donner la mort à l'enfant, en comprenant soit dans la section , soit dans la ligature du cordon, cette espèce de hernie congéniale : méprise qui n'est pas sans exemple.

ARTICLE II

Ûe la manière de nettoyer et de. laver VEiifant.

L'enfant qui vient de naître est ordinai-

rement sale et dégoûtant; son corps est inondé de sang, et souvent couvert d'un enduit gras, plus ou moins terne, qui le rend glissant et assez difficile à saisir. Cette substance , légèrement savonneuse et insoluble dans l'eau , que certains physiologistes attribuent à une sécrétion cutanée , n'est suivant les chimistes modernes qu'une dégénérescence de l'albumine déposée sur le corps du fœtus ; elle est très-abondante aux aines, entre les cuisses, aux aisselles, au cou, derrière les oreilles , enfin partout où les organes semblent exposés à l'adhérence et à l'agglutination.

Qu'un des premiers soins de l'accoucheur soit donc de faire enlever cetto espèce de crasse onctueuse qui bouche les pores de la peau , et s'oppose à la transpiration insensible. En vain quelques auteurs scrupuleux ou peu versés dans la pratique, s'écrierontils que cette détersion est contraire au vœu de la nature, et qu'en exposant le nouveauné à l'impression de l'air , elle donne lieu aux coliques ou aux convulsions ; en vain certaines femmes , toujours esclaves du préjugé, défendront-elles de dégarnir la tête de cette espèce de croûte qu'elles nomment dans la suite casque des enfans , el qu'on croit propre à fortifier la fontanelle. Si ce raisonnement était aussi solide qu'il est mal fondé , que deviendraient ceux dont la nature n'a pas eu soin de garantir ainsi le corps ou le cuir chevelu ? car il en est un assez grand nombre qui viennent au monde sans être encroûtés d'albumine , et qui néanmoins jouissent d'une aussi bonne santé que les autres.

Le meilleur moyen de nettoyer l'enfant , est de le plonger dans de l'eau tiède , qu'on rend légèrement savonneuse et détersive, eh y ajoutant un peu d'huile ou de beurre. On détrempe ainsi la matière grasse dont son corps est recouvert , et on la fait tomber ensuite avec facilité, en y promenant seulement l'éponge d'une main légère et délicate. En outre , le bain tiède , imitant presque l'eau de l'amnios , entretient quelque temps une douce chaleur autour du corps de l'enfant, et l'habitue ainsi , par degrés, à la température ordinaire de l'air. L'addition de quelques gouttes de vin, ou même d'eaude-vie, peut aussi fairedu bain un tonique excellent , qui fortifie et ranime le nouveauné , lorsqu'il est faible ou languissant. Qu'on se garde bien néanmoins de le baigner dans

de l'eau-de-vie pure, ou dans un vin trop spiritueux. Ces liquides irritans enflammeraient la peau , qui est encore tendre , et détermineraient peut-être des convulsions , même l'apoplexie et la mort.

Quant à l'usage du bain froid , qu'un trèséloquent philosophe a voulu introduire parmi nous , il est trop dangereux et trop contraire à l'hygiène de l'enfant pour être généralement adopté comme un moyen de le fortifier. Qui ne frémirait en voyant plonger des êtres encore frêles et délicats dans de l'eau hérissée de glaçons ? Comment leur organisation, à peine ébauchée, pourrait-elle supporter un aussi prompt changement de température , sans en être crispée ou engourdie ? Onîj alléguera sans doute l'exemple des Scythes , des Germains, des Bretons , des Russes , et de quelques autres peuples du Nord. Mais, sans examiner ici quelle est l'influence des climats sur la constitution et les mœurs des habitans , ne pourrait-on pas douter, avec plusieurs physiciens , si la coutume de tremper les enfans dans de l'eau froide , ne fut pas toujours plus nuisible que favorable à la population des contrées septentrionales ? D'ailleurs , qui ne connaît les tristes avantages qu'ont retirés du bain froid plusieurs pères de famille, malheureusement trop crédules, et trop aveugle&partisans de cette nouvelle et séduisante doctrine?

ARTICLE III

De la manière d'habiller et d' emmaillatter l'enfant.

L'homme , dit un ancien naturaliste , est le seul animal que la nature jette nu sur la terre au moment de sa naissance , et le seul qui ait besoin de vêtemens, pour se mettre à l'abri des injures de l'air. Il faut donc nécessairement habiller l'enfant , et couvrir sa nudité dès qu'il est hors du sein de sa mère. Mais ici , que de précautions à prendre , que d'écarts à éviter ! Quelle main sera assez habile pour tenir un juste milieu entre le vêtement trop lâche et le maillot trop serré ? Cependant l'un , en laissant renouveler continuellement l'air sur le corps de l'enfant, le refroidirait au lieu de le réchauffer; et l'autre, en garrottant ses frêles organes , en gênerait le mouvement et la vie.

Que l'accoucheur ne dédaigne donc pas de mettre ici la main à l'œuvre , ou de présider au moins à l'habillement du nouveauné ; il ne saurait y avoir rien de minutieux ou d'indifférent à cet égard ; qu'il éloigne avec soin tout ce qui pourrait être contraire aux principes de l'hygiène ou à l'éducation physique de l'enfant. Un simple béguin et un bonnet suffisent pour garantir la tête. Si l'on craint que cette coiffure ne se dérange etque l'enfant ne s'enrhume , on peut l'assujétir au moyen d'un petit mouchoir plié en triangle et médiocrement serré. Cette espèce de bandage serait bien préférable à la bride transversale , qui pourrait écorcher le menton et comprimer les glandes salivaires , à moins qu'elle n'en fût écartée par une bandelette fixée au-devant de la poitrine. La têtière ou bande attachée de chaque coté au maillot vers les épaules est absolument inutile, pour tenir la tête droite pendautles premiers jours. Qu'on bannisse surtout les épingles de la toilette de l'enfant ; elles peuvent , en piquant la peau ou en traversant la fontanelle , donner lieu à des cris continuels , aux convulsions et à la mort , comme cela est arrivé à des enfans dont parlent de Haën et Undervood.

Le cou ne doit être garni que d'un fichu. La poitrine et les bras seront revêtus d'une petite chemise et d'une camisole ou de brassières qu'on croisera derrière le dos. On appliquera sur le ventre un bandage légèrement compressif qui contiendra le bout du cordon jusqu'à sa chute , et qui raffermira l'anneau ombilical , encore trop faible pour s'opposer à la hernie.

Trois compresses, dont deux larges de deux ou trois pouces en carré, et l'autre assez longue pour faire le tour du corps, rempliront cette double indication. L'une des deux premières , échancréé au milieu et fendue à l'un de ses bords, recevra le cordon qu'on renversera sur le bord opposé et vers le côté gauche , pour ne pas comprimer le foie de l'enfant qui est à droite. La seconde s'appliquera par-dessus , et la troisième assujétira le tout par un circulaire , qu'on fixera au moyen de quelques points de couture ou de deux petits rubans. Cela fait, on enveloppera le reste du tronc, depuis les aisselles jusqu'aux pieds, d'une couche de toile et d'une pièce de futaine ou de laine, dont on relèvera l'excédant au-de

PRINCIPES

vant des jambes , et qu'on assujétira avec quelques bandelettes.

Le grand art de vêtir l'enfant qui vient de naître, est détenir ses langes médiocrement serrés. Ils entretiennent ainsi une douce chaleur auteur de son corps, sans en gêner les mouvemens. On peut même en tirer parti pour contenir , appuyer ou redresser les membres , lorsqu'ils sont faibles ou difformes. Mais, dans aucun cas, ils ne doivent devenir des liens ou des entraves , pour comprimer ou torturer le nouveau-né.

Qui ne connaît aujourd'hui l'abus et l'inconvénient de l'ancien maillot , contre lequel les philosophes et les physiciens ont tant déclamé pendant près d'un siècle ? Autrefois les nourrices ne se contentaient pas de serrer fortement les enveloppes de l'enfant, et de les assujétir avec des épingles ; elles croyaient encore que , pour le soutenir et le fortifier, il fallait le garotter avec une forte et longue bande de toile , depuis les pieds jusqu'aux épaules ; les bras mêmes n'étaient affranchis de cette torture qu'au bout de six semaines, mais pendant le jour seulement : coutume barbare et meurtrière, que l'ignorance avait inventée , et que le préjugé accréditait de jour en jour! Emprisonné dans un maillot, l'enfant était roide et immobile pendant plusieurs heures de suite; quoique naturellement vif et ennemi du repos , il était condamné à garder constamment la même position, quelque gênante qu'elle fût. Aussi la poitrine et le bas-ventre étaient rétrécis, les viscères comprimés et quelquefois chassés de leur enceinte ; la respiration, la circulation , la digestion et les sécrétions n'étaient plus libres , ni régulières ; l'ossification était dérangée, ou restait incomplète; les chairs encore molles et pour ainsi dire gélatineuses , étaient aplaties , et comme froissées sous les contours du funeste garrot ; les muscles paralysés ou sans action n'acquéraient ni force, ni vigueur; les membres et le corps étaient contraints de prendre la direction et la tournure qu'on leur imprimait. En un mot, la nature n'était plus comptée pour rien, et l'art le plus absurde comme le plus nuisible , avait prévalu pour dégrader le physique de l'homme.

Qu'arrivait -il ? l'enfant était presque étouffé dès sa naissance par ses vêtemens ; joint à cela que le berceau, qui ne devait

être qu'un lieu de repos, devenait encore pour lui une autre cruelle prison, un affreux tombeau , où il était jeté j>ieds et mains liés, et retenu par quelques tours de lisière ou de sangle. Aussi l'infortuné dépérissait-il au lieu de croître , ou ne traînait plus qu'une vie douloureuse , triste et languissante. Cet état habituel de gêne et d'angoisse plus ou moins voisin de l'apoplexie, se manifestait toujours parle gonflement et la couleur violette du visage, par des cris plaintifs , par un sommeil interrompu ou laborieux , souvent par des convulsions , quelquefois par des coups de sang ou par d'autres maladies qui immolaient l'innocente victime , lorsqu'on la faisait long-temps gémir dans son étroite captivité. Parmi ceux qui avaient le bonheur de survivre à ce genre de supplice, on en voyait dont les membres étaient difformes ou mal contournés , et dont le tronc était mal affermi dans la station. Tantôt c'était la colonne vertébrale qui, trop brusquement redressée , ne pouvait prendre les courbures ou inflexions nécessaires poin.* balancer le centre de gravité; tantôt les différentes parties du corps, neconservantplus leur symétrie ou proportion, naturelle, lui donnaient un air grotesque et ridicule. Dèslors il n 'y avait plus d'élégance dans les formes ,plus de noblesse ou demajestédans le port, plus de grâce dans le maintien, plus de fermeté dans la démarche. Que devenaient les enfans disposés à la nouure ou au rachitis , au carreau , aux scrophules et à d'autres maladies, dont l'abus du maillot devait nécessairement seconder et multiplier les ravages ? Quand on réfléchit sur les effets des langes et des bandes qui entouraient autx-efois l'homme naissant, faut-il s'étonner qu'on trouvât dans la société tant d'individus estropiés ou bizarrement contrefaits ?

ARTICLE IV

De l'Education physique et morale de l'enfant.

L'enfant qui vient de naître est naturellement si frêle et si délicat , qu'il semble chanceler pendant quelques jours entre la vie et la mort. En butte à tous les dangers , il a continuellement besoin de secours de toute espèce ; et le Pline français n'a pas

DE L'ART DES ACCOUCHEMENS

dit sans raison , que le roi de l'univers , dans cet état de misère et de douleur , était plus faible qu'aucun des animaux.

C'est donc au médecin-accoucheur de diriger, pour ainsi dire, les premiers pas de l'homme dans la carrière de la vie , et de surveiller les premiers élémens de son éducation physique et morale. Car , sans expérience et sans raison, comment serait-il capable, à cet âge, de discerner ce quijui est favorable ou nuisible dans les objets qui l'environnent ou qui le touchent, et dans les substances qui lui servent d'alimens? comment pourrait-il régler l'usage de ses organes et de ses sens ?

Que l'enfant , aussitôt qu'il est nettoyé et habillé , soit mis dans un appartement spacieux et bien exposé. L'air qu'il respire doit être pur et d'une température modérée; celui qui croupit dans des alcôves trop enfoncées, ou dans des endroit bas, ne tarderait pas à l'incommoder. Il en serait de même de celui qui serait trop froid ou trop chaud, trop sec ou trop humide ; qu'on le tienne surtout à l'abri des vicissitudes trop brusques de l'atmosphère, ou qu'on l'y habitue par degrés, de crainte qu'il ne s'enrhume. L'air imprégné de miasmes , de contagions ou de vapeurs fétides , ne peut être que malsain et délétère pour des poumons qui commencent à respirer. Voilà , sans doute , pourquoi la mort enlève un si grand nombre d'enfans dans les hôpitaux où la misère les entasse, et pourquoi ceux qu'on couche trop long-temps près de leur mère , ou de vieux parens , deviennent chétifs ou valétudinaires. On ne conçoit guère en effet comment le nouveau-né peut retirer quelque avantage dans cette espèce de contact ou d'incubation, à moins qu'il ne soit d'une faiblesse extrême 5 et dans ce cas-là même , l'hygiène ne fournirait-elle pas des moyens plus sûrs et plus prompts de le réchauffer et de le fortifier ?

La lumière est nécessaire à l'enfant ; il semble même la rechercher comme par instinct. Mais il serait dangereux de l'exposer trop promptement à l'impression de ce fluide , qui est un des principaux excitans de l'économie animale. Ses yeux encore tendres et délicats en seraient fatigués, éblouis , peut-être même blessés pour toujours. Qu'on le fasse passer insensiblement de l'obscurité à une douce clarté , afin de l'accoutumer à supporter tout l'éclat du

grand jour. On doit surtout le placer en face delà lumière et des objets qui l'amusent, de crainte qu'il ne louche ou qu'il ne regarde de travers. Loin de lui encore les sons trop bruyans ou trop discordans ; son oreille en serait choquée ou dérangée, et son repos troublé ou interrompu.

Que la nourrice ait soin de tenir l'enfant dans la plus grande propreté , et pour cela qu'elle le change de vêtemens lorsqu'il en aura besoin ; qu'on lui nettoie même chaque fois les fesses et les environs avec de l'eau tiède, pour en prévenir l'excoriation. Les langes seront toujours proportionnés à la saison; et dans aucun cas , ils ne pourront être assez serrés pour gêner le mouvement du tronc ou des membres. Que la couche de toile , appliquée immédiatement sur la peau , ne soit jamais trop froide , trop humide, ni trop rude. Le berceau où l'enfant repose doit être garni d'un petit matelas de crin , de paille d'avoine ou de fougère. On en bannira la plume , le duvet ou la laine , dont la chaleur serait incommode , et dont la mollesse pourrait favoriser la mauvaise attitude du corps. On y placera d'abord l'enfant sur l'un ou l'autre côté , la tête et les épaules un peu élevées, pour l'aider à rejeter la salive ou les glaires dont sa poitrine est plus ou moins embarrassée , et on l'y assujétira au moyen de quelques croisés de bandes ou de rubans. On peut recouvrir ce petit lit, pour modérer l'impression de la lumière ou du froid, mais le rideau en sera toujours un peu entr'ouvert , et assez élevé, pour permettre le renouvellement de l'air.

Il ne suffit pas à l'enfant de respirer après sa naissance, il fautencore , pour continuer de vivre , qu'il prenne de la nourriture. L'exemple des animaux qui tètent leur mère en venant de naître , indique assez clairement le vœu de la nature à cet égard. Quelle erreur ou quel préjugé de condamner le nouveau-né à un jeûne plus ou moins sévère , lorsque tout annonce qu'il se porte bien , et de ne lui accorder qu'un peu d'eau sucrée , lorsqu'à force de cris il réclame quelque chose de plus nourrissant ! Que la mère lui offre donc promptement le sein dont il paraît avide , et qu'elle continue encore de le nourrir de soii propre lait, jusqu'à ce qu'il puisse digérer des alimensplus forts. C'est là un devoir naturel et sacré , sans lequel la femme ne peut être complc-

PRINCIPES

tement mère, et dont rien ne peut la dispenser qu'une 'maladie grave , certaines bienséances , ou quelquevice moral. Le lait maternel est l'aliment qui convient à l'enfant sous tous les rapports. Naturellement séreuses , les premières gouttes de cette liqueur , auxquelles on donne le nom de colostrum , titillent son intestin , détrempent ou délaient le méconium , et en favorisent l'excrétion. Elle devient ensuite plus abondante et plus substantielle de jour en jour, à mesure que le nourrisson grandit et se fortifie ; elle pourrait même suffire pendant long-temps à ses besoins.

Cependant il y aurait des inconvéniens à ne donner à l'enfant que le sein delà mère. Il pourrait bien en imposer alors par la fraîcheur et l'éclat de sa peau ; mais il aurait plus de bouffissure que de graisse ; et quelque beau qu'il fut , son corps ne présenterait point cette fermeté , ni cette consistance qui caractérisent l'embonpoint et le coloris de la santé; ce ne serait, comme on le dit vulgairement, qu'une chair de lait. Outre cela , l'enfant , ne suçant que le mamelon , risquerait de dépérir , si l'on était obligé de le sevrer sur-le-champ, à cause de quelque maladie de la mère. C'est donc une très bonne précaution de l'accoutumer de bonne heure à quelque nourriture un peu plus solide que le lait. Passé les cinq ou six premiers mois , pourquoi ne lui donnerait-on pas quelques cuillerées d'une panade , d'une bouillie ou d'une crème de pain bien faites. Il est vrai qu'on a beaucoup déclamé , dans les derniers temps , contre ces sortes d'alimens ; mais l'expérience a démontré que ces reproches étaient mal fondés ou exagérés. Le premier seprépare en faisant bouillir de lacroùtedepain , eten y ajoutant, à mesure qu'elle se gonfle, du bouillon fait avec quelques onces de veau et de bœuf; on l'aromatise ensuite avec un peu d'eau de fleurs d'oranger, et on l'édulcore avec du sucre. Pour corriger ou diminuer la viscosité de la bouillie , on a soiu de faire sécher au four la farine de froment ou la fécule de pomme de terre , avant de les détremper dans le lait. On a vu élever encore de très-beaux enfans, quoiqu'ils n'eussent pris que de la semoule avec cette liqueur. Enfin on prépare la crème de pain , en faisant d'abord tremper dans l'eau du pain séché au four; puis on le fait bouillir , en le remuant de temps en

temps ,~et en y versant de l'eau chaude , à mesure qu'il s'épaissit sur le feu ; on y ajoute une pincée d'anis avec un peu de sucre , et on passe le tout à travers un tamis de crin. Lorsque de puissans motifs empêchent la mère de nourrir le fruit qu'elle vient de mettreau jour, il faut nécessairement qu'elle le confie à une nourrice étrangère. Mais comment trouvera-t-elle une autre soimême , c'est-à-dire une femme qui ait le même âge , le même tempérament, la même santé, et dont le lait soit parfaitement analogue au sien et aux besoins de l'enfant ? Comment trouvera-t-elle dans une mercenaire la probité , la douceur, la complaisance, la sensibilité, l'attachement, l'affection , la tendresse ; en un mot , toutes les qualités d'une véritable mère ? Ces réflexions seraient vraiment affligeantes, et bien capables de porter la désolation dans l'ame des parens , si l'expérience n'avait démontré que toutes les nourrices ne sont pas des marâtres. Heureusement le plus grand nombre , moyennant un prix modique , se dévouent avec une générosité qui étonne pour le salut de leurs nourrissons; la plupart même, il faut le dire à leur louange , sont préférables aux mères qu'elles remplacent. La saine et robuste villageoise , qui est uniquement occupée de son ménage, ne vaut-elle pas beaucoup mieux, par exemple, sous le rapport de l'allaitemeut, que l'opulente citadine , dont la plus grande occupation est souvent de satisfaire ses goûts et ses caprices? Convenons que la fureur du jeu, des bals et des spectacles , ainsi que mille autres vices ou passions, qui tourmentent la femme au -sein des grandes villes , sont peu propres à foi-mer une bonne nourrice , et peu compatibles avec les soins et la vigilance qu'exige le premier âge. Aussi n'est-ce guère plus que dans les campagnes qu'on trouve encore cette salubrité de l'air, et cette douce tranquillité de lame, qui contribuent si bien à la bonté du lait; et sans cette ressource, que deviendraient les villes elles-mêmes? Comment viendraiton à bout de repeupler ces grandes familles, que tant de genres de destruction et de mort viennent assaillir ? C'est donc dans la paisible chaumière du laboureur, dans cet asile où l'innocence s'est reléguée, et où les bonnes mœurs régnent encore, qu'il faut transplanter quelque temps l'enfant après sa naissance , lorsque la mère veut se dis-

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penser de le nourrir, ou qu'elle est forcée de renoncer à cette noble fonction à cause de quelque maladie , telle que la stérilité du sein, la phthisie, le rachitis , les dartres, le scorbut, les écrouelles , la pierre, la gravelle , la goutte , et autres affections qui peuvent influer sur les propriétés du lait.

Mais dans le choix d'une nourrice , que d'écueils à éviter! Il faut avoir égard à son âge, à sa constitution ou à son tempérament , à sa santé , à son caractère et à ses mœurs, à son habitation , à sa manière de vivre , à la quantité et à la qualité de son lait. On la prendra depuis vingt jusqu'à trente-cinq ans , d'une bonne constitution et d'un médiocre embonpoint ; qu'elle soit habituellement saine et exempte de toute maladie , sans difformité apparente , plutôt brune que blonde, jamais rousse; qu'elle ait la bouche garnie de belles dents , les gencives fermes et en bon état , l'haleine douce, les mamelles d'un volume ordinaire, parsemées de veines bleuâtres, l'aréole un peu monticuleuse, le mamelon bien percé et d'une longueur convenable. On doit rejeter celle dont la peau est couverte d'éruptions , dont la transpiration a une odeur forte ; celle qui a des fleurs blanches, des glandes engorgées , etc.

Qu'une nourrice, dit le philosophe de Genève , soit aussi saine de cœur que de corps , c'est-à-dire , qu'elle n'ait ni maladie ni vice moral ; qu'elle soit d'une humeur douce et enjouée. Celle qui serait naturellement emportée ou sujette à se mettre en colère , qui aurait du penchant à la haine , à l'envie ou à la jalousie , qui fréquenterait les cabarets ou les lieux de débauche , serait un véritable fléau pour le nourrisson.

Le séjour qu'elle habite doit être propre, commode et bien aéré. On doit préférer les. lieux un peu élevés à ceux qui sont naturellement bas, humides et marécageux.

L'exposition de l'est ou du nord est plus saine que celle de l'ouest ou du midi.

Que la nourrice s'observe sur la quantité et la qualité des alimens. Celle qui , naturellement gloutonne, croit avoir plus de lait en surchargeant son estomac , est dans l'erreur; elle digère mal , et compromet ainsi la vie de l'enfant : une nourriture douce et proportionnée à ses besoins doit suffire. Le règne végétal ou le règne animal, ou plutôt l'un et l'autre en même temps fourniront à sa subsistance. On pré-

tend néanmoins que les végétaux rendent le lait plus sucré; mais là-dessus il faut moins consulter la théorie et la pratique , que le goût et l'habitude de l'individu. Les assaisonnemens trop relevés, les épiceries^ les salaisons, les viandes fumées, le lard rance et le vieux fromage doivent être proscrits. Le vin pur et les liqueurs spiri tueuses sont dangereux ; point de café ni de chocolat, si l'on n'y est déjà accoutumé.

La nourrice doit fuir l'oisiveté et la vie trop sédentaire ; un exercice modéré dans l'intérieur de sa maison , et souvent en plein air, lui est utile ; c'est un excellent moyen de favoriser la nutrition et d'améliorer le lait. Qu'elle règle le repos de la nuit entre la veille excessive qui ruine le corps , et le sommeil trop prolongé qui l'engourdit. Les lits trop durs ou trop mous nuiraient également à sa santé : il n'y a qu'un juste milieu qui convienne à cet égard.

La quantité et la qualité du lait varient suivant une foule de circonstances. Il est d'autant plus séreux qu'il est moins ancien j peu coloré dans le premier mois; tirant sur le bleu , à six semaines ou un peu plus tard ; d'un blanc mat , doux et sucré à cinq ou six mois. En général, l'accoucheur ou le médecin exercé présument, avec raison, qu'il est bon et doué de toutes les qualités requises , lorsque le nourrisson qui le suce s'en trouve bien. C'est peut-être là un moyen beaucoup plus sûr de constater la bonté du lait , que d'en faire couler une goutte sur l'ongle ou sur une glace , pour en examiner la consistance , ou de le soumettre àl'ébullition,pour savoir s'il tourne à l'aigre , ou enfin de le recevoir dans la bouche même après l'avoir bien rincée , pour en connaître le goût et l'odeur. Toutefois ce n'est ici qu'une analogie, qui n'est pas toujours infaillible ; car , de ce que le lait d'une femme est salutaire à son propre enfant , on en conclurait mal à propos qu'il doit avoir la même propriété pour celui d'une étrangère. On est donc toujours forcé de donner quelque chose au hasard dans le choix d'une nourrice , sauf à la changer ensuite, si elle ne. convient pas , et si l'enfant qu'on lui confie vient à dépérir au lieu de profiter.

Il est toujours très-important , quoi qu'en disent certains auteurs , de proportionner l'âge dulaità celui de l'enfant; et lorsqu'on ne rencontre qu'une nourrice déjà mère

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PRINCIPES

depuis long-temps -, il ne faut au moins jamais manquer de lui faire prendre quelques délayans , pour rendre son lait plus séreux et plus analogue à la faiblesse de l'estomac qui doit le digérer. Malgré cette précaution , le sein n'étant plus épuisé chaque jour comme à l'ordinaire , il en résulte une sorte de superfluité ou de redondance, que le vulgaire attribue au renouvellement du lait par le nourrisson : préjugé grossier, dont la fausseté saute aux yeux.du physiologiste le moins éclairé.

Qu'on se garde bien aussi de suivre les rigoureux préceptes des anciens , qui interdisaient le plaisir de l'amour à la femme qui nourrit. Cette privation , trop longtemps prolongée , finirait par exciter le besoin de la nature , que la femme ne pourrait réprimer sans se faire violence , et dont le cri serait peut-être plus puissant que celui de la raison. De là pourraient résulter des accès de tristesse et de mélancolie , qui produiraient l'altération et la suppression du lait , inconvénient d'autant plus à craindre, que la femme serait plus jeune, plus lascive et plus habituée aux jouissances vénériennes. Il suffit donc de lui recommander la modération à cet égard , qu'elle sache aussi mettre un intervalle raisonnable entre le devoir conjugal et l'allaitement.

Mais la nourrice , dira-t-on , en cohabitant avec son mari , peut devenir enceinte. Qu'importe ? pourvu que son lait ne perde ni de sa quantité ni de sa consistance , et que le nourrisson continue de profiter.

L'exemple des animaux qui portent etnourrissent en même temps, et celui de plusieurs femmes qui ont continué de donner le sein jusqu'au terme de l'enfantement , prouvent , d'une manière incontestable , que l'état de grossesse n'est pas aussi incompatible avec l'allaitement qu'on pourrait l'imaginer. Il en est de même de l'écoulement des règles ; on l'a vu rarement nuire à la santé de la nourrice , et altérer la qualité de son lait , lorsqu'elle était robuste. Ce n'est que lorsqu'elle est naturellement faible et délicate , que cette évacuation périodique, jointe à celle du lait, pourrait l'épuiser plus vite, et tourner au préjudice de l'enfant ; mais , dans ce cas , il est prudent qu'elle s'abstienne de nourrir. Si l'enfant ne refuse le sein que pendant la période menstruelle , qu'il profite d'ailleurs dans l'intervalle, on suspend alors l'allaitement,

et on y supplée par quelque aliment artificiel. On le suspend aussi durant la plupart des maladies aiguës, à moins qu'elles ne soient très-légères et incapables d'altérer le lait , comme la fièvre éphémère des nouvelles accouchées, la petite-vérole bénigne, ou l'intermission d'une fièvre tierce.

D'après les règles que nous venons de tracer sur le choix d'une nourrice, on sentira facilement Terreur que commettent la plupart des personnes riches et opulentes qui , sous prétexte de mieux élever leurs enfans , font venir les nourrices de la campagne à la ville , où elles leur procurent toutes les commodités de la vie. Parens aveugles ! à qui une tendresse mal entendue fait méconnaître leurs véritables intérêts ! Séquestrée de son ménage , et arrachée pour ainsi dire à ses habitudes , comment la femme des champs s'accoutumera-t-elle à son nouveau domicile ? Elle s'y trouve déplacée, l'ennui vient l'y surprendre, elle y languit ; tant il est vrai que l'abondance, sans le contentement de l'ame, ne procure jamais de santé ni de bonheur parfaits ! Bientôt son lait se détériore , et l'enfant qui le suce dépérit ou ne profite point. En vain invoquerait-on alors le secours de la médecine ; en vain changerait-on de nourrice , l'état de l'enfant ne deviendrait pas meilleur. Il n'y a qu'un remède , c'est de les renvoyer l'un et l'autre à la campagne ; ils y seront à peine , qu'ils se ressentiront de la douce influence de l'air qu'on y respire.

Lorsque la mère ne peut plus allaiter son enfant , ou que la nourrice à qui elle l'a confié tombe malade, et qu'on ne peut la remplacer sur le-champ , il faut recourir à l'allaitement artificiel ou au lait des animaux. A ne consulter que l'analyse chimique , celui d'ânesse ou de jument est préférable à tout autre , parce qu'il a le plus d'analogie avec celui de femme ; mais l'usage a prévalu , et on n'emploie guère que le lait de vache ou de chèvre. Quel que soit celui des deux derniers auquel on donne la préférence , il serait à désirer que l'enfant pût le prendre lui-même au trayon , conformément au vœu de la nature ; mais cela n'est guère praticable qu'avec la chèvre , qu'on dresse assez facilement , et qu'on accoutume à reconnaître le nourrisson, qui la tète. Le lait de cet animal serait donc généralement adopté , s'il n'avait l'inconvénient de donner trop de vivacité , et de

DE L'ART DES ACC OU GHEMENS.

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