II
causer de l'insomnie à l'enfant. Il ne convient qu'à celui qui naît de parens scrophuleux , ou dont la lymphe est dans une sorte de stagnation et manque d'activité. Le lait de vache , quoique soupçonné de rendre le nourrisson plus apathique et plus lent , est le plus généralement substitué à celui de la mère ou de la nourrice. On le prend pour cela environ trois semaines après le part , et , pour le rendre meilleur, on soigne la nourriture de l'animal, qu'on envoie paître en plein air , et dans de grasses prairies , où il ne croît que des herbages salutaires.
Naturellement plus caséeux et plus butyreux que le lait de femme , celui de vache ne peut être donné pur à l'enfant qui vient de naître. On doit donc le couper avec un autre liquide , tel qu'une légère décoction d'orge ou de chiendent , l'eau de guimauve ou de capillaire , lémulsion d'amandes douces , ou mieux encore le petit-lait préparé sans acides. Pour imiter la nature , on diminue chaque jour la proportion de ce délayant , et on augmente la consistance du lait, à mesure que l'enfant grandit, jusqu'à six mois , époque où il peut le prendre sans aucun mélange. C'est vraiment alors que cette liqueur possède toutes ses qualités naturelles , et qu'elle est riche de tous ses principes. En sortant du pis de la vache , elle porte , avec son arôme , une douce chaleur qui dispense de la faire chauffer , et l'enfant peut la boire à longs traits , avant que le repos ou le contact de 1 air aient encore pu la décomposer , ou la disposer à l'acescence.
La cuiller ou le biberon , tels sont les instrumens les plus propres à l'allaitement artificiel. Le premier cause moins de flatuosités , moins de tranchées et de dévoiemens séreux; le second est plus commode et plus expéditif , quand il s'agit de nourrir beaucoup d'enfans , comme dans les hôpitaux. Une éponge fine , allongée en forme de mamelon et recouverte d'une légère gaze , remplit le goulot de la petite bouteille , et y est assujétie au moyen d'un fil , de crainte que l'enfant ne l'attire et ne l'avale en suçant. Ce petit appareil est lavé chaque fois, pour en ôter le reste du lait qui pourrait s'y aigrir.
C'est une chose très-difficile que de régler l'enfant dans les premiers jours de l'allaitement , soit naturel , soit artificiel ;
comme il prend peu de nourriture à la fois, le besoin se renouvelle presque aussitôt , ou très - fréquemment. Qu'on se garde néanmoins de le faire téter à toute heure ; car, outre que cette méthode épuiserait la mère ou la nourrice , elle ne ferait que gorger le nouveau-né sans lui être utile. Le grand point est de lui donner ce qu'il faut, ou ce qu'il peut digérer; et là-dessus , l'intelligente sollicitude d'une mère vaut mieux que tous les préceptes de l'art; avec un peu de patience et d'adresse , elle l'habituera à ne prendre le mamelon que lorsqu'il sentira de l'appétit. Que l'enfant tète quatre ou cinq fois le jour, et une ou deux fois la nuit, c'est assez. Avec cette économie la nourrice trouve le temps de prendre le repos nécessaire ; son lait est mieux élaboré 7 et l'enfant en tire plus de profit. Qu'elle attende toujours plusieurs heures après le repas , avant de donner le sein , à moins qu'elle n'ait pris quelque substance médicamenteuse , dont l'effet doit se transmettre au nourrison. Si elle a long-temps supporté la faim ou la fatigue , elle prendra quelque liquide , avant de donner à téter ; mais elle refusera toujours le mamelon à l'enfant, après une vive émotion de l'âme , telle que la colère, ou la peur , etc. , de crainte de lui causer des convulsions.
L'allaitement doit durer plus ou moins de temps , selon que l'enfant est plus faible ou plus robuste. En général , la mère ou la nourrice ne doit cesser de lui donner le sein que lorsqu'il peut se passer de lait, et digérer des alimens plus solides : c'est ordinairement après l'éruption de ses vingt premières dents. L'époque du sevrage est donc indéterminée , puisqu'elle ne peut être la même pour tous les individus. Le terme de huit mois qu'on assigne pour les enfans les plus robustes , ou celui d'un an pour les plus faibles , ne sont rien moins qu'indiqués par la nature. On en a vu jouir de la meilleure santé , quoiqu'ils n'eussent tété que six mois ; d'autres , au contraire , ont été allaités jusqu'à vingt et même trente mois , sans en éprouver la moindre incommodité. Quelques praticiens prétendent que la lactation prolongée au-delà d'un anproduit une gourme plus forte chez les enfans , et les dispose au rachitis ou aux scrophules; mais combien de faits ne pourrait-on pas alléguer en faveur de l'opinion contraire ? Le parti le plus sûr est
PRINCIPES
de toujours sevrer le plus tard possible.
Le sevrage trop brusqueserait également nuisible à la nourrice et à l'enfant ; on doit <lonc y procéder par degrés et d'une manière insensible. On diminue progressivement la lactation , jusqu'à ce que l'enfant ne tète plus qu'une fois par jour. Ensuite , on ne lui donne le sein que tous les deux ou tous les trois jours , jusqu'à ce qu'on le lui ait fait oublier entièrement. Mais on a soin d'augmenter en même temps et dans la même proportion , les alimens qui doivent suppléer au défaut de lait , en sorte que le nouveau-né prenne toujours la même quantité de nourriture.
Tout ce que l'enfant consomme durant l'allaitement ne tourne point à son profit ; il n'y a que la partie chyleuse qui soit absorbée et destinée à réparer ses pertes , ou à favoriser son accroissement. Le reste , devenu inutile, est rejeté sous le nom d'excrémens ou de résidu de la digestion. Il faut donc que les différentes voies de l'excrétion en général soient libres chez le nouveau-né , sans quoi tout ce qu'il y a d'impur et d'impropre à la nutrition dans son corps , ne pourrait en être éliminé , et sa santé ne tarderait pas d'en éprouver quelque dérangement. Qu'on entretienne donc la liberté des selles et des urines chez l'enfant qui est encore à la mamelle. C'est une précaution indispensable, surtout pendant la crise de la dentition , qui est plus ou moins orageuse. Il conviendrait même de l'accoutumer de bonne heure à une certaine règle , pour remplir cette fonction ; c'est pour cela que Locke conseille de le présenter au bassin plusieurs jours de suite à l'heure du lever, qui est la plus commode, parce qu'on est alors plus libre dans la société.
Si le niéconium coule difficilement chez le nouveau- né, on en favorise l'issue, en lui donnant quelques cuillerées d'eau sucrée ou miellée , ou bien un peu d'huile d'amandes douces avec le sirop de chicorée. Ces légers évacuans conviennent encore , lorsque les enfans éprouvent des coliques , à la suite d'une constipation plus ou moins opiniâtre ; mais l'abus des médicamens est un écueil fort dangereux pour ces êtres encore faibles et chancelans.
Une des excrétions les plus nécessaires pour la santé de l'enfant , est la transpiration insensible , dont l'émonctoire existe à
la surface de tout le corps. Comme elle suppose toujours la propreté et la perméabilité de la peau , on n'aura pas de peine à concevoir l'utilité des lotions , des bains et des frictions , pour en ouvrir les pores.
Qu'on lave de temps en temps l'enfant , de la tête aux pieds , avec une éponge trempée dans l'eau tiède , à laquelle on ajoutera un peu de vin ou d'infusion aromatique. Ce procédé , outre qu'il décrasse et fortifie l'organe cutané , prévient la vermine , dont la plupart des enfans sont rongés , ainsi que les différentes espèces de tumeurs au cou , de croûtes à la tête , et d'éruptions au visage , qu'on connaît sous le nom de gourme. Le cuir chevelu , détergé par le lavage , se couvre aussi peu à peu de son enveloppe naturelle , et les ciseaux ou le rasoir ne sont presque jamais nécessaires pour la dépouiller de ce bel ornement.
Locke et Floyer, en Angleterre, et après eux , Rousseau , en France , ont conseillé l'usage des bains froids , pour fortifier les enfans. Mais , plus philosophes que médecins, et plus philanthropes qu'observateurs, faut-il s'étonner qu'ils aient tant exagéré un moyen dont il n'appartient qu'à l'expérience de constater la propriété , ou les avantages et les inconvéniens? Le froid , en général, est l'ennemi de l'enfant qui vient de naître ; il nuirait surtout à celui qui serait naturellement faible , à moins qu'il ne conservât assez de ton ou de force réactive, pour en supporter l'impression. Dans le cas contraire, on aurait à redouter l'engourdissement et la contraction des membres , même l'apoplexie et la mort. Ce n'est donc que le bain tiède qu'il faut employer, mais avec discrétion, comme un moyen d'entretenir la propreté des enfans. D'ailleurs, l'instinct de l'individu doit servir de règle là-dessus : et si quelque circonstance exigeait lusage du bain froid , il ne faudrait jamais y plonger l'enfant brusquement, mais après lui en avoir fait contracter l'habitude par degrés. On nous citera peut-être les anciens Gaulois , nos ancêtres, dont les femmes, dit-on, aussitôt qu'elles étaient accouchées , allaient ellesmêmes baigner leurs enfans dans les rivières ou les fleuves qui étaient à leur portée; mais de tels exemples ne sont point imitables de nos jours. Le temps des Ségovèzes et des Bellovèzes n'est plus , et très-certainement ce serait un mauvais moyen de
DE L'ART DES AC COUCHEMENS
favoriser la propagation d'un peuple civilisé , que de vouloir le rappeler aux mœurs grossières , dures et même barbares de quelques hordes sauvages qui ne vivaient que dans les bois.
Voulez-vous apprécier l'effet des frictions sur l'enfant ; promenez légèrement votre main sur son dos quand on le déshabille ; vous le voyez alors s'étendre , s'allonger , même sourire , comme pour vous témoigner le bien-aise qu'il éprouve, etpourvous engager à continuer. Ce genre de mouvement communiqué est capable de suppléer à l'exercice , et en a tous les avantages ; il réveille la sensibilité de la peau , favorise la transpiration insensible , et rétablit l'équilibre dans toute l'économie animale. La main seule, le linge, la flanelle froide ou chaude, ou imprégnée de vapeurs aromatiques , la brosse et le peigne , tels sont les instrumens propres à appliquer les frictions . Elles doivent être partielles ou générales , plus ou moins fréquentes , et plus ou moins prolongées , suivant la force et la constitution de l'individu. On doit les administrer le matin , dans un appartement où règne une douce température ; elles sont les plus avantageuses dans les saisons pluvieuses et dans les climats naturellement humides.
On aurait tort d'exiger beaucoup d'exercice de l'enfant qui vient de naître. A peine a-t-il quitté le mamelon , qu'il s'endort et se repose; le sommeil lui est d'autant plus salutaire , qu'il est plus prolongé , et rien ne contribue autant à l'assimilation des sucs qu'il digère. Qu'on se garde donc de le réveiller lorsqu'il goûte ce bienfait de la nature , et qu'on le couche peu de temps après qu'il a tété. L'enfant qui se porte bien, et querien ne gêne ou n'incommode , a bientôt fermé la paupière ; il suffit pour cela de le placer dans un lieu un peu obscur et éloigné du bruit ; quelquefois même le sommeil le prend entre les bras de la nourrice , ou lorsqu'il a encore ses lèvres collées à la mamelle. On n'a donc besoin pour l'endormir, ni de lui chanter des airs monotones , ni d'agiter son berceau. Cette dernière pratique est néanmoins d'un usage presque universel , et des médecins la croient même très-propre à développer l'enfant , parce qu'elle l'expose à la percussion de l'air ; mais dans le fait elle a trop d'inconvéniens pour être approuvée. D'abord , l'enfant contracte tellement l'habitude d'être bercé ,
qu'il ne peut plus s'endormir autrement. Bientôt même on est obligé de lui imprimer des secousses si violentes , qu'il peut en résulter des vomissemens ou des convulsions. Enfin , le sommeil qu'on lui procure alors n'est qu'un état de stupeur, voisin de l'apoplexie.
A mesure que l'enfant croît et se développe, ses rapports avec les objets extérieurs se multiplient , et il a moins besoin de sommeil. Que la nourrice le tienne donc plus long-temps levé qu'à l'ordinaire ; qu'elle l'accoutume même par degrés à ce qui peut troubler son repos, sans néanmoins le réveiller trop brusquement ou en sursaut, de crainte de l'effrayer et de lui causer des convulsions. Un exercice modéré et proportionné à ses forces , contribue aussi à le rendre plus vigoureux. Qu'on lui communique d'abord du mouvement en le tenant sur les bras , ou en faisant rouler son berceau ; qu'on le laisse ensuite, de temps en temps , s'agiter tout nu , sur son petit lit ou sur une espèce de natte , principalement dans les saisons chaudes ; les petits efforts qu'il fait alors pour se soulever ou se redresser, ne contribuent pas peu à le fortifier. D'abord, il rampe , il se traîne, il culbute ; puis il recommence et retombe encore. Cependant ses reins deviennent plus forts , ses pieds et ses jambes se raffermissent, enfin, il se lève et chancelle; mais bientôt il s'accroche au premier objet qui se présente , et s'aventure à faire quelques pas. Le voilà lancé ; il ne demande plus qu'à courir et à folâtrer. Le mouvement et l'agitation sont pour lui un besoin naturel.
Mais que cet apprentissage est long ! que d'essais, que de faux pas , que de chutes, que de contusions , que de larmes ! Pour éviter tous ces accidens , on a soin d'entourer la tête d'un bourrelet plus saillant que le nez. Quelquefois la nourrice dirige ellemême les premiers pas de l'enfant , en le tenant à la lisière ou en le mettant dans une espèce de chariot. Mais ces instrumens sont en général beaucoup plus nuisibles qu'utiles , et ne valent jamais la main de la nature. La lisière gêne l'estomac, comprime la poitrine qu'elle jette en arrière, soulève les épaules etfait pencher la tête en devant. Le chariot, à cause de sa dureté, contond les parties qu'il touche, ne soutient l'enfant que par les bras , et abandonne le corps entier à son propre poids. De là des con-
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formations plus ou moins vicieuses , telles que la tête enfoncée , le cou raccourci , les épaules élevées , etc.
L'enfant qui vient de naître ne paraît sensible qu'à la douleur ; il pleure , il crie , parce qu'il souffre ou qu'il sent le besoin ; mais il n'a encore aucune idée des objets extérieurs ; il est sans désirs et sans passions ; il n'obéit qu'à l'instinct; en un mot, sa vie intellectuelle ou morale est entièrement nulle. Ce n'est que vers le quarantième jour qu'il commence de s'établir une espèce de correspondance entre lui et ce qui l'environne. Jusque-là , ses sens externes , pour ainsi dire muets et assoupis , n'ont pu exercer qu'une bien faible action ; mais alors ils s'éveillent, et deviennent autant d'instrumens propres à la sensation et à la génération des idées. Bientôt le sens intime s'établit , l'entendement s'organise, et la volonté se prononce ; la raison parait un peu plus tard.
Qu'on commence donc l'éducation morale de l'homme lorsqu'il est encore au berceau, et qu'on profite de sa flexibilité naturelle , pour lui former l'esprit et le cœur. La première enfance est l'âge de l'imitation ; on suce , pour ainsi dire , avec le lait les bonnes comme les mauvaises impressions ; et les habitudes qu'on contracte alors, sont d'autant plus difficiles à détruire dans la suite, qu'elles ont poussé de plus profondes racines. Ce qui est naturel ne se réforme guère, et on a raison de dire que si l'homme a des qualités ou des vices , c'est sa nourrice qui doit en être louée ou blâmée la première, parce qu'elle fut son premier instituteur.
L'éducation des sens est le premier objet dont on doit s'occuper ; car sans eux point d'idées , point de jugement , point d'intellect, point d'homme , en un mot. Comme la vue, l'ouïe et le tact sont ceux qui transmettent le plus d'impressions à l'ame , et que d'ailleurs ils se développent plus vite que les autres , il est de la dernière importance d'en bien diriger ou perfectionner l'usage. Que l'impression reçue soit toujours conforme à l'objet qui l'a produite; voilà le point essentiel , pour acquérir des connaissances exactes. Mais l'enfant, en venant au monde , ne peut jouir encore de ce privilège , qui est le fruit de l'exercice et de l'habitude. Que d'erreurs ne commet-il pas avant de distinguer l'apparence d'avec
la réalité ! Tout ce qu'il voit , tout ce qu'il entend lui semble appliqué contre sa pupille ou contre son tympan. Dans cette illusion , il tend naturellement la main pour saisir tout ce qu'il aperçoit, et la longueur de son bras est la première mesure qu'il emploie pour juger de l'éloignement des corps. Cependant le tact se développe peu à peu , et vient au secours de la vue et de l'ouïe, qu'il rectifie. L'enfant marche, et commence à se transporter vers les objets qu'il n'avait pu que contempler jusqu'alors; il les touche , et apprend à connaître ainsi leur distance , leur forme , leur température, leur dimension et leur solidité.
Quela nourrice s'applique donc de bonne heure à prémunir l'enfant contre l'erreur ou l'illusion des sens externes. Qu'elle lui apprenne surtout à se méfier d'une première impression, et à ne juger des objets qu'après les avoir bien considérés; c'est le moyen de le rendre moins présomptueux à l'avenir et moins sujet aupréjugé. L'enfant qui, naturellement trop mobile ou trop nerveux , prend facilement l'alarme et s'épouvante pour la moindre chose , exige encore de plus grandes précautions. On doit l'habituer insensiblement à supporter la présence de tous les objets qui pourraient le frapper trop vivement. Que la nourrice s'en approche d'abord seule , et qu'elle les touche pour lui inspirer de la confiance. L'enfant demandera bientôt à les voir de près; il les touchera, et finira par ne plus rien craindre. C'est ainsi qu'on l'empêche d'être ombrageux ou accessible à la peur. Qu'on évite de le laisser seul dans une trop profonde obscurité, de crainte qu'il n'y soit saisi d'effroi ; il faut aussi lui inspirer une juste méfiance pour tout ce qui pourrait lui être nuisible , tel que le feu , l'eau , les précipices , certains animaux , etc.
Le raisonnement ne peut avoir de prise sur l'esprit de l'enfant à la mamelle ; il n'y a que l'exemple qui l'entraîne. Aussi, dès qu'il commence à balbutier, répète-t-il comme un perroquet tout ce qu'il entend; il imite et contrefait tout ce qu'il voit. Qu'on se garde donc bien alors de tenir des discours peu honnêtes en présence de cet être innocent; il en coûterait peut-être à l'avenir pour les lui faire oublier. Les parens qui, pour se divertir, apprennent des traits de malice à leurs enfans , ceux qui font semblant de dire des injures, de maltraiter
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des animaux ou de gourmancler des domestiques devant eux, leur donnent le plus mauvais exemple. A coup sûr ils en feront des lutins et des espiègles , dont ils auront plus d'une fois à souffrir ; heureux encore , s'il n'en font pas de petits tyrans ou des despotes dont ils seront les premiers esclaves !
Tout ce que l'enfant voit pique sa curiosité ; mais ce serait le gâter, que de lui accorder tout ce qu'il demande. On doit lui refuser tout ce qui peut lui être nuisible. S'il insiste , on sera sourd à ses importunités ; on ne cherchera pas même à le dédommager, en lui accordant quelque autre chose. Manquer de fermeté dans ces occasions , c'est lui rendre un mauvais service. S'il obtient tout ce qu'il demande, bientôt il voudra ce qu'on ne pourra lui accorder. Il commence par être fantasque ou capricieux , et finit par être opiniâtre et altier . Les sensations sont l'origine des affections de l'âme. L'enfant qui sent distingue bientôt ce qui le flatte et le satisfait, d'avec ce qui le choque ou le blesse. Voyez comme il s'attache à la nourrice dont il sent chaque jour les bienfaits ! comme il sourit en la voyant ! comme il la caresse de sa main encore délicate ! son nom est le premier mot qu'il essaie d'articuler. Il fuit, au contraire, tout ce qui lui déplaît , et marque de l'éloignement pour tout ce qui lui paraît incommode. C'est ainsi que commencent l'amour et l'aversion , le plaisir et la peine , la joie et la tristesse , et tous ces mouvemens plus ou moins tumultueux , qui ont tant d'influence sur le physique et le moral de l'homme.
Les passions en général ne sont que des affections de l'âme dépravées ou portées à l'excès ; d'où il suit que la retenue et la modération sont les seuls moyens d'en étouffer le germe. L'enfant au berceau n'est qu'une cire molle qu'on façonne comme on veut. C'est alors qu'une mère attentive et adroite peut prévenir la colère à la mine rude et à l'œil hagard, l'orgueil au sourcil relevé, la vengeance au teint blême , la haine au regard farouche, la jalousie à l'œil sombre, oblique et clignotant. Avec delà vigilance, et sans recourir à la sévérité, les parens peuvent fixer le caractère et les inclinations de leurs enfans , pendant qu'ils sont encore souples et faciles à manier ; l'arbre plie, dit le proverbe, quand il est jeune, et ré-
siste quand il est vieux. Qu'on profite donc de l'âge tendre, pour donnera l'enfant une physionomie agréable et un noble maintien , pour lui inspirer des manières douces et prévenantes; enfin, pour le rendre gai sans étourderie , vif sans pétulance, ennemi du mensonge et ami de la vérité. Encore quelques années , ou quelques mois , et l'on n'y sera peut-être plus à temps , ou bien il faudra recourir à la violence et à la rigueur , pour corriger des travers que le bon exemple eût prévenus.