LE
DE L'ART DES ACCOWCHEMENS. 299 à la ville, où elles leur procurent toutes les commodités de la vie. Parens aveugles | à qui une téndresse mal entendue fait méconnaître leurs véritables intérèts ! Séquestrée de son ménage ; et arrachée pour ainsi dire à ses habitudes, comment la femme dés champss’accoutumera-t-elle dansson nouveau domi cile ? Elle s’y trouve déplacée, l'ennui vient l'y sur pr endre, elle y languit; tantil est. vrai que l’abondance, sans le contentement. de, lâme ; ne procure jamais de santé ni de bonheur par faits!, Bientôt: sou lait se détériore, et l'enfant qui le suce dépérit, où ne profite point. En vain invoquerait-on. alors le sé; cours de Ja médecine; en, vain. changerait-6n, de nourrice, l’état de. l'enfant ne deviendrait pas meilleur. Il n'y a qu'un remède, c’est de les CE l'un et l’autre à la: campagne ; ils: y. seront: à peine ; qu'ils se ressentiront.de la some influence sie Pair qu on y respire. | Cal
Lorsque la mère. ne peut plus Lie à son enfant,
où, que là nourrice à qui.elle la confié tombe ma lade,,.et qu’on. ne: peut la remplacer sur-le-champ, 1lfautrecourirà l'allaitement artificiel ou au lait des animaux. À ne consulter, que : l'analyse chimique, celui d’ânesse ou, de jument:est préférable à tout autre, parce!qu il ae plus d’ analogie avec celui de femme; mais l'usage à prévalu,. et on, n’emploie guëre que, le lait. de,vache ou de chèvre. Quel que “soit celui des deux derniers auquel on donne la pré- Hérence ,1l serait à désirer que l'enfant püt le prendre lui-même au trayon ; couformenment au y œu dela
Lo
296 PRINCIPES nature; mais céla n’est guère praticable qu'avec la chèvre, qu’on dresse assez facilement, et qu’on accoutume à reconnaître le nourrisson qui la tète. Le Jait de cet animal serait donc généralement adopté, s'il n'avait l'inconvénient de donner trop de vivacité, et dé causer de l’insomnie à l'enfant. Il ne convient qu'à celui qui nait de parens scrophuleux, ou dont lalymphe est dans une sorte destagnation et manque d'activité. Le lait de vache, quoique soupconné de réndre le nourrisson plus apathique et plus lent, est le plus généralement substitué à celui de la mère ou de la nourrice. On le prend pour cela environ trois semaines après le part, ; et, pour le rendre meilleur, on soigne la nourriture de l’animal ; qu'on envoie paître en plein air ,'et dans de grasses prairies, où il ne croît que des hérbages salutaires. |
Naturellement plus caséeux et plus butyreux que le lait de femme, celui de vache ne peut être donné pur à l’énfant qui vient de naître. On doit donc le couper avec un autre liquide , tel qu’une légère dé-
coction d'orge où de chiendent, l’eau de guiëmauve S S
ou de capillaire , l'émulsion d'amandes douces ; "où Mieux encore le petit-lait préparé sans acides. Pour imiter la nature, on diminitie chaque jour la proportion de ce délayahes et on augmente la consistance du laït, à mesure que’ l’enfant grandit, jusqu'a six mois, époque où il peut le préridre sans aucun mélange. C'est vraiment alors que cette liqueur possède toutes ses qualités naturelles, et qu’elleest riche de tous ses principes. En sortant du pis de la vache,
éllérporte , avec son arome, une douce chaleur qui dispense de la faire chauffer, et l'enfant peut la boire à longs traits, avant que le repos ou le contact de l'air aient encore pu la décomposer ; ou la disposer à l’acescence.
La cuiller ou le biberon , tels sont les instrumens les plus propres à l'allaitement artificiel. Le premier
cause moins de flatuosités, moins de tranchées et dé dévoiemens séreux; le second est plus commode et plusexpéditif, quand il s’agit de nourrir beaucoup d’enfans, comme dansleshôpitaux. Une éponge fine, allongée en forme de mamelon et recouverte d’une légère gaze, remplit le goulot de la petite bouteille, et y est assujétie au moyen d’un fil, de crainte que l'enfant ne l’attire et ne l’avale en suçant. Ce petit appareil est lavé Pa fois , pour en ôter le reste du lait qui pourrait s'y aigrir.
C'est une chose très-difficile que de file l’enfant dans les premiers jours de l'allaitement, soit ‘ naturel, soit artificiel ; comme il prend peu de nourriture à la fois , le besoin se renouvelle presque aussitôt, ou très-fréquemment. Qu’on se garde néanmoins de le faire téter à toute heure; car, outre que cette méthode épuiserait la mère ou la nourrice, elle ne ferait que gorger le nouveau-né sans lui être utile. Le grand point est de lui donner ce qu'il faut; ou ce qu'il peut digérer ; et là-dessus, l’intelligente solhcitude d’une mère vaut mieux que tous les préceptes de l’art; avec un peu de patience et d'adresse, elle l’habituera à ne prendre le mamelon que lors-
qu'il sentira de l'appétit, Que l’enfant tète quatreouw cinq fois le jour , et une ou deux fois Ja nuit , c’est, assez. Avec cette économie, la nourrice. trouve Ile temps de prendre le repos nécessaire ; son lait.est mieux élaboré, et l'enfant en tire plus de profit. Qu'elle attende toujours. plusieurs heures après: le
repas, avant de donner le sein, à moins qu’ellen’ait -
pris quelque substance médicamenteuse, dont l'effet doit se transmettre au nourrisson. Si elle a longtemps supporté la. faim où la. fatigue, elle prendra quelque liquide, avant de donner à téter; mais.elle refusera toujours le mamelon à l’enfant, après une vive émotion de l’âme, telle que. la colère, ou,la peur, etc:, de crainte de lui causer des convulsions,
allaitement doit durer plus ou moins.de temps; sélon que l'enfant est plus. faible, ou plus robuste. En général, la mère on la nourrice ne doit cesser de lui donner le sein que lorsqu'il peut se: passer de lait, et digérer des alimens plus solides : c'estior-
dinairement après l'éruption de $es vingt premières | dents. L'époque du sevrage est donc indétérminée,. puhqu elle ne: peut être la même pour tousiles ins us. Le terme de huit mois qu'on:assigne pour :
va enfans lés plus robustes; ou celui d’un, an pour
les plus faibles, ne sont rien moins qu'indiquésspar
la nature. On en a vu jouir de la méilleure santé$ quoiqu’ils n’eussent tété que six mois ; :d’auires, au
contraire, ont été allaités jusqu'à vingt. et même trente mois , sans én éprouver lamoiïndre 1pCOmMMOdite, Quelques PO eE prétendent que la lacta-
JE S er. “ Rire $
tionprolongée.au-delà d’un an produit une gourme plus forte chez les enfans , et les dispose au rachitis ou aux scrophulés ; mais combien de faits ne pourrait-on pas alléguer en faveur de l'opinion contraire ? Le parti le plus sûr est de toujours sevrer le plus tard possible.
Le sevrage trop brusque serait également nuisible à la nourrice et à l'enfant; on doit donc y procéder par degrés et d’une manière insensible. On diminue progressivement la lactation , jusqu’à ce que l’enfant ne tète plus qu’une fois par jour. Ensuite , on ne lui donne le sein que tous les deux , ou tous les trois Jours ; jusqu’a:ce qu’on le lui ait fait oublier entièrement. Mais on a soin d'augmenter en même temps et.dans la même proportion , les alimens qui doivent suppléer au défaut de lait , en sorte que le nouveau: né prenne toujours la même quantité de nourriture:
Tout ce que l'enfant consomme durant l’allaitement me tourne point à son profit; il n'y a que la partie: chyleuse qui soit absorbée et destinée à réparer ses pertes, ou: à favoriser son accroissement Le reste, devenu inutile, est rejeté sous le nom d’'excrémens.ou de résidu dela digestion. Il faut donc que les différentes voies de l’excrétion en général soient libres:chez le nouveau-né, sans quoi tout ce qu'ibey a d’impür ou d’impropre à la nutrition dans son: corps, ne pourrait en être éliminé,et sa santé uertarderait pas d'en éprouver quelque: dérangement: Qu'on entretienne donc la liberté des selles et dés urines chez l'enfant quiestiencore à la ma+
melle. C’est une précaution indispensable ; surtout pendant la crise de la dentition , qui est très-orageuse. Il conviendrait même de l’accoutumer de bonne heure à une certainerègle, pour remplir cette fonction; c’est pour cela que Locke conseille de le … présenter au bassin plusieurs jours de suite à l'heure F du lever , qui est la plus commode, parce qu’on est alors plus libre dans la société.
Si le méconium coule difficilement chez le nouveau-né, on en favorise l'issue , en lui donnant quelques cuillerées d’eau sucrée ou miellée, ou bien un. peu d'huile d'amandes douces avec le sirop de chi= corée. Ces légers évacuans conviennent encore; lorsque les enfans éprouvent des coliques, à la suite d’une constipation plus ou moins opiniatre; mails: l'abus des médicamens est un écueil fort dangereux: pour ces êtres encore faibles et chancelans.
Une des excrétions les plus nécessaires pour la” santé de l'enfant, est la transpiration insensible; dont l’émonctoire existe à la surface de toile COr ps. Comme elle suppose PAS la propreté et la per=. méabilité de la peau, on n'aura pas de peine à con=
Cevoir l'utilité deslotions , des bains et des frictions; pour en ouvrir les pores. 1
Qu'on lave de temps en temps l'enfant, de la tête
aux pieds, avec une éponge trempée dans l’eau tiède, à laquelle on ajoutera un peu de vin ou d’infusion aromatique. Ce procédé, outre qu’il décrasse et {orüfie l'organe cutané, prévient la verminé ; dont la, plupart des enfans sont rongés, ainsi que les diffé
rentes espèces de tumeurs au cou, de croûtes à la tête, et d’éruptions au visage, qu’on connaît sous le nom de gourme. Le cuir chevelu, détergé par le lavage, se Couvre aussi peu à peu de son enveloppe naturelle, et les ciseaux ou le rasoir ne sont presque Jamais nécessaires pour la dépouiller de ce bel ornement.
Locke et Floyer, en Angleterre, et après eux, Rousseau , en France , ont conseillé l'usage des bains froids, pour fortifier les enfans. Maïs, plus philosophes que médecins, et plus philanthropes qu’observateurs, faut-il s'étonner qu'ils aient tant exagéré un moyen dont il n'appartient qu’à l'expérience de constater la propriété, ou les avantages et les inconvéniens ? Le froid, en général, est l'ennemi de l'enfant qui vient de naïtre; il nuirait surtout à ce- Jui qui serait naturellement faible, à moins qu’il ne conservät assez de ton ou de force réactive, pour ensupporter l’impression. Dans le cas contraire, on aurait à redouter l’engourdissement et la contraction des membres , même l’apoplexie et la mort. Ce n'est donc que le bain tiède qu'il faut employer; mais avec discrétion, comme un moyen d'entretenir la propreté des enfans. D’ailleurs, l'instinct de l'in dividu doit servir de règlelà-dessus ; et si quelque circonstance exigeait l'usage du bain froid , il ne faudrait jamais y plonger l'enfant brusquement, mais après lui en avoir fait contracter l’habitude par degrés. On nous citera peut-être les anciens Gaulois, nos ancêtres, dont lés femmes, dit-on, aussitôt
qu'elles étaient accouchées, allaient elles - mêmes baigner leurs enfans dans les rivières ou les fleuves qui étaient à leur portée; mais de tels exemples ne
sont point imitables de nos jours. Le temps des Sé- 1 govèze et des Bellovèze n’est plus, et très-cértaine-
ment ce serait un mauvais moyen de favoriser 4 propagation d’un peuple civilisé, que de vouloir le -
rappeler aux mœurs grossières dures et même bar- -
bares de quelques hordes sauvages qui ne vivaient que dans les bois. .
Voulez-vous apprécier l effet des Es sur l'en-
fant ; promenéz légèrement votre main sur son dos. quand on le déshabille ; vousle voyezalors s'étendre,
S allonger, même sourire , same pour vous témoi-
gner le bien-aise qu'ilé éprouve, et pour vous engager
a continuer. Ce genre de mouvément communiqué | est capable de suppléer à Pexercice, et enia tous les avantages ; il réveille a sensibilité de la peau, favo-. |
rise la transpiration insensible , et rétablit l équilibre
dans toute l’économie animale. La main seule; le
linge ; la: flanelle froide ou chaude; ou imprégnée
de vapeurs aromatiques , la brosse etle peigne ; tels
sont les instrumens propres à appliquer les frictions: Elles doivent être partielles ou générales, plus où
moins fréquentes , et plus ou moins prolongées; SU
vantla force et la constitution de l'individu: Ondoit les administrer le matin, daus un apparteme où règne uné douce température ÿ “elles sont les plus avantageuses dans les saisons pluvieuses et dans 1e8 climats naturellement humides.
DE L'ART DES ACCOUCHEMENS. 305 “On aurait tort d'exiger beaucoup d'exercice de Din: qui vient de naître. À peine a-t-il quitté le amamelon ; qu'il s'endort et se repose; le sommeil lui est d'autant plus salutaire, qu'il est plus prolongé, et rien ne contribue autant à l’assimilation des sucs qu'il digère. Qu'on se garde donc de le réveiller lorsqu'il goûte ce bienfait de la nature, et qu'on lé couche peu de temps aprèsqu'il a tété, L’enfant qui se porte bien, et que rien ne gêne ou n’incommode , a bientôt fermé la paupière ; il suffit pour cela de le placer dans un lieu un peu obscuret éloi= gné du bruit ; quelquefois même le sommeille prend entre les bras de la nourrice, ou lorsqu'il a encore ses lèvres collées à la mamelle. On n’a donc besoin pour l’endermir, ni de lui chanter des airs monotones, ni d’agiter son berceau. Cette dernière.pratique est néanmoins d’un usage presque universel, et des médecins la croient même très-propre à déwelopper l'enfant, parce qu’elle l'expose à la percussion de l'air; mais dans le fait-elle a trop d’inconyéniens pour être approuvée. D'abord, l'enfant contracte tellement l'habitude d’être bercé, qu'il ne peut plus s'endormir autrement. Bientôt même on est obligé de jui imprimer des secousses si violentes, qu'il peut en résulter des vomissemiens ou des convulsions. Enfin , le sommeil qu’on Jui procure alors n'est qu'un état de stupeur, voisin de l’apoplexie. À mesure que l'enfant croît et se développe, ses rapports avec les objets extérieurs se multiplient , et ila moins besoin: de sommeil: Que la nourrice le
à CU
tienne donc plus long-temps levé qu’à l'ordinaire ; qu’elle l’accoutume même par degrés à ce qui peut trou bler son repos , sans néanmoins le réveiller trop
brusquement ou en sursaut, de crainte de l’effrayer
et de lui causer des convulsions. Un exercice modéré et proportionné à ses forces, contribue aussi à le rendre plus vigoureux: Qu'on lui communique d'abord du mouvement en le tenant sur les bras ;ou en faisant rouler son berceau; qu’on le laisse ensuite, de temps en temps, s’agiter tout nu, sur son petit lit ou sur une espèce de natte, principalement dans les saisons chaudes; les petits efforts qu'il fait alors
pour se-soulever ou se redresser, ne. contribuent
pas peu à le fortifier. D'abord, il rampe, ilsetraine, il culbute ; puis il recommence et retombe encore: Cependant ses reins deviennent plus forts, ses pieds etises jambes se raffermissent, enfin, ilse lève et
chancèle : mais bientôt il s'accroche au ‘premier
objet qui se présente, ets’aventure à faire quelques pas. Le voilà lancé; 1lne demande plus qu’à courir
et à folätrer. Lie mouvement et l'agitation sont pour
lui un besoin naturel.
Mais que cet apprentissage est long ! que d'essais;
que de faux pas, que de chutes , que de contusions’, |
que de larmes ! Pour éviter tous ces accidens, ona
soin d’entourer la tête d’un bourrelet plus :sai lant que le nez. Quelquefois la nourrice dirige ellé-
mème les premiers pas de l'enfant, en le,tenant à la lisière ou en le mettant dans une espèce de cha-
riot: Mais ces instrumens sont en général beaucoup