AUS
DE L'ART DES AGCOUCHEMENS. 308 plus nuisibles qu’utiles, et ne valent jamais la main de la nature. La lisière gêne l'estomac, comprime la poitrine qu’elle jette en arrière, soulèvé les épaules et fait pencher la tête en devant. Le chariot, à cause de sa dureté, contond les parties qu’il touche, ne soutient l'enfant que par les bras, ét tbandonne le corps entier à son propre poids. De là des confor- Mations plus ou moins vicieuses, telles que la tête enfoncée, le cou raccourci, les épaules élevées , elc.
L'enfant qui vient de naître ne paraîtsensible qu'à la douleur ; il pleure, il crie, parce qu’il souffre ou qu’il sent le besoin ; mais il n’a encore aucune idée
des objets extérieurs ; il est sans désirs et sans pas-
sions ; il n’obéit qu’à l'instinct: en un mot, sa vie in: tellectuelle ou morale est entièrement nulle. Ce n’est que vers le quarantième jour qu’il commence de s’établir une espèce de correspondanceentreluiet ce qui Lenvironne. Jusque-là, ses sens externes, pour ainsi dire muets et assoupis, n’ont pu exercer aucune ac-
üon; mais alors ils s’éveillent , et deviennent autant
d’instrutnens propres à la sensation et à la génération des idées Bientôt le sens intime s'établit, l’entendement s'organise, et la volonté se prononce ; la raison paraît un peu plus tard.
Qu'on commence donc l'éducation morale de l’homme lorsqu'il est encore au berceau, et qu'on profite de sa flexibilité naturelle , pour lui former lesprit et le cœur. La première enfance est l'âge de limitation ; on suce, pour ainsi diré , avec le lait les bonnes comme les mauvaises impressions ; et les
806 PRINCIPES habitudes qu'on contracte alors , sont d'autant plus! difficiles à détruire dans la suite, qu’elles ont poussés de plus profondes racines. Ce qui est naturel ne se ; réforme guère , et on a raison de dire que si l'homme . a des qualités ou des vices, c’est sa nourrice qui” doit en étre louée ou blämée la première, parce ! qu’elle fut son premier instituteur. F:
L'éducation des sens est le premier objet dont on Î doit s'occuper; car sans eux point d'idées, point de jugement , point d’intellect, point d'homme, en un, mot. Comme la vue, l’ouïe et le tact sont ceux qui transmettent le plus d’impressions à l'âme, ét que. d’ailleurs ils se développent plus vite que les autres & il est de la dernière importance d’en bien diriger ou. perfectionner l'usage. Que l'impression reçue soit: toujours conforme à l’objet qui l’a produite ; voilà le point essentiel, pour acquérir des connaissances exactes. Mais l'enfant, en venant au monde, ne peut. jouir encore de ce privilége, qui est le fruit de l'exer-. cice et de l'habitude. Que d’erreurs ne commet-il. pas avant de distinguer l'apparence d'avec la réalité } Tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entend lui semble. appliqué contre sa pupille ou contre son tympan, Dans cette illusion , il tend naturellement la mam pour saisir tout ce qu'il aperçoit , et la longueur de son bras est la première mesure qu’il emploie pour juger de l'éloignement des corps. Cependant le tact se développe peu. à peu, et vient au secours, de la vue et de l’ouïe , qu'il rectifie. L'enfant marche, et commence à se transporter vers les objets qu'il
n'avait pu que contempler jusqu'alors ; 1l les touche KL et apprend à connaître ainsi leur distance, leur forme ; leur température , leur dimension et leur solidité.
» Que la nourrice s’applique donc de bonne heure à prémunir l'enfant contre l'erreur ou l'illusion des sens externes. Qu’elle lui apprenne surtout à se méfier d’une première impression , et à ne juger des objets qu'après les avoir bien considérés ; c’est le moyen de le rendre moins présomptueux à l'avenir et moins sujet au préjugé. L'enfant qui, naturellement trop mobile ou trop nerveux , prend facilement l'alarme et s’épouvante pour la moindre chose À exige encore de plus grandes précautions. On doit l’habituer insensiblement à supporter la présence de tous les objets qui pourraient le frapper trop vivement. Que la nourrice s’en approche d’abord seule , ebquelle les touche pour lui inspirer de la confiance. L'enfant demandera bientôt à les voir de près ; il les touchera , et finira par ne plus rien craindre. C’est ainsi qu'on l'empêche d’être ombrageux où accessible à la peur. Qu'on évite de le laisser seul dans une trop profonde obscurité, de crainte qu'il n’y soit saisi d’effroi ; 1l faut aussi lui inspirer une juste méfiance pour tout ce qui pourrait lui être nuisible ; tels que le feu, l’eau, les précipices , certains animaux, eic. :
Le raisonnement ne peut avoir de prise sur l’esprit de l'enfant à la mamelle ; il n’y a que l'exemple qui l'entraîne. Aussi, dès qu’il commence à balbu=